mardi 2 août 2016

Enfant sauvage - Ratanikiri : Et si Mowgli n'était pas Mowgli...

Un Vietnamien assurant être le père d'une jeune femme découverte en 2007, après avoir supposément grandi seule dans la jungle au Cambodge, affirme aujourd'hui l'avoir reconnue grâce à des photos circulant sur Facebook. L'histoire avait débuté en 2007, quand la jeune femme, dévêtue et hagarde, avait été découverte dans une forêt de la province reculée du Ratanakiri (nord-est du Cambodge). La sauvageonne aurait été prise dans un piège posé par des villageois et avait été décrite par ces derniers comme "marchant courbée comme un singe". Ignorant l'usage des couverts et toute contrainte sociale, ne s'exprimant que par grognements, elle avait été surnommée "la femme de la jungle" ou Mowgli, certains affirmant qu'elle avait complètement grandi dans la jungle, attirant ainsi bon nombre de télévisions du monde entier dans cette région reculée du Cambodge. Passée l'émotion facile du scoop, la jeune femme avait été relativement oubliée et vivait depuis aujourd'hui soit enchaînée, soit dans une petite hutte de bambous, pour éviter qu'elle ne s'échappe...

Mowgli ou la fille de la jungle...
Une famille de la région avait rapidement déclaré qu'il s'agissait de leur fille, Rochom P'ngieng, disparue à la fin des années 1980 à l'âge de huit ans alors qu'elle gardait un buffle. A l'époque de sa découverte, quelques légers doutes pourtant avaient été émis sur l'authenticité de son aventure... Comment une femme ayant passé tant d'années, dix-neuf, à l'état sauvage dans la jungle pouvait-elle avoir des mains et des pieds aussi peu abîmés, des cheveux en bon état et une corpulence normale? Personne, ni-même quelques psychologues d'ONG dépêchés sur place n'avaient pourtant osé remettre en doute la véracité de l'histoire contée par les parents adoptifs, préférant laisser planer le mythe désuet de l'enfant sauvage et alimenter un folklore déjà bien coloré dans cette partie du royaume. La jeune femme avait même été très sérieusement soumise à une batterie de tests, de ceux qu'on fait généralement subir aux primates, qui avaient conclu à une totale inadaptation sociale, à un langage quasi inexistant, elle ne pouvait dire que trois mots, papa, maman et mal au ventre, et à des comportements physiques insolites, préférant se déplacer à quatre pattes, ignorant l'usage des latrines et passant ces journées le regard perdu vers le lointain...

Ce n'était pas le premier cas de longue disparition dans la jungle. En 2004, trente-quatre personnes de quatre familles différentes et partisans de Pol Pot étaient brusquement sorties de la jungle où elles étaient parties se réfugier en 1979 après la chute du régime des Khmers rouges. Si le fait de survivre dans la jungle, pour peu que l'histoire soit authentique, est un exploit remarquable, il faut rappeler aussi que les jungles du Cambodge sont, de nos jours bien plus fréquentées et perturbées par l'activité humaine que dans les années 1980. Survivre presque deux décennies dans la jungle reste une hypothèse possible mais peut-être pas aussi probable...Vrai également que les commentaires de ceux qui allaient la visiter contribuaient largement à alimenter la version épique de l'aventure de la jeune femme. D'après notre grande amie la ''parisienne du Ratanakiri'', quand Rochom regardait au loin, elle ''scannait'' la jungle, Rochom attirerait même tous les animaux du village à la nuit tombée, ils se réuniraient en cercle autour d'elle...etc...le n'importe quoi a vite pris le dessus sur une histoire qui ne serait finalement, peut-être, que celle d'une enfant déficiente, qui se serait perdue dans les forêts il y  a quelques années seulement.

Aujourd'hui, Peo, un Vietnamien de 70 ans assure avoir reconnu sa fille, souffrant de troubles mentaux, disparue en 2006 seulement. "Il affirme que c'est sa fille perdue depuis longtemps", a expliqué lundi à l'AFP Pochom Khamphy, représentant de la famille adoptive. "Récemment, de jeunes villageois ont trouvé des informations et des photos d'elle sur internet. Ils me les ont montrées et j'ai découvert qu'elle était désormais au Cambodge, prise en charge par des Cambodgiens", a déclaré Peo dans une lettre envoyée par le septuagénaire vietnamien à la famille adoptive de sa fille présumée. L'homme s'est déjà rendu deux fois au Cambodge pour la voir et reste dans l'attente d'une autorisation des autorités pour rentrer au Vietnam avec elle. Il a accepté de payer l'équivalent de mille trois cent euros à la famille adoptive pour avoir pris soin de sa fille ces dernières années.
Source AFP

Pays/territoire : Ratanakiri, Cambodia
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