dimanche 4 septembre 2016

Phnom Penh - Chronique - Témoignage : Barang et hôtesses de bar..

Une question récurrente accompagnée de commentaires divers revient souvent chez mes amis masculins restés “au pays” : “Et les bars à filles c’est comment ? Le Cambodge c’est un peu la Thaïlande, non ?”

Manquant d’expérience dans ce domaine et la documentation disponible étant plutôt rare et peu fiable, je me suis résolu à aborder le sujet de front. J’ai donc décidé de centrer mes investigations sur un bar du centre, pas trop crapoteux en apparence. Ma cible était située à un coin de rue et pourvue d’une grande terrasse. Premier sujet d’étonnement, les européens y sont installés en toute décontraction entourés d’une ou plusieurs pensionnaires. Pas très différent de Cannes ou Courchevel en haute saison.

Hôtesses de bar à Phnom Penh. Photographie par Matt Greenfield (CC)
Hôtesses de bar à Phnom Penh. Photographie par Matt Greenfield (CC)
Deuxième curiosité : les bars du coin sont entourés d’une myriade de petites échoppes de rue qui livrent à la demande nouilles, bo­buns ou brochettes aux filles saisies d’une fringale passagère. Une horde de tuk­tuk et de moto­dop attendent patiemment en jouant aux cartes la sortie d’un client vacillant pour le ramener à bon port ou transporter des demoiselles requises ailleurs pour un rendez-vous galant. Rien de franchement sordide et une atmosphère détendue et joyeusement bruyante. On est loin des précautions de contrebandiers et des regards fuyants des pratiquants des amours tarifées dans notre vieille Europe.

Les abords repérés il était temps de pénétrer dans le cœur de l’établissement ! Trois demoiselles se bousculent pour m’ouvrir la porte (quelle prévenance !), j’entre et….. je suis accueilli par un retentissant “happy birthday to youuuuu” avec force bougies crépitantes (je jure que c’est vrai !). En fait c’était pas pour moi. Ca n’aurait d’ailleurs eu aucun sens puisque je ne suis pas né ce mois-ci. Une jubilaire était fêtée par ses copines sous le regard ému d’une dame plus âgée qui s’est avérée être la duègne de ce groupe de jeunes femmes fort dissipées. J’ai quand même eu une part de gâteau (pas mauvais). Je m’installe au bar et fais l’objet immédiat (quelle qualité de service !) de sollicitations aimables de demoiselles (dont une absolument ravissante). Je leur explique que, tout en étant hétérosexuel depuis au moins trois générations, je n’ai pas trop de temps à leur consacrer et que je suis uniquement venu pour prendre un verre. Elles s’éloignent courtoisement avec un gentil sourire vers un client plus réceptif. A noter que le nu, même dans un établissement fermé, est strictement interdit au Cambodge. Mais chacun sait que les “employées” ne sont pas là pour vous proposer de faire le quatrième au bridge.

Hôtesses de bar à Phnom Penh. Photographie par Matt Greenfield (CC)
Hôtesses de bar à Phnom Penh. Photographie par Matt Greenfield (CC)
Et justement … Une barmaid très mignonne, apitoyée par ma solitude volontaire, me prend en affection et me propose un jeu de comptoir local avec un enjeu raisonnable : un gin soda ( à 3.50 $) pour cinq parties perdues. A 3-1 (15­-5 donc) pour elle, je déclare forfait et, une jeune fille se propose de prendre ma place. Je me pousse et on papote :­). Comme je m’étonne que, vu les quantités de gin et de bière avec des glaçons (bi’ teukok) qu’elles s’enfilent, elles n’ont pas un bide de buveur de schnaps bavarois, la nouvelle venue entreprend de me détromper et relève sa robe au dessus de la taille pour me démontrer l’inanité de mes réflexions. C’était assez rigolo et surprenant parce qu’il n’y avait aucune sensualité lascive dans ce geste mais plutôt une attitude de petite campagnarde qui remonte sa jupe devant un pré-adolescent boutonneux en lui disant “j’enlève ma culotte si tu me montres ton zizi”. N’ayant pas la moindre intention de “montrer mon zizi” dans l’immédiat tout est rapidement rentré dans l’ordre.

Pour ajouter au côté surréaliste de mon expédition j’ai fait la connaissance de belges venus en famille (?), un couple et leurs deux grands fils. Nous nous sommes bien sûr reconnus à notre accent inimitable (les français essaient de nous singer mais c’est un peu comme un turc qui imiterait les arméniens. C’est souvent très nul et ça tombe à plat). Comme je leur demandais ce qu’ils faisaient là ils m’ont expliqué qu’ils étaient pour deux jours à Phnom Penh avant d’aller à Siem Reap. Comme il n’y a pas grand chose à visiter dans la capitale, ils avaient décidé de découvrir une des principales attractions locales. Logique ! Deux petits détails. C’est du vécu. Les consommations sont 30% moins chères en moyenne que dans le bar “chic et branché” de l’autre côté du carrefour. On aurait tort de se priver. Et quand vous payez, la caissière vous met la coupure sous le nez. Quand on ne connaît pas les usages ça paraît curieux. Elle réclame plus ? Après demande d’explication auprès de mes voisines, c’est le pragmatisme khmer. En fonction du niveau d’ébriété du client barang, il peut donner un billet de 10$ à la place d’un billet de 100 et réclamer bruyamment sa monnaie. Pour éviter tout malentendu on affiche ostensiblement le billet. C’est pas con !

Et en fin de soirée je me suis retrouvé en terrasse (comme tout le monde) à contempler les photos de famille de ma nouvelle copine sur son portable. Elle avait assuré le service minimum sans me casser les pieds avec des minauderies, m’aurait accompagné à l’hôtel si je lui avais demandé pour un prix d’ami (compter 14 à 20 $ pour la nuit selon les sources) mais avait dû avoir un début de soirée assez rémunérateur pour se contenter d’un moment platonique avec un drôle de type gentil et qui parle (un peu) khmer. Une dernière pour la route. Au moment de mon départ arrive un tuk tuk avec un monsieur portant le maillot de l’équipe d’Espagne de foot (très chic) et une superbe fille. Le Casanova semble un peu ému et met cinq bonnes minutes à régler la course après une recherche laborieuse de son portefeuille en vacillant sur place. Tout le monde se marre discrètement, le tuk tuk, la fille et les spectateurs  et attend le dénouement. Suspense ! A la fin de l’opération et à la satisfaction des parties, le public conquis acclame le toréador qui remercie la foule en agitant les bras (sans tomber). Moi, ce pays me met en joie. Pas vous ?
Thierry Descamps

Pays/territoire : Phnom Penh 12000, Cambodia
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