mardi 21 juin 2016

Cambodge : la prison de Prey Speu, bientôt fermée ?

En mai 2016, le Premier ministre Hun Sen a demandé aux autorités de Phnom Penh et au ministère des Affaires sociales d’améliorer le tristement célèbre centre de détention Prey Speu, ou dans le cas contraire, de le fermer… Afin d’épargner au gouvernement plus d’embarras.

Officiellement rebaptisé au mois de mars « Centre des affaires sociales de Phnom Penh », centre de détention Prey Speu a acquis au fil des années une réputation déplorable. Il regroupe vagabonds, toxicomanes et prostituées, incarcérés de force dans des conditions extrêmement médiocres. Des groupes de défense des droits humains accusent le personnel de battre et de violer les détenus en toute impunité, et exhortent toujours le gouvernement à fermer le centre.

Prison de Prey Speu
Au cours d’une cérémonie destinée à célébrer la Journée de l’enfance à Phnom Penh en mai dernier, le Premier ministre a invité le Ministère et la municipalité à se plier aux conseils des critiques s’ils s’avéraient impuissants à régler les problèmes du centre. « Si le centre a besoin d’être fermé, il n’y a aucune raison de le maintenir ouvert. Il crée trop de problèmes. Et s’il doit rester en fonction, alors il doit être amélioré. »

Hun Sen semblait cependant davantage préoccupé par la réputation de son gouvernement que par le sort des détenus du centre : « Nous essayons de fournir des services qui assurent le respect des droits humains, et au lieu de cela, le centre est l’objet de critiques. Les efforts du gouvernement sont donc ternis. Si nous sommes incapables de gérer un si petit centre, que pouvons-nous faire ? »

Situé en périphérie de la capitale, l’établissement a longtemps été nommé « Centre de formation professionnelle » en dépit de l’absence manifeste de toute formation. Lorsque les administrateurs ont reconnu les défauts du centre, ils ont toujours accusé le manque de fonds et de personnel. Les groupes de protection des droits avancent cependant que les anciens détenus parlent souvent de maltraitance volontaire, en plus de la négligence et de la mauvaise gestion.

Licadho a rapporté, en octobre 2015, la noyade d’un détenu dans un bassin peu profond dans l’enceinte du centre. Le groupe a également fustigé une mauvaise administration après la mort d’un sans-abri suite à une maladie en 2014. L’hôpital de Phnom Penh, où le centre a affirmé avoir envoyé l’homme afin qu’il soit soigné affirme n’avoir aucune trace de son passage. Contacté le jour même du discours de Hun Sen, le directeur de Prey Speu, Ban Vutha, a déclaré être en train de préparer un rapport concernant les problèmes soulevés par le Premier ministre. Il n’a pas souhaité s’exprimer davantage. Ban Vutha a assuré qu’il ignorait si l’établissement allait ou non fermer ses portes : « La décision appartient au Ministère et à la municipalité. »

Le porte-parole de la mairie, Chin Bunthoeun, affirme que les responsables sont en train de réfléchir à la meilleure des deux options proposées par Hun Sen. Nous n’avons pas réussi à joindre un des porte-paroles du ministère des Affaires sociales. Am Sam Ath, superviseur technique pour Licadho, précise qu’il s’agit de la première mention publique des problèmes que pose Prey Speu par le Premier Ministre. Il espère que cette attention contribuera à donner au centre les ressources et la surveillance nécessaires au bon acquittement de ses devoirs ou mènera à sa fermeture définitive.

« Cet endroit est devenu un centre de détention illégale où les individus sont torturés et violés. Aussi je suis d’accord avec le commentaire de Hun Sen : le centre doit être fermé s’il ne peut être amélioré. »

Avec l'aimable autorisation d'AlterAsia
Traduction : Amandine Le Goff
Source (Cambodia Daily / Kuch Naren) : Fix Prey Speu or shut it down, Prime minister tells officials
Photo : Licadho

Pays/territoire : Prey Speu, Phnom Penh, Cambodia
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