mardi 12 avril 2016

Tradition - culture : A propos du Nouvel An khmer

Certains missionnaires étrangers avaient signalé vers la fin du treizième siècle que la “Nouvelle Année” chez les Khmers tombait le mois de Mikasira, premier mois du calendrier lunaire. Depuis le septième siècle, les Khmers ont adopté un nouveau calendrier faisant coïncider le Nouvel An avec le quatrième mois du calendrier chrétien.

Le Nouvel An khmer. Photo Sam Sith (CC)
C’est la déesse Mondea Devi, quatrième fille de Kabel Moha Prum, qui accompagnera la nouvelle année 2016 à partir du mercredi 13 avril à 20h. L’entrée de la nouvelle année est généralement fixée pendant trois jours ; le premier jour s’appelle “Moha Sankranta”, du sanskrit Sankranti, la grande marche, le deuxième “Vanapata”, et le troisième “Loeung Sak”, entrée dans le nouveau millésime. D’ordinaire, les cloches et des tamtams des pagodes annoncent l’arrivée du Nouvel An mais les habitants des villages commencent par la célébration de l’accueil, depuis le matin du premier jour, de la nouvelle Devata, par l’érection des Monts de sable et par l’invitation des bonzes pour officier le Dharma, la loi bouddhique. Le Nouvel An arrive quelquefois tard dans la nuit car, de nos jours, le calendrier traditionnel khmer est établi en fonction de la double marche du soleil et de la lune. Durant la matinée du deuxième jour ont lieu les offrandes de l’aumône aux moines et, dans l’après-midi du même jour, on les invite à se baigner avant leurs sermons. 

A noter que les Cambodgiens ont l’habitude d’aller célébrer le Chaul Chhnam dans la pagode où l’on organise aussi un concert  de Pinpeat afin d’accompagner la fête et de célébrer la venue du Nouvel An; cet orchestre n’est pas obligatoire et peu courant chez les particuliers. Les roulements de tamtams, le carillon de cloches mêlées à des vœux et à des psalmodies saluent l’heure du Nouvel An tandis que les volutes de baguettes d’encens montent des petites chapelles de bois éclairées par des bougies aux bords des routes. Quelques jours avant le Nouvel An, les Cambodgiens, chefs de famille et leurs enfants, préparent des décorations florales, des lanternes multiformes, des bougies et bâtonnets d’encens fichés sur des Monts de sable, ornés aussi de tentures et oriflammes multicolores de papier, érigés tout près de la maison. Outre les rites traditionnels durant trois jours, les gens, et surtout les jeunes aiment s’adonner aux danses et jeux populaires, tels que l’Angkunh (sorte de jeu utilisant des graines naturelles servant de billes), le jeu de Chol Chhoung, (lancer de balle faite d’une écharpe roulée accompagnée de chants), le jeu de Leak Kansèng (cache de l’écharpe aussi roulée), le jeu de halage de lanière, de Chap Kaun Khlèng (l’épervier et les poulettes), de Laut Anteak (saut du filet), de Anteak Kach, (la foudre frappe), de Khsep Ta Prohm, Ta Prohm désire; parmi les danses, on note le Trot (Troddi) mimant la chasse d’un cerf par un chasseur; la ronde Roam Vong, de chants alternés “le Ayaï” et l’interprétation de Yiké, (forme de théâtre chanté connu au Cambodge depuis des siècles). 

Toutefois,certains jeux populaires disparaissaient, tels le jeu de Dandoeum Phlè Daung (s’emparer de la noix de coco graissée), le jeu de polo dans la nuit, la course de pirogues de bambous. De nos jours, apparaissent de nouvelles distractions comme, par exemple le lancer de flèches, l’orchestre moderne, le cinéma, le théâtre, le cirque.… Dans certains faubourgs, il arrive qu'on on invite un chanteur troubadour moderne à guitare à long manche recourbée à raconter tel ou tel autre épisode soit légendaire, soit d’actualité; et parfois même l’orchestre de Pinpeat ou de Mohori est invité à se produire. Fidèles à une habitude en passe de devenir une belle tradition depuis quelque trois ou quatre décennies, les Cambodgiens entreprennent un pèlerinage vers Angkor où, par endroits, ils dressent leur tente provisoire pour une agréable partie de camping ou de pique-nique pendant leur visite des temples de pierre sous un ciel bleu clair d’avril.

Outre le jeu du lancer de l’écharpe roulée, le jeu le plus caractéristique du Nouvel An, les Khmers aiment aussi d’autres distractions, dont la danse populaire de “bois de cerf”, la danse de Kap Krâbei Phoeuk Sra (mise à mort du buffle), celle de Ang-Rè, (danse aux pilons). Le Chaul Chhnam chez les Cambodgiens est un événement très important. Chacun s’efforce, à cette occasion de faire de bonnes actions dans son foyer, ou vers les gens de l’extérieur. On est censé exorciser les malheurs ou déconvenues de l’année passée pour recevoir le bonheur et la prospérité de l’année qui vient.

Dans certaines provinces ou régions, le Nouvel An est précédé et prolongé de jeux populaires pendant un mois avant et presque un mois après l’événement. On va se rassembler dans la pagode, dans les places publiques, dans les sites historiques ou touristiques pour danser, se distraire et inviter les âmes des ancêtres à rejoindre cette atmosphère heureuse et à célébrer la gloire d’antan.

AKP Phnom Penh, avril 2016 –
Pays/territoire : Cambodia
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