samedi 20 août 2016

Cambodge - Chroniques de Barang : A propos du bruit...

Proposé par Thierry Descamps, belge récemment installé au Cambodge, et qui se définit comme un "néo-expat", quelques chroniques des petits aléas de la vie d'un expatrié débarquant dans le royaume. C'est bien vu, exprimé comme un candide, sans prétention et probablement utile pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur l'expatriation au Cambodge. Aujourd'hui : A propos du bruit...

Construction à Phnom Penh. Photographie par Philippe Brooke (CC)
Construction à Phnom Penh. Photographie par Philippe Brooke (CC)
Le khmer est festif et industrieux et il aime que ça se sache. Il en profite donc pour être (très) bruyant. On ne le croirait pas chez des gens si doux, et en apparence discrets. Depuis deux semaines et dimanches compris je vis au son des marteaux-piqueurs, des découpeuses à métaux et des coups de masse sur les murs de deux maisons mitoyennes en réfection. Il faut se faire une raison puisqu’on ne peut pas y échapper. Phnom Penh est un immense chantier de (re)construction.

Cela se corse si un mariage se déroule simultanément. Pour la cérémonie on dresse un chapiteau pour accueillir les invités et les alimenter pendant les festivités. Comme ma rue est étroite … on la coupe à la circulation (en théorie). Il y a toujours des rusés ou des éminences qui passent le barrage et se retrouvent nez­-à-­nez avec ceux qui ont fait comme eux avant et qui voudraient bien partir. Donc on klaxonne. Ca ne sert à rien mais j’imagine que ça défoule. Ce matin à 6 hr j’ai été réveillé par ce que j’ai d’abord cru être les brames d’agonie d’un cerf que l’on torture. Comme je n’ai pas encore vu de cerf en ville, avant d’appeler Brigitte Bardot, je suis allé m’enquérir depuis ma terrasse. Ce n’était que le mariage qui commençait. Là on en est à une saynète interprétée depuis une bonne heure par deux acteurs qui, je suppose, illustrent la vie de couple avec force disputes (bruyantes) et réconciliations parsemées de longs laments et rires de l’assistance. Le tout accompagné par une formation musicale genre Bagad Lann Bihoué mais avec percussions et cymbales. Cela va durer comme ça pendant 2 jours nuits comprises …

Le mariage n’empêche pas les travaux de construction de se poursuivre. Entre deux déversement de gravats dans les bennes, les ouvriers reprennent plaisamment en chœur les chansons à succès qu’on diffuse à côté. Tout ce bruit, ça doit énerver les organisateurs de la cérémonie qui poussent les baffles à fond pour bien montrer qu’ils entendent (du moins pour ceux qui ont encore des tympans) avoir le dessus quoi qu’il en coûte. En revanche dans la vie courante les khmers sont d’un commerce très agréable. Ils ne crient pas (ou rarement). C’est très impoli. Quand ils sont énervés, ils sourient. Le sourire khmer est un truc assez difficile à décrypter pour le nouveau ­venu. Il peut signifier que vous mettez votre interlocuteur mal à l’aise, qu’il ne comprend rien à ce que vous racontez ou que vous l’avez sérieusement irrité auquel cas il se prépare à vous trancher la gorge dans les secondes qui suivent. Un cambodgien en confiance et détendu rit mais avec réserve. Cela change de certains américains croisés au restaurant qui considèrent que les histoires de fesse de la tante Abigail du Wisconsin intéressent l’ensemble de l’assistance. Ou des chinois qui se gueulent dessus comme des malotrus. Les barangs qui habitent ici sont habitués (ou ne s’habitueront jamais) mais pour le néophyte, l’appétence au bruit des khmers est assez déstabilisante.

L’an dernier je m’étais aventuré imprudemment avec des copains dans une boîte de nuit de djeunz à Siem Reap. En réalité je n’ai jamais passé la porte. Après avoir traversé la salle de restaurant en terrasse on se présente à l’entrée et au moment où le portier ouvre on est heurté par un blast sonore qui vous repousse littéralement à l’extérieur. Comme ma femme prétend que je suis déjà sourd comme un pot je n’ai pas voulu aggraver la pathologie et j’ai abandonné mes petits camarades. Il y a bien un truc qui m’énerve. Pour aller en province j’aimais bien prendre les bus parce que c’était “couleur locale”. Le souci c’est que le chauffeur et les passagers raffolent du karaoke. C’est totalement insupportable pour des oreilles occidentales. Au début les stridulations vous amusent mais au bout de la troisième heure ça vire à la torture mentale et vous feriez n’importe quoi pour saboter la télé qui surplombe le poste du chauffeur. Maintenant j’ai compris. Je prend les mini vans. Je vous laisse. C’est reparti ! Je vais essayer de calfeutrer avec des serviettes de bain …

Pays/territoire : Cambodia
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