vendredi 18 novembre 2016

La Plume aux Lecteurs : Pourquoi j'aime le Cambodge...

Cambodge Mag donne la plume à ses lecteurs sur le thème ''aimer le Cambodge'', le but étant de recueillir les impressions de ceux qui visitent régulièrement le Cambodge, qui y sont nés ou qui se sont installés durablement. Pour participer, il suffit de nous envoyer vos réponses (format Word ou message privé sur Facebook) à la liste des questions détaillée en fin de page et d'y joindre une photographie de vous. Aujourd'hui, rencontre avec Emmanuel Pezard...

Vivez-vous au Cambodge, depuis quand ? 
J’ai visité le Cambodge la première fois il y a 12 ans, et m’y suis installé il y a maintenant 8 ans. Après une année passée à Phnom Penh, j’ai décidé de venir vivre à Kep car je n’ai jamais été très attiré par les grandes villes. De plus Kep a un charme suranné, offre une belle diversité de paysages, une fraîcheur due à la brise venant de la mer. Un endroit pour moi idéal.

Emmanuel Pezard
Emmanuel Pezard
Comment êtes-vous arrivé au Cambodge ?
Via mon frère, qui vit ici depuis 16 ans maintenant, et des amis qui étaient venus dès 1992 et me parlaient sans cesse du « pays du sourire ». Je suis venu 5 mois en 2004 et ça a été le coup de cœur. Je suis beaucoup resté à Phnom Penh les trois premiers mois, puis j’ai pris mon sac à dos et j’ai visité le pays. A l’époque les temples, les forêts, les villes de Province étaient bien différentes. Le Ratanakiri, aujourd’hui en partie rasé, était une jungle luxuriante ! Kep, Kampot ou Battambang des villes presque fantômes !  Nous pouvions nous retrouver presque seuls dans les temples ! Il y avait une énergie débordante car le Cambodge en était au début de sa reconstruction. Pendant quatre ans j’ai fait des allers-retours entre la France et le Cambodge, avant de franchir le pas et de venir y vivre. 

Photographie Kep Autrement
Photographie Kep Autrement
Quelle est votre activité professionnelle ?
La première année j’ai pris mes marques et j’ai continué à visiter le pays. Puis j’ai appris qu’une école de Français s’ouvrait à Kep et qu’ils cherchaient des professeurs bénévoles. J’ai convaincu mon ami de venir voir ce projet qui en était à ses balbutiements, et nous nous sommes engagés, deux années durant. Une expérience inoubliable, qui m’a beaucoup appris sur le Cambodge et les Cambodgiens et m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires, ainsi que SM le Roi du Cambodge. J’ai ensuite lancé un magazine francophone sur l’art, l’artisanat et la culture khmère, « le Toqué », qui malheureusement s’est arrêté après six numéros par manque de fonds. Enfin, avec une amie Belge, Marie, nous avons monté Kep Autrement, une petite agence de guides. Nous essayons de partager notre amour du pays avec les touristes et organisons des journées hors des sentiers battus en moto, touk-touk et bateau. J’ai par ailleurs acheté un bateau et créé « Les Copains d’Abord » pour visiter les îles dans la baie de Kep. 

Photographie Kep Autrement
Photographie Kep Autrement
Pour quelles raisons aimez-vous le Cambodge ?
La plus grande beauté du Cambodge, ce sont les Cambodgiens et les Cambodgiennes. Ce sont eux qui m’ont fait « craquer ». Leurs sourires évidemment, mais aussi leur force incroyable car ils sont repartis de zéro dans les années 80, et au sortir de 30 ans de guerre, ils se relèvent et se battent pour revivre dans des conditions de pauvreté difficiles. Vivant à la campagne, en immersion, j’ai pu créer des liens d’une grande sincérité, d’une grande honnêteté, d’une belle amitié. Ils m’ont en quelque sorte « adopté » avec toutes mes différences, mes défauts. Il y a ici un art de vivre, une douceur, qui convient à mon caractère. On me dit que j’idéalise parfois les Khmers, mais c’est peut-être de vivre au quotidien avec eux qui me fait avoir ce regard. Et puis bien sûr, j’aime leur culture, la beauté des paysages, le soleil, le vert des rizières, et le rock’n roll Khmer !… 

Photographie Kep Autrement
Photographie Kep Autrement
Quels sont vos loisirs ?
Mon travail actuel, bien qu’il soit un vrai Travail malgré les apparences (rire), est aussi un de mes loisirs : prendre ma moto et partir me promener des heures dans la campagne ou aller en mer d’île en île avec mon bateau. De temps en temps je reprends les baguettes ou les balais pour faire de la batterie, du jazz et du blues principalement, même si je me suis mis au rock dernièrement ! J’ai la chance d’avoir une belle bibliothèque et je passe donc beaucoup de temps à lire, en bord de mer. Et dès que je le peux, aller à Phnom Penh voir des amis, aller à un concert ou passer une bonne soirée dans un beer-garden ou ailleurs ! Par ailleurs j’essaye de trouver le temps de finir un recueil de textes sur le Cambodge et un roman qui se passe entre paris et le Cambodge. 

Que souhaitez-vous pour l’avenir du pays ?
La paix avant tout, car les Cambodgiens ont payé un assez lourd tribut ces dernières décennies. Que les dirigeants, de quelques bords politiques qu’ils soient, retrouvent le sens des priorités… Un meilleur système éducatif, qui est le socle de tout progrès. Un meilleur système de santé. Qu’ils ne renient pas leur culture millénaire au profit des « géants » voisins. Qu’ils gardent leur sens de l’accueil, leur sourire… Que le plastique soit bientôt obsolète… Que des Cambodgiens de la diaspora reviennent partager leur savoir… Que ce pays magique mais encore fragile ne se vende pas au plus offrant et continue de se reconstruire en harmonie avec ses valeurs. Que l’écart entre les riches et les pauvres arrête de se creuser… 

Une anecdote à raconter ?
Il y en aurait tellement ! Mais il faut choisir. Un jour que j’étais en moto avec des amis, l’un d’eux tombe en panne d’essence. Nous étions au milieu de nulle part, dans les vallées entre les montagnes de Kep et Kampot. Là aussi où s’étendent des milliers d’hectares de plantations de manguiers. Un « ramasseur » de mangue s’arrête en nous voyant dans la panade. Je lui demande où je peux trouver de l’essence. Le plus proche est à 5 km me répond-il en m’indiquant la direction. Je le remercie et me prépare à aller en chercher mais il me dit d’attendre. Il me demande une petite bouteille d’eau presque vide dans mon panier, la vide, ouvre son réservoir, prend un tuyau, siffle son essence pour remplir la bouteille à moitié, juste de quoi aller faire le plein, et me la donne. Impossible de lui donner un peu d’argent pour son essence. Un grand sourire, et au revoir ! Voilà pour moi ce qu’est le Cambodge, qui sont les Cambodgiens. 
Emmanuel Pezard





Pays/territoire : Kep Province, Cambodia
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