dimanche 1 mai 2016

Contes et Légendes : Le paresseux se vautrant dans la cendre

Un vieux récit rapporte qu'il était né un « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », ainsi nommé parce que dès qu'il avait su marcher, il allait tous les jours se coucher dans la cendre. A son adolescence, il fit pousser un plant d'aubergine, mais par paresse il ne l'arrosait pas et ne savait toujours que se vautrer dans la cendre. Chaque jour, quand il se réveillait, il arrosait le plant d'aubergine avec son urine jusqu'à ce que ce plant grandît et donnât un fruit de plus en plus gros. Un jour, la jeune princesse de ce pays ressentit une chaleur cuisante et demanda à son auguste père d'aller se distraire dans la forêt. Le souverain lui en donna l'autorisation. Alors elle mobilisa des gardes à cheval, des gardes à éléphant et des fantassins. Une fois l'escorte prête, elle partit se promener à sa guise. Elle alla loin et arriva à l'endroit où habitait le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Elle regarda et vit une aubergine. Elle eut envie de la manger et envoya des serviteurs la cueillir. Quand ils furent sur le point de la prendre, le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » se réveilla et s'écria :
— Eh ! Pourquoi venez-vous voler mon aubergine ? Alors ces serviteurs répondirent :
— La princesse qui se promène dans la forêt a envie de manger cette aubergine et elle nous a envoyés la cueillir.
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » dit :
— C'est moi qui ai fait pousser ce plant d'aubergine. Pourquoi ne demandez-vous pas d'abord ?
Ces serviteurs répondirent :
— Si c'est ainsi, nous vous demandons la permission. 
— Cueillez-la, répondit le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ».

Contes et Légendes
Ils cueillirent l'aubergine et l'apportèrent à manger à la princesse.
Dès qu'elle eut mangé cette aubergine, elle devint enceinte. Elle était triste et elle craignait que son père ne le sût. Quand la grossesse fut visible, toutes les servantes s'en aperçurent et en informèrent le roi. Celui-ci leur ordon­na d'aller chercher la princesse. A son arrivée, le souverain lui demanda :
— Es-tu enceinte ?
— Oui, Majesté, répondit-elle.
Le roi questionna de nouveau la princesse :
— Avec qui as-tu fait cela ? Dis-moi la vérité.
Elle répondit :
— Selon votre piété, Majesté, si vous me laissez vivre, je vivrai comme esclave sous la poussière de votre auguste pied, si vous me faites exécuter, je mourrai suivant votre volonté. Au moment où moi, votre esclave, je me suis promenée dans la forêt, j'ai vu une aubergine unique et j'ai envoyé les serviteurs la cueillir. Mais un homme leur a in­terdit de toucher à cette aubergine parce que c'était lui qui l'avait fait pousser. Mais quand les serviteurs lui ont demandé l'autorisation de la cueillir, il leur a donné son accord. Dès que je l'ai mangée, je suis devenue enceinte. Chaque jour, je suis très inquiète, je crains que vous ne le sachiez et me condamniez.
Après l'avoir écouté le roi dit :
— Si c'est ainsi, il faut envoyer des batteurs de gong à la recherche du propriétaire de l'aubergine dans toutes les provinces, tous les cantons et tous les villages.
Alors des conseillers allèrent battre du gong pour avertir les gens et dirent :
— Qui a fait pousser le plant d'aubergine ?
Mais personne ne leur répondait. Quand ils arrivèrent devant le « paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », celui-ci leur demanda :
— Vous, les batteurs de gong ! Qu'est-ce que vous cherchez ?
Ils répondirent :
— Eh ! toi, « paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », qu'est-ce que cela peut te faire, ignorant !
Ils s'en allèrent. Ils firent des allers et retours et rencontrèrent de nouveau le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Ce dernier questionna encore les batteurs de gong. Ils répondirent :
—  Tu ne sais rien, toi, espèce de dormeur te roulant dans la cendre. Pourquoi poses-tu des questions ?
Enfin les batteurs de gong retournèrent au palais pour dire au roi :
—  Ayez pitié de nous ! Nous avons battu du gong, mais personne n'a osé répondre à nos questions. Un seul jeune homme se vautrant dans la cendre nous a vus et nous a demandé ce que nous cherchions.
Le roi dit :
— Si c'est ainsi, vous allez l'amener ici.
Les conseillers allèrent ensemble le chercher. Etant arrivés, ils dirent :
— Jeune homme ! Maintenant le roi nous ordonne de venir te chercher.
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » répondit :
—  Je suis couvert de taches de cendre.
Les conseillers s'empressèrent d'aller dire au roi :
— Maintenant, nous sommes allés le chercher, mais il nous dit qu'il ne vient pas parce qu'il est couvert de taches de cendre.
Le roi dit :
—  Si c'est ainsi, vous allez le laver et vous l'emmènerez devant moi afin que je lui pose des questions.
Les conseillers repartirent, selon l'ordre royal, le baigner et le frotter. En ayant terminé, ils voulurent l'amener au roi ; mais le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » dit :
— Je n'ai pas de vêtements, je ne veux pas y aller. Les conseillers se hâtèrent d'informer le roi :
— Ayant pitié de nous ! Nous avons fait suivant vos ordres. Maintenant il nous dit qu'il ne vient pas parce qu'il n'a pas de vêtements.
Le souverain dit :
— Si c'est ainsi, vous allez lui apporter des vêtements afin qu'il s'habille.
Le roi donna alors ses vêtements habituels aux conseillers afin qu'ils les apportassent au « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Celui-ci dit alors :
— Sans litière, je ne viens pas.
Les conseillers s'empressèrent d'aller dire au roi .
— Ayez pitié de nous ! Majesté, vous nous avez ordonné d'apporter des vêtements à cet homme afin qu'il s'habille. Il dit encore qu'il ne vient pas sans litière.
Le roi ordonna :
— Si c'est ainsi, vous prenez une litière pour le transporter ici.
Les conseillers, ayant pris une litière, allèrent le transporter jusqu'au roi. Ce dernier demanda :
— Est-ce vraiment toi qui a fait pousser l'aubergine que ma fille, pendant la promenade dans la forêt, t'a demandée à manger ?
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » répondit :
— Oui, Majesté, c'est vrai.
Le roi, ayant appris la vérité, réunit tous les mandarins et leur ordonna de faire des préparatifs pour célébrer le mariage du « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » avec la princesse, les faisant ainsi devenir reine et souverain du pays gouvernant dans la prospérité.

Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire