dimanche 7 août 2016

Cambodge - Commerce : Vente en ligne de contrefaçons...

La mise en ligne de la plate-forme Kaymu - Cambodge est une initiative récente dans le royaume, initiée par un français, Valentin Vermersch, et visant à promouvoir les ventes de commerces de détail à particuliers, de particuliers à particuliers, sans avoir recours aux traditionnelles techniques de ventes en ligne, notamment l'utilisation de cartes bancaires ou monnaie électronique. Il suffit de consulter le catalogue en ligne alimenté par des vendeurs locaux, de passer commande et de régler le montant de l'achat à la livraison. 

Vente de ''Rolex'' à 24 dollars US sur Kaymu Cambodia. Capture d'écran
L'enseigne Kaymu est une entreprise récente (2013), créée au Nigeria et développant ce type de services sur les pays d'Afrique et d'Asie, trente-deux au total. Inspirés par le géant chinois Ali Baba, les promoteurs ont rapidement mis en ligne une plate-forme attractive proposant plusieurs milliers de produits mais ont subi un feu nourri des critiques concernant leur modèle, mis en ligne et soutenu par la start-up Rocket Internet. Nombre de voix se sont élevées contre leur modèle de site et leur stratégie business ''quasi - dupli'' du géant Ebay.

Aussi, Kaymu se démarque particulièrement dans sa stratégie en proposant des produits contrefaits à la vente sans la moindre hésitation, tant au Cambodge que sur les autres plate-formes. Montres Rolex à 24 dollars US, Lunettes Ray Ban à trois...bon nombre de produits, à l'évidence contrefaits, qu'on trouve facilement chez quelques détaillants du Phsaar Thmey, qui viennent de Chine et pour lesquels il existe une relative tolérance concernant la vente locale tant le Royaume n'est pas la grande plaque tournante du commerce illicite de contrefaçons, sont proposés directement sur la plate-forme. Concernant la tolérance sur la contrefaçon, il convient toutefois de préciser qu'elle se rétrécit à grande vitesse en raison des contraintes liées au cadre Asean et donc aux volontés des gouvernement des pays voisins du Cambodge, et du Cambodge lui-même, d'enrayer la tendance avec l'organisation régulière de séminaires ces derniers mois, réunissant officiels et fonctionnaires des ministères concernés dans le cadre de la création du CCCC (Counter Counterfeit Committee of Cambodia).

Alors que la promotion de Kaymu Cambodia passait par une interview de son directeur dans un pseudo journal en ligne moribond, ce dernier déclarait que l'équipe Kaymu Cambodia serait ''...intransigeante sur la qualité des articles vendus et ne tolérerait pas ce type de produits (contrefaits)....''. Interrogés par nos soins via le canal ''officiel'', Kaymu nous répondait par un message automatisé nous expliquant les conditions de vente. Interrogé personnellement, le directeur  Valentin Vermersch nous envoyait un copié - collé des termes légaux fixant les conditions de vente et précisant donc que Kaymu n'était qu'un intermédiaire et n'était pas responsable des produits mis à la vente par les détaillants sur sa plate-forme. Il n'est pas besoin d'être grand juriste pour démontrer que la défense de ce type de schéma, contradictoire avec ses précédentes déclarations, ne tient pas la route et, suivons son argument, la mise en vente d'articles illégaux à seul titre d'intermédiaire, pourquoi ne pas proposer des armes et des pilules en appuyant bien sur la non-responsabilité de l'intermédiaire ? Nous avons donc répondu dans ce sens et avons reçu une réponse quelques semaines après nous indiquant que les vendeurs de contrefaçons seraient radiés de Kaymu Cambodia et, accessoirement, nous remerciant d'avoir signalé cet incident. Aujourd'hui, les Rolex à 24 dollars US de Kaymu Cambodia sont mises à la une sur les réseaux sociaux. Le directeur de Kaymu Cambodia, Valentin Vermersch, est aussi l'un des initiateurs de La French Tech Cambodge et occupe le poste de vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie.

Soucieux de connaitre l'avis de quelques lecteurs, nous avons effectué un mini-sondage qui n'a pas suscité de réaction majeure. Si quelques-uns reconnaissent consommer de la contrefaçon, ils reconnaissent ne le faire que rarement, et ne voyagent pas avec ce type d'accessoires. En outre, ils admettent que la vente de détail locale n'est pas ''si grave que cela'', mais que la vente en ligne ouverte, donc accessible depuis le monde entier, pose quelques sérieux problèmes d'éthique et risque de donner une image un peu ''limite'' du Cambodge. 

