lundi 7 novembre 2016

Dossier -Histoire - Cambodge : Soixante-troisième anniversaire de l’Indépendance

Le Cambodge célébrera le 9 novembre prochain à Phnom Penh le soixante-troisième de la fin du Protectorat français (1953-2016). Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni présidera la célébration et allumera la flamme au Monument de l’Indépendance, à Phnom Penh.  

Le Président Vincent Auriol et Samdech Preah Norodom Sihanouk à l'Elysée
Le Président Vincent Auriol et Samdech Preah Norodom Sihanouk à l'Elysée. Photographie Getty Images
Officiels, élèves des écoles et corps diplomatiques participeront à cette cérémonie. Dès demain après-midi, les délégations de différents ministères et institutions déposeront des couronnes de fleurs au Monument de l’Indépendance et à la Statue royale du Roi-Père défunt, Samdech Preah Norodom Sihanouk, située près du Monument de l’Indépendance, pour marquer cette fête annuelle.
Par C. Nika - AKP Phnom Penh, novembre 2016 –

Rappel historique : 
Après la défaite du Japon, en septembre 1945, le Cambodge est alors reconnu par la France comme un royaume autonome au sein de l'Union française. En 1949, un nouveau traité avec la métropole accorde au Cambodge le statut de protectorat. Le royaume connaît à cette époque d'intenses luttes intérieures entre le roi et le pouvoir législatif. A la suite de nombreuses querelles avec le Parti démocratique au pouvoir, Norodom Sinahouk décide de dissoudre l'Assemblée nationale en janvier 1953. Il entreprend ensuite des négociations avec Paris pour obtenir l'indépendance du royaume. Ces tractations mènent, le 9 novembre 1953, à l'annonce officielle de l'indépendance totale du royaume du Cambodge. Au niveau international, l'indépendance est reconnue le 21 juillet 1954 lors de la conférence de Genève. Pour ajouter à son prestige de leader national et souhaitant descendre dans l'arène politique, Sinahouk abdique alors au profit de son père, Norodom Suramarit, en mars 1955. Redevenu prince, il crée son propre mouvement politique, le Sangkum Reastr Niyum (Communauté socialiste populaire). Lors des législatives de 1955, le Sangkum obtient 82 % des suffrages et gagne la totalité des sièges à l'Assemblée nationale. Pour sauvegarder l'indépendance du pays et l'union nationale, le Cambodge tente de respecter une politiquede non-alignement en matière de politique étrangère. Les négociations avec Paris auraient été soumises à cette condition alors que Norodom Sinahouk aurait menacé de se tourner vers le Vietnam si la France n'accordait pas l'indépendance au Cambodge.

Quinzième anniversaire de l'indépendance en 1988. Photographie AP
Quinzième anniversaire de l'indépendance en 1988. Photographie AP
Le contexte
Comme Norodom Sihanouk se plaisait à le rappeler souvent, cette indépendance qu’ il obtint de la France fut le fruit d’un long processus enclenché en 1946 et marqué par des négociations parfois difficiles avec la puissance coloniale. Dans un article paru dans l’hebdomadaire Réalités Cambodgiennes fin 1958, et publié à nouveau dans une brochure éditée par le palais intitulée ''L’ action royale pour l’Indépendance du Cambodge 1941 – 1995'', Norodom Sihanouk analysait le contexte dans lequel il engagea son combat en faveur de l’Indépendance : ''...Quelques personnes (khmères et étrangères) qui sont mes ennemis, soit parce qu’appartenant aux partis d’opposition, au clan ‘républicain’ de Son Ngoc Thanh, soit parce que ma politique de neutralité et d’amitié avec des pays tels que la Chine populaire leur déplaît souverainement, croient devoir écrire, proclamer et répéter sans cesse que j’ai usurpé le titre de Père de l’Indépendance cambodgienne. Je souligne ici que je n’ai jamais sollicité, ni revendiqué ce titre, contrairement aux allusions malveillantes de gens tels que l’Américain Martin F. Herz, ancien membre de l’ambassade des USA, dans son livre A Short history of Cambodia. Ce titre m’a été donné par mon peuple. Il ne m’intéresse pas de l’avoir ou de le perdre, ce qui m’importe, c’est d’être en règle avec ma conscience de patriote, de Roi, responsable des destinées de sa Patrie, et d’avoir accompli sans défaillance mon devoir
national. Les partisans de Son Ngoc Thanh et leurs amis américains (tels les Herz) me font grief d’endosser les mérites de Son Ngoc Thanh et m’accusent de récolter les fruits nés de la résistance de leur ‘héros’. Les communistes du ‘Prachéachon’, eux, attribuent à la Conférence de Genève et à la lutte menée par les Viêtnamiens Viêt-minh tout le mérite de la concrétisation de l’Indépendance cambodgienne. Les uns et les autres m’accusent d’avoir ‘tiré les marrons du feu’ par une ‘croisade de bluff et d’opportunisme’. Devant de telles accusations, je n’ai pas l’intention de faire un plaidoyer ‘pro domo’...''

