vendredi 24 juin 2016

Indochine - Lire et relire :Indochine, l'envoûtement par Jean de La Guérivière

Entre la France et les trois pays - Viêt Nam, Cambodge et Laos - formant l'ancienne Indochine s'est construite, au fil des décennies, une histoire passionnelle sans équivalent comparable. La dure guerre française (1946-1954), puis celle - américaine - du Viêt Nam n'ont pas fait disparaître cette passion et en ont même, à l'heure du tourisme, ravivé la nostalgie. C'est l'histoire de cette passion française pour l'Indochine que raconte Jean de La Guérivière, ancien journaliste au Monde, journal pour lequel il couvrit les derniers moments de la guerre du Vietnam. Son récit ne se borne pas à la politique, loin s'en faut. Il englobe la culture militaire, les missions religieuses, le cinéma, la littérature de voyage et celle des romanciers " asiates ". Il s'intéresse aux liens spécifiques tissés pendant plus d'un siècle entre ces sociétés lointaines et la France. Les femmes y occupent une place privilégiée. Au total, cette " somme " à la fois savoureuse et érudite rassemble l'essentiel de ce qu'il faut savoir si l'on veut comprendre la genèse et la persistance d'un véritable envoûtement.

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La meilleure critique :
La France fut présente près d'un siècle (1862-1954) en Indochine, mais, du fait de la disparition de la langue française en Asie, cette aventure est aujourd'hui largement oubliée, contrairement à la colonisation française en Afrique noire, dans l'Océan indien et dans le monde arabe. Jean de La Guérivière réussit le tour de force de résumer, en un livre facile à lire et captivant, tout ce qu'il faut savoir de ce qui fut en fin de compte l'expérience coloniale française qui a englouti le plus de capitaux, de techniques et de soldats pour ne finalement laisser dans l'ancienne Indochine que quelques traces, parfois curieuses (la baguette de pain!) que La Guérivière traque dans les trois Etats issus de ce qui fut la perle de l'Empire français.

Et pourtant, l'aventure, telle que La Guérivière la décrit, eut aussi des aspects remarquables: nulle part ailleurs les colonisés et les colonisateurs n'éprouvèrent autant d'attirance culturelle et humaine, et par un paradoxe atroce, nulle part ailleurs le divorce ne fut plus grand. La livre de La Guérivière décrit ainsi, dans un style plaisant et avec une documentation de premier choix, une très intéressante page d'histoire militaire, médicale, géographique, économique, littéraire et religieuse, ainsi que la lente marche du Laos, du Cambodge et du Vietnam de la colonisation française au capitalisme anglo-saxon via une expérience communiste qui prit, au Cambodge, les proportions d'un cauchemar sans égal.

Il faut en effet signaler que l'ouvrage de La Guérivière, entre autres mérites, ne s'arrête pas à la fin de la colonisation française en 1954, mais décrit aussi l'échec militaire des Etats-Unis en Indochine - suivi vingt ans plus tard d'une extraordinaire réussite économique qui fit définitivement entrer ces trois pays dans la sphère d'influence américaine - ainsi que les tentatives sporadiques de la diplomatie française pour faire encore quelques apparitions dans les anciens Etats d'Indochine jusqu'à l'année 1975 qui marqua la fin de la dernière présence française qui subsistait encore (les écoles) et aussi la fin des illusions.

Il n'est toute fois pas exclu que, bien qu'effacée des mémoires de part et d'autre, la colonisation française ait contribué à donner à ces pays un visage différent de leurs voisins d'Extrême-Orient: il serait intéressant, à cet égard, de se demander dans quelle mesure la présence française a encouragé les intellectuels vietnamiens dans le choix de l'alphabet latin comme écriture nationale par opposition aux idéogrammes chinois.


Pays/territoire : Asia
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