Les membres du comité interministériel de lutte contre les produits de contrefaçons et dangereux pour la santé publique en mission à Paris 
Du coté officiel, nous avons interrogé Viseth Tith,  colonel et commissaire de police, conseiller spécial au Counter Counterfeit Committee of Cambodia :''...C'est inadmissible...'', a-t-il déclaré, ajoutant que : ''...Le CCCC (Counter Counterfeit Committee of Cambodia), un comité interministériel de lutte contre les produits de contrefaçons et dangereux pour la santé publique a été créé pour lutter contre le commerce de ce type de produits. Nous travaillons en étroite collaboration avec les institutions publiques des pays occidentaux notamment avec la France, mais aussi avec les grandes marques internationales sur les questions de lutte contre les produits de contrefaçons, et sur les produits dangereux pour la santé publique, et qui sont devenus des enjeux majeurs du XXIe siècle selon Interpol...Souvent, nous avons à faire à des réseaux criminels transnationaux qui tentent de se diversifier dans leur activité criminelle, et qui savent que les peines d'emprisonnement sont assez faibles, c'est pourquoi, ce secteur est en expansion. Mais, le gouvernement cambodgien affirme son souci de lutter contre ce fléau, c'est pourquoi ce comité interministériel, présidé par le Lieutenant-Général MEACH Sophana, sous-secrétaire d'État, a été créé...''. En conclusion, Viseth Tith déclare : ''...Notre comité interministériel représente plusieurs ministères: l'Intérieur (police nationale, police contre les crimes économiques, département général de l'immigration), la Justice, la santé, l'Economie et les finances (département des douanes), le Commerce (CAMCONTROL) et la Défense, avec la gendarmerie Royale Khmère. Nous travaillons et coopérons également  avec la police et gendarmerie française l'OCLAEPS (office centrale de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique) notamment sur les médicaments contrefaits, et Interpol. 

Viseth Tith,  colonel et commissaire de police, conseiller spécial au Counter Counterfeit Committee of Cambodia
''...Mais nous travaillons aussi avec le Vietnam et la Thaïlande. De plus, la lutte contre les produits de contrefaçons et produits dangereux pour la santé publique, va s'intensifier dans les années à venir grâce à la coopération technique entre les pays, car le Cambodge évolue vers un pays de Droit. Il ne faut pas penser qu'on peut faire ce qu'on veut ici. le Cambodge produit très peu et importe la plupart de ses produits de consommation, le consommateur est donc en attente d'une certaine sécurité sur la qualité des produis consommés, surtout pour les médicaments et les produits alimentaires. Les réseaux criminels utilisent souvent des sites internet pour vendre en ligne des produits contrefaits ou de la drogue en destination de la France ou des pays occidentaux, ici nous avons une volonté politique et gouvernementale, ainsi qu'une législation, nous allons tout mettre en œuvre pour que le Cambodge ne soit pas une plaque tournante, car c'est aussi la vitrine du pays qui est en jeu...''.

