vendredi 5 août 2016

Cambodge - Chroniques de Barang : Changer de visa...

Proposé par Thierry Descamps, belge récemment installé au Cambodge, et qui se définit comme un "néo-expat", quelques chroniques des petits aléas de la vie d'un expatrié débarquant dans le royaume. C'est bien vu, exprimé comme un candide, sans prétention et probablement utile pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur l'expatriation au Cambodge. Aujourd'hui, transformer un visa touriste en visa business...

Le visa “business” ou “ordinary” au Cambodge vous permet de rester un an dans le pays (renouvelable) moyennant finances. Je vais donc vous narrer notre expérience (qui se recoupe avec d’autres). Ma petite femme a l’arrivée à Pochentong s’emmêle les pinceaux et demande un visa “touriste”. Le souci c’est qu’il n’est pas convertible en “business” (valable un an renouvelable) et qu’il faut donc symboliquement passer une frontière pour demander le visa ad’hoc à l’expiration du précédent. Mais quel poste frontière choisir et avec quel pays ? Laos ? Un parcours du combattant. Thaïlande ? Arnaque assurée à Koh Kong ou pire à Poipet. Reste le Vietnam...

Poste frontière Ha Tien
...et pourquoi pas Ha Tien, un poste peu fréquenté à 20 kms de Kep sur la côte. Une expérience très amusante si vous prenez les choses du bon côté ou un calvaire si vous êtes d’un naturel “européen agité”. On se programme donc un petit weekend en amoureux pour revoir nos amis de Kampot, la ville voisine. Tout va comme sur des roulettes jusqu’à la frontière. J’ai le “bon” visa mais je souhaite accompagner mon épouse jusqu’au poste vietnamien pour l’assister en cas de problème. Je m’arrange avec un douanier khmer pour court-circuiter les formalités de sortie du territoire (puisque dans mon cas c’est fictif) et nous voilà partis chez les “youns” (terme péjoratif par lequel les khmers désignent les vietnamiens). Nous sommes accompagnés par des touristes qui veulent poursuivre leur séjour chez les voisins. 

Le chauffeur prend les passeports et les ennuis commencent. Ma femme essaie d’expliquer qu’elle ne fait que passer et qu’il lui faut simplement deux tampons (un d’entrée et un de sortie) avant de repartir immédiatement au Cambodge. Ca semble dépasser l’entendement du préposé qui ne comprend pas pourquoi on ne fait pas comme tout le monde. Le chauffeur du bus intercède et, perplexe mais calmé, le douanier range le document dans l’attente d’une décision. Une dame (accompagnatrice pour les formalités mandatée par les agences de voyage) intervient sans qu’on lui ait rien demandé et embrouille tout. Viens mon tour. Il faut savoir que les français, les tchétchènes, les kazakhs, les mongols (extérieurs) et sans doute les eskimos bénéficient d’un visa d’entrée gratuit ...mais pas les belges ! Le même agité me hurle dessus en me réclamant 35 $ qu’il est hors de question que je lui paie puisque je n’ai pas l’intention d’aller dans son pays.

Mon cas suscite l’intérêt de la hiérarchie sans doute alertée par les cris et attire à nouveau l’attention de la “dame” du début. Le chef ne comprend pas pourquoi je n’ai pas de visa de sortie du Cambodge (j’espère que vous suivez). Après d’intenses palabres en anglais de cuisine, en vietnamien (auquel je ne comprend rien) et en khmer (qu’il fait semblant de ne pas comprendre) nous finissons par conclure que je suis là sans y être et que par conséquent je ne suis nulle part. On me rend mon passeport et on m’expulse fictivement (puisque je ne suis pas là) chez le voisin. Ma femme va demander son passeport à l’agité qui le lui tamponne avec dégoût. 

Retour au poste cambodgien pour obtenir un visa “business”. Rebelote. Il manque le visa de sortie du Vietnam !! Elle n’a que le tampon d’entrée. Dégoûté le chauffeur du bus s’en va (à ma profonde stupéfaction). En fait, il va manger sans prévenir en attendant une nouvelle cargaison de touristes pour les ramener à Kampot. Retour chez l’énergumène du début (je reste prudemment à distance).... Revenus au Cambodge, la “dame” se propose d’intercéder (en fait il n’y a plus rien de compliqué à faire) et essaie de nous rouler dans la farine pour toucher une petite commission. Je l’envoie promener ce qui ne plaît pas à ses copains les douaniers avec qui elle doit sans doute partager et qui se mettent à inventer des règlements inconnus. Je vais donc déranger le chef (celui qui m’a laissé sortir sans tampon) en plein visionnage d’un dessin animé. Pendant ce temps là, le chauffeur est revenu, a chargé ses touristes et manifeste son impatience. Bref, le “chef”, à qui j’ai expliqué le problème en khmer, rigole, abandonne Mickey et réveille ses subordonnés. On a tout, on salue le chef et nous partons, fiers et nobles, sous le regard noir de la vieille harpie.

En résumé c’était assez gag (puisqu’on avait le temps). Aux autres postes c’est pire paraît-il. Rallonger le délai d’une heure (voire plus) si vous ne parlez pas khmer. Et prenez une compagnie avec des bus en bon état. Une copine, passée une semaine après nous, a vécu une rupture d’essieu de la bétaillère qui la transportait et a dû partir à la recherche d’un tuk­tuk de fortune pour rentrer :­).

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