samedi 5 novembre 2016

Tourisme : Siem Reap passe au vert

La contribution des hôteliers à un meilleur environnement autour d’Angkor

Vu du ciel, il y a l’immense piscine au milieu de la verdure, les points bleus des piscines privées correspondant à chaque villa. Moins d’un an après sa construction, l’hôtel Templation, tout près de l’accès à Angkor se fond complètement dans la végétation: les toits de ses unités d’habitation sont effet couverts d’herbe, de citronnelle et de fleurs tropicales. Bien entendu, le souci des architectes n’était pas ici qu’esthétique, puisqu’il est avéré que le “toit végétalisé” est une excellente méthode étanchéification et de régulation thermique et hygrométrique.

A Templation, un hôtel offrant trente-trois suites et villas, la plupart avec leur propre piscine privée, d’autres toits, ceux des bâtiments techniques et des services de maintenance, accueillent désormais plusieurs dizaines de discrets panneaux solaires. Le système choisi fonctionne en direct, sans stockage dans des batteries (évitées pour leur aspect polluant), avec une capacité de couverture de 100 % des besoins en électricité de tout l’hôtel durant les heures de plein ensoleillement. Les pompes de filtrage des vingt-deux piscines sont programmées pour fonctionner pendant ces périodes de haut rendement. “Notre ambition est de créer de l’énergie propre pour couvrir au maximum notre consommation électrique”, explique Ayub Yulianto, le directeur général de Templation, “et de contribuer ainsi à l’effort de protection de l’environnement qui se développe actuellement à travers tout Siem Reap”.

Hôtel Templation à Siem Reap
Hôtel Templation à Siem Reap, au milieu de la verdure. Photographie fournie
Cet investissement substantiel dans le solaire vient compléter un engagement écologique déjà palpable dans la conception même de Templation, qui le distingue des autres hôtels de sa catégorie à Siem Reap. L’architecture de ce complexe de bâtiments essaimés dans la nature a mis particulièrement l’accent sur l’utilisation du flot naturel de l’air et de la lumière. Les parties communes, de la réception au vaste restaurant sous auvent en passant par les traverses de communication, n’ont pas besoin de climatisation. Les unités d’air conditionné ne se trouvent que dans les chambres, puisque même les grandes salles de bain sont naturellement ventilées, en partie à ciel ouvert.

Hôtel Templation à Siem Reap. Photographie fournie
Hôtel Templation à Siem Reap. Photographie fournie
Dans les deux dernières années, la ville qui est aujourd’hui la principale destination touristique au Cambodge en raison de la présence des vestiges de l’ancienne civilisation khmère a en effet connu une transformation impressionnante. A l’initiative d’un groupe d’hôteliers éco-conscients, des équipes de volontaires ont entrepris de nettoyer les rues et les parcs. Le gouverneur et le maire de Siem Reap ont promu des campagnes de sensibilisation sur la propreté des espaces publiques, encouragé les deux compagnies privées de collectage des déchets à rationaliser leurs activité, planté des arbres le long d’Apsara Road et de la Route 60, nouveaux axes d’accès à Angkor maintenant que le Centre de vente des tickets pour les visiteurs a été déplacé à l’est d’une Avenue Charles de Gaulle devenue trop congestionnée. Et une société de développement coréenne vient de s’investir dans un ambitieux programme de réhabilitation des berges de la rivière Siem Reap et du cours d’eau lui-même. 

Hôtel Templation à Siem Reap, priorité aux espaces verts
Hôtel Templation à Siem Reap, priorité aux espaces verts.  Photographie fournie
“Les acteurs de l’industrie touristique à Siem Reap ont été et sont des éléments moteurs dans la poussée pour un environnement plus propre, plus vert, plus en harmonie avec la beauté des sites angkoriens”, constate Caroll Sahaidak-Beaver qui, à la tête de la ''Cambodia Hotel Association'', anime régulièrement des rencontres sur le sujet entre professionnels des secteurs d’activité du tourisme : “on ne peut pas encore parler de plan général, dans lequel les autorités cambodgiennes s’impliqueraient à tous les niveaux, mais ce faisceau d’initiatives souvent personnelles a définitivement créé un mouvement”. Preuve en est la récente déclaration de l’Apsara Authority, l’organisation en charge de la protection du “Parc archéologique d’Angkor”, en vue d’aider les villages situés sur ce vaste territoire à se doter d’énergie solaire.

Parc archéologique d’Angkor. Photographie par JM Baud (CC)
Par le passé, des programmes à caractère écologique ont été définis pour Angkor et ses environs sans parvenir au stade de la réalisation concrète, sans doute parce qu’ils étaient trop ambitieux et ne faisaient pas l’unanimité. Le projet de n’autoriser l’accès à Angkor qu’à des véhicules électriques a pour l’instant tourné court, mais la compagnie Blue-Mobility (appartenant au groupe français Bolloré) propose maintenant la location de voitures électriques avec chauffeurs (d’anciens chauffeurs de tuk-tuk locaux) pour visiter Angkor. Ce sont des véhicules munis de batteries de lithium rechargeables, entièrement recyclables, et avec un rayon d’action de 250 kms.  

Lin Sotha, une jeune citoyenne de Siem Reap qui a travaillé dans divers secteurs de l’industrie touristique, remarque: “C’est notre intérêt à tous que la pollution atmosphérique soit réduite, que Siem Reap devienne réellement une ville verte. Mais quand je vois des hôtels gigantesques comme le nouveau Sokha se construire, j’ai un peu peur que nous ne puissions pas avoir l’un et l’autre”. Le tourisme de masse génère en effet des conséquences écologiques encore difficiles, voire impossibles à maîtriser. Un “petit” exemple: la prolifération des bouteilles d’eau en plastique. Des tentatives menées en Thailande pour parvenir à des contenants complètement recyclables et compostables n’ont pas été concluantes, jusqu’ici. Christian De Boer, longtemps à la tête du Shinta Mani et maintenant directeur du nouveau Jaya Resort, propose une bouteille en aluminium recyclable que les hôtels mettraient à la disposition de leurs clients et que ceux-ci pourraient remplir à des distributeurs d’eau potable installés dans le périmètre d’Angkor. L’initiative est intéressante, sa mise en place plutôt complexe.  

La gestion de l’eau potable, autre préoccupation écologique des hôteliers de Siem Reap
La gestion de l’eau potable, autre préoccupation écologique des hôteliers de Siem Reap.  Photographie fournie
A Templation, les deux hectares de flore tropicale, avec des arbres souvent centenaires qui ont été scrupuleusement préservés pendant la construction – “Nous avons même dessiné les bâtiments et la piscine principale “autour” de sujets qu’il était exclu de couper”, relève Ivan Tizianel, l’un des architectes à l’origine de cet hôtel qui célèbre la sérénité d’un plein accord avec la nature --, sont arrosés grâce aux réserves d’eau de pluie prévues dès la première phase du développement. Ce sont là des préoccupations écologiques qui, additionnées, peuvent significativement transformer le contexte général de la ville. Elles doivent évidemment être soutenues et renforcées par des programmes de plus grande ampleur, d’un intérêt global pour la région. Ainsi, une joint-venture entre la compagnie française Quadran International et la chinoise SUS Environment vient de soumettre au Ministère du tourisme cambodgien un projet de centrale solaire d’une capacité de 55-mégawatts aux abords de Siem Reap, avec un investissement de 89 millions de dollars. Quand tout le monde s’y met, chaque effort compte…
Dara Huysmans

Pays/territoire : Krong Siem Reap, Cambodia