Chronologie (AKP)
Le 9 février, Sa Majesté quitta le Royaume pour se rendre en France afin de revendiquer l’Indépendance du Cambodge auprès du chef de l’Etat français. De la Napoule, en France, le roi envoya, le 5 Mars 1953, une lettre à M. Vincent Auriol, pour lui exposer la nécessité pour la France d’élargir le cadre de l’indépendance khmère. De la Napoule, le 18 Mars 1953, puis de Fontainebleau, le 3 avril 1953, le roi écrivit encore deux lettres à M. Vincent Auriol et au gouvernement français pour compléter ses points de vue concernant l’Indépendance khmère et pour demander au gouvernement français d’en hâter la solution. Devant la réticence du gouvernement français, Sa Majesté quitta la France, le 11 avril, pour le Canada et les Etats-Unis, où elle fit campagne pour l’Indépendance de son pays.

La déclaration royale publiée dans le New York Times émut le monde entier et obligea le gouvernement français à négocier avec le représentant personnel de SM Norodom Sihanouk, Penn Nouth. Les négociations ont abouti à une proposition faite par la France d’accorder certaines concessions importantes au Cambodge. Le 14 mai 1953, le roi rentre au Cambodge pour y rencontrer Penn Nouth.

A son Peuple qui lui accordait les honneurs d’un triomphateur et héros, Sa Majesté promit officiellement par un discours prononcé le 17 mai 1953 qu’il donnerait sa vie pour obtenir une indépendance totale à 100%. Le 13 juin 1953, le roi s’exila volontairement en Thaïlande, après avoir, par une proclamation, attiré l’attention du monde sur la non satisfaction des aspirations légitimes de la Nation khmère, cette non satisfaction pouvant comporter des conséquences tragiques tant pour le Cambodge que pour le monde libre.

Après avoir obtenu que toutes les Nations libres accordassent toute leur attention aux revendications et aux événements au Cambodge, SM Norodom Sihanouk rentra dans sa Patrie et installa son quartier général dans le Secteur Autonome, composé des provinces de Siem reap, Battambang et Kompong Thom. L’autonomie militaire de ces provinces avait été acquise au Cambodge grâce à une revendication de Sa Majesté faite, en 1949, pour Siem Reap et Kompong Thom, en 1952, pour Battambang. Le roi déclara qu’il ne rentrerait dans sa capitale que lorsque la France aurait accepté de transférer au Cambodge les derniers attributs de sonindépendance.

Pour soutenir l’action de Sa Croisade, le roi créa le Mouvement des Forces vives qui devait par la suite jouer un si grand rôle. Les négociations menées à Phnom Penh selon les directives royales et sous la direction de SE Penn Nouth, aboutirent à un succès complet. Le 29 août 1953 fut signé l’accord de transfert des Compétences de Justice. Le 29 août 1953 fut signé l’accord de transfert des Compétences de police. Le 17 octobre 1953 enfin fut signé l’accord consacrant la souveraineté militaire des Cambodgiens sur tout le Royaume. En même temps, la souveraineté totale en matière diplomatique était consacrée par échange de lettres entre le gouvernement français et le gouvernement royal (Réponse du gouvernement français à la Note du gouvernement royal du 12 juillet 1953 transmise par le Haut-commissaire de la République française sous le n° 393-R du 24 juillet 1953. 

Le 8 Novembre 1953, SM Norodom Sihanouk rentra dans sa capitale. Sur les 300 kilomètres de Son parcours, le peuple khmer en délire lui fit un triomphe sans précédent. Le 9 Novembre 1953, huit mois avant la Conférence de Genève, eut lieu, devant le Palais royal, la Cérémonie consacrant le Retrait du Pouvoir Français du Cambodge. Le Général de Langlade remit solennellement son Commandement à Sa Majesté. Les Forces et l’Etat-major se retirèrent du Royaume. L’Indépendance khmère devenait effective et totale.


Pays/territoire : Cambodia
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