lundi 7 novembre 2016

Nouvelles - Lek Issan : Enquête en Thaïlande - L'Affaire des Bijoux Saoudiens

Suite d'une petite série de nouvelles écrites par un français vivant en Thailande depuis de longues années et ayant décidé de conter quelques histoires, histoires insolites, histoires vraies...puisées à partir de faits divers, d'observations, de témoignages et d'histoires vécues. Aujourd'hui, un fait divers qui reste dans les mémoires : L'affaire des bijoux Saoudiens...

Beaucoup de touristes se font arnaquer en achetant des pierres précieuses en Thaïlande. Mais aucun ne s'est fait avoir comme le prince Saoudien Fayçal Fahd Abdulaziz. Cette affaire, incroyable mais vraie a commencé en juin 1989 lorsqu'un travailleur Thaï en Arabie Saoudite, Kriangkrai Techamong, employé comme agent d'entretien par le prince à Riyad subtilisa 90 kgs de bijoux d'une valeur d'environ 20 millions de dollars à son patron.

Le fameux diamant bleu...
Le fameux diamant bleu...
Pour agir, il a attendu que Fayçal s'absente de sa résidence de Riyad. Avant son départ, le prince donna pour consigne de tout nettoyer. C'est Kriangkrai qui fut chargé de cette tâche. Il était très apprécié par son patron qui avait toute confiance en lui. Le Thaï va profiter de son masque de serviteur obéissant pour réussir un des plus beau coups du siècle. D'abord, il renversa une bassine d'eau sale sur la moquette ce qui obligea le gardiennage a débrancher l'alarme électronique car c'était le seul moyen d'ouvrir une fenêtre, pour aérer, sans que ça sonne. La nuit, Kriangkrai put tranquillement dévaliser les coffres. Il fit alors main basse sur le trésor du prince. Des pièces uniques, des rubis, des saphirs et surtout cet inestimable diamant bleu de 70 carats.

Sachant que Fayçal ben Fahd ne serait pas de retour avant au moins trois mois, le domestique Thaï prit son temps. Il fit expédier la plupart des pierres par la poste, mit les plus belles dans ses bagages et, début août, sous prétexte d'aller rendre visite a son père mourant, il s'enfuit du pays. Tout d'abord, après son retour en Thaïlande, Kriangkrai mena joyeuse vie. Après s'être payé les meilleurs restaurant et les plus belles filles de Bangkok, il rentra dans son village de la province de Lampang. Il retrouva sa famille, se fit construire une nouvelle maison, continua a fréquenter les prostituées et jeta littéralement l'argent par les fenêtres. Puis, pris d'une trouille soudaine devant l'énormité de son coup, il enterra les pierres dans son jardin.

Quelques mois plus tard, début janvier 1990, le commissaire de police Chalor retrouva la piste de Kriangkrai. Il le fit arrêter et déterra les pierres volées. C'est a ce point que l'histoire passe d'un simple vol à de la duplicité, de l'intrigue, du meurtre et de la corruption au niveau le plus élevé de la société Thaïe. Les pierres furent exposées par la Police , toute fière d'avoir dénoué l'intrigue. La télévision les filma et les journaux les photographièrent. Elles furent ensuite rendues au prince arabe. Malheureusement , quant il en reprit possession , le prince constata que plus de la moitié des pièces manquaient . Peu après il s'aperçut que les pierres restantes n'étaient que de vulgaires copies. Pourtant certaines des pierres disparues furent identifiées sur les films pris par la télévision Thaï et sur les photos des journaux .

