mercredi 3 août 2016

Cambodge - Chroniques de Barang : Louer une moto et rouler en ville

Proposé par Thierry Descamps, belge récemment installé au Cambodge, et qui se définit comme un "néo-expat", quelques chroniques des petits aléas de la vie d'un expatrié débarquant dans le royaume. C'est bien vu, exprimé comme un candide, sans prétention et probablement utile pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur l'expatriation au Cambodge. Aujourd'hui, louer une moto et se lancer dans la circulation...

Location de moto à Phnom Penh.
1ère étape, le sous­sous chef qui vous oriente vers le véhicule. Pas de frein avant. "Pas grave, elle est révisée" (?). Après négociations le préposé accepte de se courber pour serrer une vis et le vétuste “tambour” se résout à ralentir la bête. La lanière du casque est cassée. "Pas grave". Il fait un noeud (??). Quand je lui demande si il roulerait avec un casque comme ça il me répond qu'il n'en met pas. Imparable !

2ème étape, la sous­chef pour le prix. Elle s'obstine à vous parler à vous, même si vous êtes accompagné par un khmer qui se fera moins facilement embrouiller. Quand elle constate que vous comprenez le khmer, elle ne s'intéresse plus à la question, vous fait une grosse remise et vous confie à la “boss”.

3ème étape, la chef pour la signature. Elle vous examine. Comme l'impression semble satisfaisante elle vous gribouille un n° de tel sur un bout de papier. Vous dites "Heyt neung ?" (c'est quoi). C'est le numéro d'un fonctionnaire qui connaît du monde (et qu'elle paie sans doute). Si vous êtes arrêté par la police pour une broutille (brûler un feu rouge, prendre un sens interdit...) il engueulera les flics en les menaçant de les expédier couper des bambous dans la forêt s'ils s'obstinent à emmerder les barangs pour un bakchich. Ça ne marche pas si vous tuez ou mutilez quelqu'un. Moi j'aime bien cette forme de démocratie directe. J'adore ce pays. The kings of cool !

Circulation à Phnom Penh. Photographie par Matthew Klein (cc)
Avant de me lancer dans le trafic de Phnom Penh, j’avais débuté par un échauffement à Sihanoukville (Snook pour les barangs, Kompong Som pour les khmers). La circulation en mobylette en ville quand on manque de repères et qu’on n’a pas encore assimilé les codes non écrits c'est un peu comme un jeu de Playstation. Il y a des niveaux...

Niveau 1.​ Pour débutant. C'est de jour donc tu vois à peu près ce qui se passe. Fastoche. Tous les autres niveaux sont de nuit.

Niveau 2​. Il fait tout noir (sauf ton phare qui fonctionne par intermittences) et il y a des trous partout dans la chaussée. Tu ne sais pas où ils sont (vu qu’ils roulent tous feux éteints) mais tes adversaires savent où tu es, toi. 

Niveau 3​. Si tu t'arrêtes à un feu rouge tu te fais percuter par ceux qui te suivent et tu perds deux vies. Pour passer ce niveau il faut traverser le maximum de carrefours au rouge en klaxonnant comme un cinglé pour éviter les véhicules qui passent au vert en te méfiant de ceux qui sont passés au rouge avec toi et qui peuvent changer de direction brutalement.

Niveau 4​. Même décor mais on rajoute des mecs bourrés après minuit (ou avant)

Niveau 5.​ Tu rentres à ton hôtel sur les collines à coté d'une pagode. Il fait noir et il y a plein de trous. Tu regardes fixement ta roue avant. Et, comme dans le "train fantôme", un bonze surgit de nulle part. Si tu le chopes tu perds toutes tes vies d'un coup. Après il y a encore des niveaux mais c'est pour les pros (genre tu roules, toi, bourré). Se méfier également des contrôles inopinés de la maréchaussée. Les deux parties ne sont pas dupes de l’objet du contrôle et après quelques échanges courtois si on ne fait pas le malin on repart paisiblement rassuré par la vigilance des autorités et en échange d’une modeste contribution pour les “Bonnes Œuvres” de la police. Si vous retombez sur les mêmes ensuite, vous serez surpris de leur bienveillance. Plus de soucis.

Au final, une fois qu’on a assimilé les notions de base (faire n’importe quoi comme tout le monde) la circulation me paraît plus sûre que sur le périphérique à Paris ou au centre ­ville de Marseille. Déjà, ça roule moins vite. Ensuite si on est dans le “flow”, c’est comme dans un torrent de montagne, on évite naturellement les obstacles. Enfin, les flics français vous rackettent aussi mais plus anonymement (radars) et c’est beaucoup plus cher !

Pays/territoire : Phnom Penh 12000, Cambodia
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