vendredi 20 mai 2016

Reportage : Boeung kak ou la nostalgie du lac

Série de photographies d'Àngel García Vicente ayant pour thème le lac Boeung kak, avec des clichés du site aujourd'hui, alors que le lac est remblayé et totalement asséché depuis 2012, et d'autres à l'époque où il y avait de l'eau et des rives peuplées de communautés bigarrées. Le lac Boeung Kak était en fait plutôt un étang situé au nord de la ville de Phnom-Penh. C'était le reste d'un ancien bras du Mékong avec assez peu de profondeur, et contenant malheureusement une grande quantité de déchets provenant des habitations sur pilotis et autres. Malgré cette pollution domestique, escargots et poissons survivaient et quelques familles vivaient de la cueillette et du commerce des liserons d'eau assez abondants.

Le lac Boeung Kak aujourd'hui asséché
Le lac Boeung Kak avant sa disparition
Si le coté lacustre et exotique du lac faisait la joie des backpackers de la rue 80, en bordure du lac, cet endroit avait aussi un caractère unique. Peuplé de familles plutôt pauvres, de prostituées, de gangsters, de petits macs, Boeung Kak ressemblait un peu à une cour des miracles version indochinoise, avec ses bons cotés tels ces familles soudées, solidaires, accueillantes et souriantes mais aussi et malheureusement, son lot de malheurs ; Boeng Kak était l'endroit où le sida faisait des ravages, avec plus de la moitié des enfants du quartier contaminés, Boeng était l'endroit où le trafic de cristal et de méthamphétamines était florissant et la violence associée, tabassages et affrontements entre dealers, quasi quotidienne.

Une habitante de Boeung Kak
Boeung Kak était aussi le vivier de la rue ''des petites fleurs'', là où les jeunes filles, qui n'avaient certainement pas 18 ans, travaillaient dans les centaines de bordels insalubres qui longeaient cette rue ou au Washington, hôtel de luxe proposant karaoké, salon de massage et plus, situé de l'autre coté du pont japonais, et destination privilégiée de touristes venus des pays voisins pour affaires...Pourtant, le quartier avait son charme du jour, violence et autres fléaux étaient plutôt l'apanage de la nuit. Circuler dans Boeng kak le jour était comme une promenade dans une petite banlieue de Phnom Penh avec ses cafés, ses coiffeuses, ses épiceries bancales, ses échoppes de tout et de rien, et surtout, ses sourires vraiment khmers.

Enfants se baignant dans le lac
Un projet immobilier destiné à faire construire des hôtels et résidences de luxe, a été soumis et accepté en 2007. Il a eu pour conséquence de réduire la superficie du lac de 90 à 10 hectares et d'expulser un grand nombre de riverains. De nombreuses habitations ont été détruites avant les travaux d'assèchement qui ont commencé en 2008. Les terrains ainsi créés ont été alloués, en vue d'une opération immobilière d'envergure, pour 99 ans, à un consortium composé de deux compagnies chinoises et de la société cambodgienne Shukaku.

Le lac Boeung Kak aujourd'hui asséché
Les expulsions ont provoqué des manifestations, notamment de femmes, qui ont été  réprimées et ont mené à des condamnations pour occupation illégale de terrain et rébellion aggravée. En 2012, l'assèchement est total. Il ne reste plus rien de l'étang. L'attitude du pouvoir avait conduit la Banque Mondiale à réagir et geler les aides accordées au Cambodge. Elle a décidé ces jours-ci de les reprendre. Plusieurs ONG ont aussi tenté de faire revivre le quartier alors que les constructions prévues traînent étrangement. Un endroit symbolique de Phnom Penh a disparu, son plus grand lac, auparavant endroit refuge d'une faune un peu différente, parfois effrayante, parfois attachante.

La voie ferrée près du lac

Pays/territoire : Boeng Kak, Cambodia
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