jeudi 16 juin 2016

Procès des Khmers Rouges - Duch : Questions sur les massacres, les photos de prisonniers et les derniers jours de S21

Lors de l'audience de l'affaire 002/02 impliquant les dirigeants khmers rouges Nuon Chea et Khieu Samphan, le juge Jean-Marc Lavergne a pris les choses en main hier, mettant la pression sur  l'ancien chef de S-21, Kaing Guek Eav, avec des questions sur les massacres, les photos des prisonniers et les derniers jours du centre de détention.

 Photo: ECCC/ Nhet Sokheng
 Kaing Guek Eav. Photographie : ECCC/ Nhet Sokheng
Durant l'audience, Guek Eav, connu aussi sous le nom de Duch, a confirmé un certain nombre de massacres commis par les Khmers rouges, y compris l'assassinat de six cent soldats thaïlandais à Kampong Som (Sihanoukville), et un nombre inconnu de citoyens Cham pendant leur sinistre règne. Il a abordé, plus tard, la question des photos des prisonniers à S-21, devenues tristement célèbres avec leur exposition au Musée du génocide de Tuol Sleng. Les photos auraient été prises sur les ordres directs de M. Chea, en dépit de la colère de M. Guek Eav qui ne souhait pas s'embarrasser de cette corvée. ''...Personne n'avait confiance, il fallait prouver que nous avions reçu des prisonniers, que nous les avions interrogés, torturés et exécutés...il fallait une preuve pour les cadres du parti, c'est pourquoi il fallait ces photos...'', a expliqué l'ancien dirigeant de la prison. Alors que la plupart des photos ont été gardées à S-21, M. Guek Eav a déclaré qu'il avait conservé à titre personnel une série de photos des occidentaux exécutés au centre, sans en donner la raison.

La discussion s'est alors orientée vers le nombre de prisonniers détenus dans l'établissement. M. Guek Eav a déclaré que le nombre total de prisonniers détenus à S-21 s'élevait à 10.000 du temps de sa ''gestion''. Le juge Lavergne a également posé une série de questions sur les variations du nombre de prisonniers, dans l'espoir d'obtenir une explication concernant les grandes disparités observées parfois dans les fichiers des Khmers rouges. Malheureusement, Guek Eav est resté très évasif, se contentant de hocher la tête lorsque des chiffres lui étaient avancés mais, ''...Quand il y avait trop de prisonniers, on nous demandait de les éliminer...'', a-t-il confirmé, réitérant la position qu'il avait tenue tout au long des audiences précédentes sur ce sujet. Il a ensuite dit au tribunal que Son Sen et M. Chea ne posaient presque jamais des questions sur le nombre de prisonniers, mais se renseignaient parfois sur des prisonniers spécifiques pour savoir s'ils avaient bien été tués.

Le juge Lavergne est ensuite parvenu à obtenir le plus de commentaires concernant les dernières heures de S-21, le 7 Janvier 1979. Les soldats Khmers Rouges présents au centre de détention n'avaient reçu aucun avertissement préalable d'une invasion imminente par les forces vietnamiennes et, il avait été demandé à Guek Eav de travailler comme il le faisait normalement. Mais à 10 heures, les choses ont commencé à changer : ''...Vers 10 heures, j'ai entendu le bruit des chars en mouvement,  je savais que les blindés vietnamiens approchaient, j'ai alors quitté ma maison dans l'espoir de rassembler ensuite quelques armes ...mais je n'ai pas pu, il fallait fuir...'', a-t-il indiqué avant de préciser à la cour : ''...J'ai mentionné que les documents étaient restés à la prison et il n'y avait pas d'instruction pour les détruire. J'ai rencontré Son Sen avant avant d'être envoyé en Chine et j'ai fait mention des documents. Il m'a violemment reproché de ne pas les avoir détruits, tout comme en 1983, j'ai rencontré Frère Nuon, qui m'a aussi fait le même reproche au sujet des documents...''.

Pays/territoire : Phnom Penh 12000, Cambodia
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