vendredi 15 juillet 2016

Disponible en ligne - Voir et revoir : Bophana de Rithy Panh

Bophana raconte l’histoire émouvante d’une jeune cambodgienne âgée de vingt-cinq ans. Secrétaire générale au sein d’une organisation humanitaire, Bophana est une jeune femme vivante, belle, éduquée…et surtout, amoureuse. Le film de Rithy Panh, tourné en 1996, décrit les retrouvailles de la jeune femme avec Ly Sitha, son cousin, qu’elle n’a pas revu depuis sa plus tendre enfance, et qui va devenir son mari. Ly Sitha est un moine défroqué, engagé, suite aux ravages du népotisme du dictateur pro-américain Lon Nol, dans la révolution khmère rouge. Son combat originellement pur va se heurter à la tournure funeste du régime, et son comportement jugé déviant entraînera sa condamnation, ainsi que celle de sa jeune épouse, Bophana.

Bophana
Par le biais d’une histoire individuelle bouleversante, Rithy Panh plante le décor de la tragédie khmère rouge qui s’est jouée de 1975 à 1979 au Cambodge, et nous livre les tenants et les aboutissants de cette époque troublée en laissant filtrer l’émotion par l’intermédiaire de l’acte de résistance singulier mais remarquable de cette jeune cambodgienne : Bophana ne cesse en effet, jusqu’à son emprisonnement puis son exécution, d’écrire des lettres d’amour à son mari, dans lesquelles elle compare leur passion à celle des légendaires Séda et Préah Ream dans le Réamker, la transcription khmère de l’épopée du Ramayana indien.

Rithy Panh poursuit un travail de mémoire déjà engagé des années auparavant grâce à ses précédentes œuvres cinématographiques. Les diverses voix off, ainsi que la lecture des lettres d’amour de Bophana et de Ly Sitha rendent l’œuvre du réalisateur captivante, et adoucissent pour le spectateur le caractère abominable de l’atmosphère qui sous-tend le documentaire, tout en mettant malgré tout en lumière les principales lignes de conduite génocidaires du cataclysme polpotien. Arrêtés et incarcérés dans le centre S21 de Phnom Penh, les deux amants sont soumis à la machine khmère rouge qui leur soutire d’invraisemblables aveux, avant de les conduire au charnier de Choeung Ek. Apothéose de la tristesse : Ils ne sauront ni l’un ni l’autre qu’ils ont été, en silence et les yeux bandés, exécutés au même endroit, le même jour, le 18 mars 1977.

Voir le film :


Rithy Panh est un rescapé de l’horreur khmère rouge. Adolescent à l’avènement du régime de Pol Pot, il perd sa famille lors du soulèvement des maquisards anti-Lon Nol, survit à quatre années d’atrocités, et décide à la suite de ces épreuves d’effectuer un travail d’analyse et de mémoire à la fois pour lui-même et pour son pays. En 2006, il inaugure le Centre de ressources documentaires du Cambodge, qui prend le nom de « Bophana », lieu de sauvegarde du patrimoine audiovisuel cambodgien. Ses nombreux travaux, dont Site II, S21 la machine de mort khmère rouge, ou encore Duch, le maître des forges de l’enfer, achevé en 2011 et présenté au 64e festival de Cannes, restent des supports poignants de la lutte contre l’oubli que livre Rithy Panh et illustrent parfaitement la colossale cicatrice mémorielle qui marbre encore aujourd’hui le quotidien du peuple cambodgien.
Arte - Maud Le Quillec

Pays/territoire : Cambodia
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