Le gouvernement saoudiens chargea alors trois diplomates de son ambassade de Bangkok d'aller demander des explications aux autorités Thaïlandaises. Il furent abattus dans la rue par un tueur le 1er février 1990. Bizarrement, aucun des policiers qui les escort ne fut touché. Peu après, Mohamed al-Ruwaily, un homme d'affaires saoudien qui menait l'enquête pour le compte du prince, disparu. On sait aujourd'hui qu'il a été enlevé par des policiers Thaïs, torturé puis achevé. Les Saoudiens réagirent avec furie. Ils rappelèrent leur ambassadeur et refusèrent de délivrer de nouveaux visas pour les travailleurs migrants Thaïs . Du fait qu'il y avait à l'époque 250 000 de ces travailleurs qui envoyaient en moyenne 340 dollars par mois à leurs familles restées au pays ce fut un rude coup pour la Thailande , non seulement pour son image dans le monde mais aussi pour ses rentrées de devises fortes. Les Saoudiens mirent aussi de sérieuses restrictions pour que leur ressortissants ne voyagent plus en Thailande . Le chiffre de touristes Saoudiens passa de 55 000 en 1988 a moins de 3000 en 1992. En mars 1990 Mohammed Said Khoja fut désigné par le gouvernement Saoudien comme envoyé spécial chargé de résoudre l'affaire avec les autorités thaïlandaises initialement pour une période de trois ans. En 2006 il y était encore et avait eu affaire avec neuf premiers ministres Thaïlandais.

Le 20 mars 1992, La voiture du commissaire de police Thaïlandais, Anand Yupanont a été percutée et poussée dans un ravin par un camion. Le policier, qui allait parler, est tué sur le coup. Sept bijoutiers singapouriens qui vendaient des diamants vol au prince Fayçal, furent assassinés. Deux autres se mirent sous la protection des autorités Singapouriennes et déclarèrent a Mohammed Said Khoja qu'ils avaient acheté les pierres à un officier de police thaïlandais sans rien savoir de leur provenance. Trois autres personnes qui ont approché les bijoux Saoudiens furent liquidées par des tueurs inconnus, un policier tué par balles et le directeur de la chambre de commerce de Prachinburi et son chauffeur qui ont été étranglés.

En mars 1993, la femme du chef de la police thaïe, Sawadi Amomwiwat fut prise en photo par un journaliste alors qu'elle portait un magnifique collier composé de bijoux volés au prince Fayçal. En août 1994 l'affaire tourna vraiment mal. Un vendeur de bijoux Thaïlandais, Santi Srithanakhan dit savoir ou se trouvaient les pièces volées. Peu après sa femme et son fils furent trouvés sans vie sur la route de l'amitié au nord de Bangkok . Ils avaient visiblement été battus à mort. Tout d'abord la police déclara que c'était un assassinat, puis dans ses déclarations suivantes cela devint un accident, et enfin, quand il fut constaté qu'il était impossible que leurs blessures soient le fait d'un accident, cela redevint un meurtre. Il a été dit qu'un témoin, trop apeuré pour intervenir, a du monter à fond la radio de son pick-up pour ne pas entendre les cris de la femme et de l'enfant battus à mort à coup de barres de fer.

La plupart des journalistes estimèrent que la police était responsable du crime mais que ceux qui l'avaient commandité étaient trop puissants pour être arrêtés. Comme le remarqua un journaliste Anglais, Terry Mc Carthy, le monde des riches et du pouvoir en Thaïlande "est un monde cynique de gens dont l'argent peut couvrir tous les crimes et dont l'influence et les connections les rendent virtuellement intouchables". Pour accélérer le dénouement de l'affaire, Said Khoja menaça de révéler publiquement les noms des hautes personnalités qu'il pensait impliquées dans cette histoire. Il était accompagné dans tous ses déplacement par quatre garde du corps. Beaucoup de Thaïs souhaitaient que les coupables soient punis car ils en ont plus que marre de la corruption généralisée de la police et de la mauvaise réputation de leur pays.

Petit à petit une partie de la vérité fut révélée. Début 2002 deux officiers supérieurs, dont un lieutenant général, de la police furent condamnés à sept ans de prison pour corruption et kidnapping. Un autre lieutenant général fut accusé de meurtre. En 2006, le commissaire Chalor  a été condamné à 20 ans de prison pour l'assassinat de la femme et du fils de Santi Srithanakhan. Beaucoup d'observateurs pensent cependant que ces officiers ont été sacrifiés pour couvrir des poissons beaucoup plus gros. 17 personnes ont été tuées lors de cette histoire : quatre Saoudiens, six Thailandais et sept Singapouriens. Les bijoux n'ont jamais étés retrouvés. Quand au pauvre émigrant à l'origine du vol, Kriangkrai Techamond , il a été amnistié par le roi après avoir passé deux ans et sept mois en prison.


Pays/territoire : Thailand
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