A l’occasion de la présentation officielle du Comité Anti-contrefaçons dangereuses pour la sécurité et la santé au Cambodge et en présence de Monsieur SAR Kheng, Vice-premier Ministre et Ministre de l’Intérieur, l’Ambassadeur de France Monsieur Jean-Claude Poimboeuf avait prononcé le discours suivant : ''...Je suis heureux d’être à vos côtés aujourd’hui à l’occasion de l’installation du comité anti-contrefaçons, créé par décret du Premier Ministre en date du 31 octobre 2014, et je vous remercie pour votre invitation. C’est une date importante pour votre pays et pour la coopération entre le Royaume et la France. Je ne m’étendrai pas sur les risques que font peser sur la santé et la sécurité de nos citoyens la production et la distribution de biens contrefaits dangereux. Au même titre que le trafic d’êtres humains, il s’agit de crimes économiques mais aussi de crimes contre les personnes. Malheureusement, les organisations criminelles ignorent les frontières et leur imagination sans limite touche à peu près tous les domaines de la production industrielle. Cette activité clandestine est d’autant plus dangereuse qu’elle écoule des biens contrefaits particulièrement nocifs pour la santé et la sécurité des consommateurs. A ce titre le commerce du médicament contrefait représente la forme la plus criminelle de cette activité mafieuse. Le Cambodge est engagé dans la lutte contre ces trafics et je me réjouis qu’il ait signé en 2011 l’appel de Cotonou contre les faux médicaments. Je salue les efforts du gouvernement royal pour lutter contre ce fléau et son engagement dans l’éradication de tous les trafics de produits contrefaits. Pour faire face à cet enjeu de santé publique, une importante coopération en matière de lutte contre les produits contrefaits s’est nouée entre la France et plusieurs pays de la région, dont le Cambodge. En 2010, cette coopération s’est traduite par la mise en œuvre du « Projet régional d’appui à la lutte contre les contrefaçons présentant un risque sanitaire et sécuritaire élevé ». Dans ce cadre, la France a appuyé les autorités cambodgiennes dans les domaines suivants : formation des agents chargés de réprimer les trafics ; répression ; sensibilisation des décideurs publics et des populations. Dans son volet régional, le projet a permis la mise en place d’une coopération fructueuse avec les voisins du Royaume. Dans les domaines de la formation, mais surtout dans celui de l’échange d’informations opérationnelles sur les trafics, celle-ci est exemplaire entre le Vietnam et le Cambodge. Depuis cinq années qu’il est mis en œuvre, ce programme a permis la création de l’Office Central de Lutte contre le Trafic de Biens Contrefaits (OCLTBC). Cette structure, unique en son genre en Asie du Sud-Est, regroupe les six ministères cambodgiens concernés. Grace à cette organisation interministérielle, de nombreuses opérations de police ont conduit à la confiscation de dizaines de tonnes de médicaments et de produits contrefaits. Tout comme elles ont conduit au déferrement à la justice des auteurs de ces trafics. Ces résultats opérationnels méritent d’être salués. Aux termes des accords que nous avons signés, l’appui financier de la France a pris fin il y a quelques jours, le 19 novembre dernier. Toutefois, l’expertise technique française se poursuivra pendant quelques mois encore et je peux vous assurer que nous sommes disposés à réfléchir avec la partie cambodgienne aux meilleurs moyens d’assurer la continuité des actions engagées. Par ailleurs, sachez que la coopération de notre attaché régional de sécurité intérieure, en résidence à Hanoï, vous reste entièrement acquise. Le Premier ministre a souhaité renforcer l’organisation des structures de lutte contre les trafics par la création du Comité de lutte contre les contrefaçons dangereuses pour la santé et la sécurité au Cambodge, qui nous réunit aujourd’hui. J’y vois le résultat très positif de notre coopération et j’en suis très satisfait. Le nouveau Comité voit ses prérogatives considérablement renforcées grâce à l’adoption de textes réglementaires et à des moyens financiers en augmentation. J’y vois là encore un motif de nous réjouir d’une coopération qui a porté ses fruits. Je voudrais pour terminer souligner l’engagement professionnel et personnel dont font preuve les policiers, magistrats, douaniers, inspecteurs de santé, contrôleurs de marchandises, et gendarmes dans leur action quotidienne, et sans lequel rien ne serait possible. Je saisis cette occasion pour rendre hommage à feu le Général SAU Phan, qui a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre de cette entreprise commune. Je souhaite plein succès à son successeur, le Lieutenant Général MEACH SOPHANA, avec lequel j’ai pu constater récemment que nous partagions une vision commune, et à l’ensemble des membres du nouveau comité. Je vous remercie...''.

Nota : S'il est difficile d'évaluer le coût du commerce de la contrefaçon dans le royaume, il faut savoir que le commerce des biens contrefaits ou piratés représente plus de 2,5 % des importations dans le monde, soit presque 500 milliards de dollars d'après l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et l'EUIPO (Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle). Les marques américaines, italiennes, françaises et suisses sont les plus touchées par les contrefaçons, qui concernent de nombreux types de produits, allant des chaussures, sacs à main, parfums, vêtements et montres jusqu'aux pièces de machines et produits chimiques, mais aussi des fruits. L'OCDE souligne que, outre leur impact économique et social, des copies peuvent mettre en danger la santé des consommateurs quand il s'agit de pièces automobiles, de médicaments, de jouets, de laits pour bébé ou d'instruments médicaux.

Pays/territoire : Cambodia
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