mercredi 27 juillet 2016

Témoignage - Cambodge : Ces mères qui ont vendu leurs enfants

Extraits d'une enquête réalisée pour le compte du ''Project Freedom CNN'' et publiée il y a quelques temps déjà, avec la participation de Tim Hume, Lisa Cohen et Mira Sorvino, actrice célèbre, devenue activiste dans le domaine de la protection des enfants.

Quand une famille pauvre du Cambodge affronte les usuriers, il arrive parfois que la mère demande à sa plus jeune fille de trouver un emploi, mais pas n'importe lequel... Une jeune fille, Kieu, n'avait que douze ans quand sa mère l'a envoyée à l’hôpital pour être examinée par un docteur en vue de l'obtention d'un ''certificat de virginité''. Elle fut ensuite ''livrée'' dans un hôtel, violée pendant deux jours, et ramenée ensuite à sa famille. La jeune fille, qui a aujourd'hui quatorze ans et vit dans un refuge, raconte : ''...je ne savais pas en quoi ce travail consistait, j'en suis revenue le cœur brisé, mais je ne savais pas encore que cela n'était pas fini...''.

Jeunes victimes du district Svay Pak. Photographie VOA (cc)
Après avoir vendu sa virginité, sa mère l'a envoyée travailler dans un bordel dans lequel, dit-elle : ''... je vivais comme une prisonnière, on m'a gardé pendant trois jours et j'ai été violée à plusieurs reprises. Quand je suis rentré chez moi, une nouvelle fois, on m'a envoyé cette fois-ci dans un établissement du même genre, près de la frontière thaïlandaise...J'ai finalement réalisé que ma mère allait me vendre à nouveau si je rentrais et qu'il me fallait fuir la demeure familiale...''.

La mère de Kieu a accepté de témoigner devant les caméras de CNN à Phnom Penh : ''...J'avais le cœur brisé de devoir vendre ma fille, mais que puis-je dire aujourd'hui ?'' Comme quelques autres mères du village, celle de Kieu accuse la pauvreté, et la voie sans issue dans laquelle l'avait envoyée le prêt effectué auprès d'usuriers locaux : ''...C'était à cause de cette dette de plusieurs milliers de dollars US, je suis tombée dans les griffes des trafiquants car je n'arrivais pas à rembourser, ma seule issue était de vendre ma fille...je ne pouvais pas revenir en arrière...''.

Une amie et voisine de Kieu, Sephak, est aussi une survivante. Elle n'avait que treize ans lorsqu'elle fut emmenée à l’hôpital pour obtenir, elle aussi, ce fameux certificat. Elle fut ensuite louée à un Chinois dans la chambre d'un hôtel de Phnom Penh pendant trois jours. Sephak raconte que sa mère avait alors encaissé huit cent dollars pour la vente de sa virginité. ''Après ces trois jours, je me suis sentie vidée et très faible, je soufrais physiquement, c'était vraiment très difficile. Je me suis aussi demandé pourquoi ma mère m'avait vendue. Lorsque je suis revenue au village, ma mère me mettait la pression pour que je parte travailler dans une maison de passe....'', raconte la jeune survivante.

Un peu plus loin dans le village, la maison de Toha, 14 ans, elle aussi victime de sa mère, avec la même routine, hôpital, hôtel, viol... sauf que, lors de son retour au village, la jeune Toha ne supportait pas que sa mère tente de la renvoyer vers son violeur qui voulait la revoir et s'est ouvert les veines. Mais, peu de temps après sa tentative de suicide, sa mère l'envoya tout de même dans le sud, dans un bordel, pendant deux semaines jusqu'à ce que la jeune fille puisse avoir accès à un téléphone, appeler une amie qui alertera une ONG. La police sera avertie également et un raid sur la maison close permettra de libérer la jeune fille.

NDLR : La suite de l'enquête mentionne, comme souvent, les efforts des ONG, en particulier l'ONG de Mira Sorvino, pour tenter d'enrayer le phénomène, avec plus ou moins de succès, mais avec le mérite de pouvoir sauver quelques victimes, pas assez certainement...Est ensuite abordé le problème de l’infâme K11, le district rouge de Svay Pak au sein duquel, pendant de longues années, les proxénètes d'enfants opéraient à ciel ouvert. Le gouvernement avait tenté depuis le début des années 2000, à plusieurs reprise de fermer, avec difficulté, tous les bordels opérant dans le secteur et débauchant des enfants. Ce n'est qu'en 2005 que les autorités annonçaient la fermeture définitive de tous les établissements de ce type à Svay Pak. Si les ONG avaient salué l'opération, certaines avaient toutefois souligné que certains réseaux s'étaient délocalisés ou fonctionnaient de façon souterraine. En 2015, un résident de Singapour, Chan Chun Hong, était arrêté pour avoir organisé des ''sex-tours'' pour pédophiles comprenant un voyage organisé dans les karaokés avec des jeunes filles, mais également une visite chez les ''enfants de Svay Pak''...

La difficulté pour enrayer le trafic sexuel des enfants, au Cambodge mais aussi dans quelques autres pays d'Asie du Sud-est, tient à une réelle demande de la clientèle pédophile mais aussi au goût de certains asiatiques, les chinois en particulier, qui sont prêts à payer suffisamment pour violer une jeune vierge, pensant que cela les protégerait du Sida et leur donnerait force et vigueur...En ajoutant la précarité de certaines familles dans les provinces, l'appétit des usuriers et la propension des ménages pauvres à s'endetter, parfois pour des raisons de santé, parfois pour de simples convoitises liées à l'attrait de la société de consommation, le cercle vicieux du trafic reste, malgré les bonnes volontés, difficile à briser définitivement...
Avec l'aimable autorisation de Project Freedom CNN.


Pays/territoire : Cambodia
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