mercredi 7 septembre 2016

Nouvelles - Lek Issan : Le fantôme du pendu

Suite d'une petite série de nouvelles écrites par un français vivant en Thailande depuis de longues années et ayant décidé de conter quelques histoires, histoires insolites, histoires vraies...puisées à partir de faits divers, d'observations, de témoignages et d'histoires vécues. Si cela se passe chez le voisin thaïlandais, le lecteur découvrira toutefois, et probablement souvent, quelques similitudes avec le Cambodge au sujet des déboires ou aventures de ces expatriés d'Asie du Sud-est. Aujourd'hui, histoire sans expats : Le fantôme du pendu

Pradit, un jeune homme de 23 ans, avait toujours été amoureux de Yuthida. Ils étaient voisins depuis l'enfance et, vu qu'ils avaient tout les deux le même âge, ils se retrouvaient chaque années dans la même classe à l'école. Seulement cet amour n'était pas partagé. Yuthida aimait bien Pradit, mais sans plus. Il n'était pas très beau et n'avait pas assez de charme pour compenser son médiocre aspect physique. Le jeune homme savait tout cela mais il n'en continuait pas moins d'espérer qu'un prodige se produirait qui rendrait Yuthida amoureuse de lui. Mais il n'y eu pas de miracles. Depuis quelques temps, un beau jeune homme du nom de Suchai faisait la cour à Yuthida, et celle ci était loin d'y être insensible. Un jour, il demanda sa main qui lui fut accordé. Les parents des deux fiancés consultèrent les bonzes et le chamane du village pour connaître la date la plus favorable pour le mariage. Ceux ci s'accordèrent pour dire que les astres étaient le plus propices au 9 mars 2549 (la date 2549 après la naissance du Bouddha correspond a notre année 2006). La cérémonie fut fixée pour ce jour la.

Le mariage se passa très bien. Une centaines d'invités arrivèrent. Après la cérémonie du baci soukwane (cérémonie d'origine animiste ou un chamane attache des fils blancs autour des poignets des nouveaux époux, pratiquée essentiellement au Laos et en Issan), tout le mode mangea et bu à satiété. Deux mois après Yuthida était enceinte. Pradit débordait de haine et de jalousie pour le jeune couple mais il le cachait bien. De les voir rayonner de bonheur lui faisait ruminer des désirs de vengeance. Cependant il attendit patiemment son heure. Un jour, l'occasion se présenta.

Manguier. Photographie par Jiu (CC)
Ce jour-là, un cirque itinérant s'installa sur la place du village et annonça un spectacle dans la soirée. Les distractions étant rares dans ce petit patelin de la province d'Ubon, tout le monde voulu s'y rendre. Suchai proposa à son épouse de s'y rendre mais celle ci, qui en était à son quatrième mois de grossesse, préféra rester à la maison. Lorsque la représentation commença, tous les villageois s'y rendirent. Yuthida était seule à la maison en train de regarder un film chinois.

Pradit se glissa silencieusement dans la maison du jeune couple. Il vit la femme de ses rêves mais celle-ci ne l'entendit pas, toute absorbée par la télévision. Pendant quelques instant, il fixa sa nuque du regard. Au bout d'un moment, sentant une présence, Yuthida se retourna. Elle faillit crier de surprise en voyant le jeune homme qui la regardait avec des yeux hallucinés.
- Que fais tu ici? demanda-t'elle au jeune homme.
Comme réponse elle reçu une volée de coups de poings. Quant elle fut à moitie assommée, Pradit lui arracha ses vêtements et la viola comme une bête en tachant de lui faire le plus de mal possible. Si elle se mettait à crier, il lui tapait dessus jusqu'à qu'elle se taise. Après en avoir terminé avec elle, il l'étrangla.

Son horrible forfait commis, Pradit rentra chez lui, se saisit d'une corde, ressortit et alla se pendre à un manguier presque centenaire qui se trouvait a une centaine de mètres de chez lui. A son retour, Suchai, horrifié par le cadavre nu et plein ecchymoses de sa femme, téléphona à la police qui arriva peu après. Vu que le cadavre de l'assassin fut retrouvé entre temps par un passant, les flics n'eurent pas trop de mal pour conclure leur enquête. Ils interrogèrent quelques témoins pour la forme, rédigèrent un rapport, puis oublièrent l'affaire. Les villageois en aurait sans doute fait autant (à part l'époux et les parents de la victime bien sur) si Pradit, ou plutôt son fantôme, n'avais pas refait parler de lui.

Peu après le drame, Prem, qui habitait juste en face du manguier ou le meurtrier s'était pendu, s'avisa qu'une branche de l'arbre accrochait les fils éclectiques qui conduisaient a sa maison. Bien qu'il eu presque soixante ans, l'homme était encore agile. Il se saisit d'une machette et grimpa dans le manguier. Alors qu'il était en train de couper la branche fautive, il perdit l'équilibre, tomba de l'arbre et se tua sur le coup. La rumeur publique ne fut pas longue à rendre le fantôme de Pradit responsable de cet accident.

Un mois plus tard, la saison des mangues arriva. Comme c'était aussi les vacances scolaires, une horde de gamins se dirigea vers le manguier ramasser les fruits qui traînaient tout autour de l'arbre et récolter ceux qui n'étaient pas encore tombés. Alors qu'il était sous l'arbre en train de manger un de ces délicieux fruits, le petit Toon entendit un craquement. La branche, a moitié coupée par le vieux Prem céda et lui tomba sur la tête. L'enfant, qui avait seulement sept ans, fut transporté inconscient a l'hôpital mais décéda peu après son arrivé aux urgences. Quelqu'un remarqua que la branche fautive était celle qui avait soutenu le pendu. Depuis, à chaque fois qu'ils passent devant l'arbre les gens font un petit détour. Qui sait si le fantôme de Pradit ne va pas faire une nouvelle victime ?

Pays/territoire : Thailand
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