lundi 1 août 2016

Cambodge - Chroniques de Barang : La langue khmère, par Thierry Descamps

Proposé par Thierry Descamps, belge récemment installé au Cambodge, et qui se définit comme un "néo-expat", quelques chroniques des petits aléas de la vie d'un expatrié débarquant dans le royaume. C'est bien vu, exprimé comme un candide, sans prétention et probablement utile pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur l'expatriation au Cambodge.

Le khmer (et donc son écriture) dérive du sanskrit. Si on s’en tient au baragouin touristique, tout va bien. Bonjour, au revoir, merci et surtout “trop cher” (thlay pèk) n’exigent pas un don des langues. Pour le tuk­tuk on se munira d’une carte de la ville. Même avec ce viatique, il n’y a qu’une chance sur deux que le conducteur vous amène à destination. Si vous tombez sur un chauffeur venu de la campagne (on les identifie généralement à leur tuk­tuk déglingué), il vous amènera n’importe où au hasard et vous déposera avec un grand sourire à l’autre bout de la ville en considérant qu’il s’en est bien tiré. Les moins téméraires s’arrêteront au bout d’un ou deux kilomètres et vous demanderont où il faut aller. Un mélange d’anglais d’arrière­-cuisine prononcé avec l’accent urdu ( ou bosniaque au choix ) accompagné de grands gestes si possible pas désespérés ( ça les stresse) peut parfois entraîner un début de solution. Il y aussi des tuktuks très sympas, efficaces et bons connaisseurs de la ville. Gardez leur téléphone et appelez les pour une course. S’ils sont dans vos parages ils vous récupéreront volontiers et ça leur fera plaisir (si vous êtes de bonne compagnie).

Tuktuk. Photographie par Stew and Vee Carrington (CC)
Bref l’idéal est de se débrouiller en khmer. Et là on pénètre dans une autre dimension. Il n’y a pas de conjugaisons mais les tournures de phrase sont très variables. Beaucoup de mots se ressemblent (chourb, choul, chouy, chrouk, chobh, …). Un même mot peut avoir plusieurs significations totalement éloignées l’une de l’autre. Par exemple, le verbe “baeuk” peut vouloir dire : ouvrir, conduire (une voiture), crever (un pneu) ou casser. A ne pas confondre avec “baok” qui se prononce à peu près pareil et qui veut dire “laver” (sans compter qu’il y a au moins cinq mots différents pour laver suivant ce qu’on lave) ! Et puis il y a la prononciation !!! J’ai déjà failli m’immoler une dizaine de fois par le feu tellement c’est énervant. Hier je m’installe à une terrasse et demande un verre de vin blanc. Ca donne : “Som, srâ sô mouy kaèv”. Le serveur me regarde les bras ballants et se plonge dans une profonde réflexion. Désespéré, vous crachez “white wine”! Et le serveur avec une pointe de condescendance : “ah ! Srâ sô !”. Enervant je vous dis ! Il y a un truc qui m’échappe mais quoi ?

Et le pire c’est que quand vous arrivez à faire une phrase compréhensible de plus de cinq mots avec prépositions, conjonctions et tout, les khmers sont tellement gentils et contents de vous entendre parler leur langue qu’ils en déduisent immédiatement que vous la maîtrisez et vous répondent branchés sur le haut débit …. Tout est à refaire et par lassitude vous repassez à l’anglais avec accent urdu ( genre “please dhrayv’ mi to the british humbassy” ).


Pays/territoire : Cambodia
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