mercredi 25 mai 2016

Cambodge - Textile : Les bonnes intentions d'Hennes & Mauritz

Ce n'est pas la première fois que le géant suédois Hennes & Mauritz est sous les feux de l'actualité au sujet des conditions de travail des ouvriers et ouvrières de la confection dans ses usines fournisseurs, au Cambodge et en Inde. Si le détaillant pave ses déclarations de bonnes intentions à travers un service de presse bien rodé, la situation des travailleurs du textile ne s'améliore pas de façon significative ou alors bien trop lentement de l'avis des syndicats locaux. Vrai que la santé du secteur du textile repose sur le principe, pas très glorieux des ''petites mains bon marché d'Asie'' et qu'il sera difficile d'améliorer les conditions des employés de l'industrie textile si les acheteurs ne font pas un effort substantiel sur le prix d'achat des produits fabriqués dans les pays émergeants. A cette option, pas si facile à mettre en oeuvre en raison de la compétition entre détaillants, se greffent d'autres difficultés bien locales, telles ces augmentations de salaires, prévues au Cambodge généralement obérées par des augmentations de loyer pour les travailleurs, effectuées par des propriétaires peu scrupuleux et entendant bien profiter eux aussi des augmentations de salaires. Toutefois, sur ce dernier point, une réforme est en cours au Cambodge pour réguler le prix des loyers de chambres pour les employées du textile, ainsi que sur le coût de l'électricité afin d'enrayer ce type d'abus.

Ouvrières du textile au Cambodge, attendant l'ouverture des ateliers. Photographie ILO (CC)
Ouvrières du textile au Cambodge attendant l'ouverture des ateliers. Photographie ILO (CC)
Le géant suédois vient donc de déclarer qu'il collaborait avec les syndicats, le gouvernement et les Nations Unies pour améliorer les conditions des travailleurs du textile après qu'une étude ait constaté des violations du droit du travail au sein des usines de confection en Inde et au Cambodge. L'étude menée par l'Alliance Asia Floor Wage (AFWA), plutôt avare de news en dehors des périodes d'attribution de subventions, a trouvé les travailleurs cousant des vêtements pour H & M dans les usines à Delhi et Phnom Penh, confrontés à des problèmes tels que bas salaires, contrats à durée déterminée, heures supplémentaires obligatoires et perte d'emploi en cas de grossesse. L'AAE, une coalition de syndicats et de groupes de défense des droits du travail, a accusé le groupe de ne pas tenir ses engagements pour mettre de l'ordre dans sa chaîne d'approvisionnement. Rien de très nouveau

Un fonctionnaire de H & M a déclaré samedi à la Fondation Thomson Reuters samedi que l'entreprise de mode a travaillé activement pour améliorer la vie des travailleurs du textile depuis de nombreuses années. "...Le rapport soulève des questions importantes et nous sommes déterminés à contribuer à un développement positif à long terme pour ces personnes qui travaillent dans l'industrie textile et nos marchés d'approvisionnement...'', a déclaré Thérèse Sundberg, chargée de presse de H & M. "...Les questions abordées dans ce rapport concernant l'ensemble de l'industrie textile. Elles sont souvent difficiles à traiter comme une entreprise individuelle et nous croyons fermement que la collaboration est la clé..."

H & M a établi un partenariat avec l'Organisation internationale du Travail, l'Agence suédoise de coopération internationale au développement, ainsi que d'autres syndicats mondiaux et locaux pour rechercher des solutions, a-t-elle ajouté dans un communiqué de presse. L'industrie de la mode est sous une pression croissante pour améliorer les conditions d'usine et les droits des travailleurs, en particulier après l'effondrement du complexe Rana Plaza au Bangladesh il y a trois ans, lorsque 1.136 travailleurs du vêtement avaient été tués.

Ouvrières du textile au Cambodge vivant à plusieurs dans une chambre avec leurs enfants. Photographie ILO (CC)
Ouvrières du textile au Cambodge vivant à plusieurs dans une chambre avec leurs enfants. Photographie ILO (CC)
Les auteurs de l'étude ont interrogé 50 travailleurs indiens de cinq usines et 201 Cambodgiens travaillant dans 12 usines d'Août à Octobre 2015. Ils ont constaté que les travailleurs cambodgiens avaient à effectuer en moyenne deux heures supplémentaires par jour, tandis que les travailleurs indiens ont déclaraient devoir travailler au moins de 9 à 17 heures par jour. Les travailleurs sont régulièrement tenus de travailler jusqu'à deux heures supplémentaires par jour afin d'atteindre les objectifs de production, indique le rapport et cette contrainte serait difficile à contourner en raison des exigences de la clientèle, en l’occurrence Hennes & Mauritz...

L'étude a également constaté que les contrats à durée déterminée étaient utilisés à 80% tant dans les usines indiennes que cambodgiennes. Ces contrats facilitent la résiliation arbitraire et privent les travailleurs de la sécurité d'emploi, des pensions, des soins de santé, des prestations d'ancienneté et de gratuité, dénoncent les militants. L'autre aspect de cette situation léonine en défaveur des ouvrières concerne les maternités. Nombre d'entre elles sont forcées de prendre des congés sans solde ou sont congédiées avec la promesse d'un nouveau contrat à leur retour, ce qui leur fait perdre leur ancienneté et ses avantages.

Ouvrières du textile au Cambodge pendant la pause. Photographie ILO (CC)
Ouvrières du textile au Cambodge pendant la pause. Photographie ILO (CC)
Sundberg de H & M indique aussi que la résolution de ces problèmes était un processus à long terme qui progresse "étape par étape", et que le détaillant suédois s'est engagé à améliorer les droits des travailleurs dans ses usines fournisseurs. "La présence d'acheteurs responsables est vitale pour le développement futur des pays tels que le Cambodge et l'Inde, et nous voulons continuer à contribuer à l'augmentation des améliorations au sein de ces marchés», a déclaré Sundberg.

En clair, que va-t-il se passer dans les prochaines semaines ? Rien. Et, on peut regrette sincèrement que la publication de ce type de rapport, qui ne fait que publier à nouveaux des problèmes qui perdurent depuis plusieurs dizaines d'années, ne soit qu'épisodique et peu suivie si ce n'est par des communiqués de presse à la langue bien boisée. Les conditions se sont améliorées sensiblement ces dernières années pour les travailleurs du textile au Cambodge mais un engagement plus actif et plus rapide des acheteurs ou de leurs partenaires sur le terrain serait peut-être une condition favorable pour que ces efforts, mentionnés à travers des communiqués rédigés par la blonde du troisième étage des bureaux de Hennes & Mauritz , aient un impact fort.


Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire