mardi 19 avril 2016

Rencontre - Musique : La méthode Ocarina

Rencontre avec Claire Hoi, créatrice de la première école de musique francophone à Phnom Penh. Au delà d'un enseignement musical traditionnel, la jeune femme a choisi de s'inspirer des méthodes du conservatoire, dont elle est issue, mais aussi de proposer bon nombre d'activités artistiques au sein d'une école ouverte en 2014, et dont la popularité ne cesse de s’accroître...Entretien :

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter ? 
Je m’appelle Claire Hoi. Je suis professeur de piano à Phnom Penh depuis 2013 et j’ai ouvert l’école francophone de musique et d’art Ocarina en 2014. Je suis née en France d'un père cambodgien et d'une mère chinoise. J’ai grandi en région parisienne. J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de trois ans avec des professeurs privés et, j’ai rejoint le conservatoire à l’âge de onze ans. J’ai aussi une licence en communication et un master de coopération et solidarité internationale.

Claire Hoi
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à revenir au Cambodge ?
Je suis venue trois fois au Cambodge avant de m’installer. La première fois, c’était dans le cadre d’un voyage d’une semaine au Cambodge, une semaine au Vietnam et une semaine en Thaïlande, dans le but de découvrir l’Asie du sud-Est. Mes parents ne m’ont jamais vraiment poussé à venir au Cambodge. En venant au Cambodge, j’ai retrouvé un peu de l’éducation que j’ai reçue. Puis je suis revenue une deuxième fois et je suis restée un petit peu plus longtemps. Enfin, je suis revenue pour une troisième fois et, je suis restée un mois et demi. Après toutes ces expériences, je me suis dit qu’il fallait que je reste plus longtemps pour comprendre certaines choses venant de mes parents. Et finalement depuis que je suis revenue, mes parents sont également revenus. Ma mère a eu très peur mais mon père, lui,  était content de redécouvrir son pays, et en particulier Phnom Penh car il a grandi dans cette ville. Depuis ce moment-là, mon père me raconte un peu plus l’histoire de sa vie, la fuite pendant la guerre civile avec sa famille et la rencontre avec ma mère qui fuyait la guerre du Vietnam. Mais, Ils se sont rencontrés en France. 

Pourquoi avoir ouvert une école de musique et d'arts au Cambodge ?
A la fin de mon volontariat avec Krousar Thmey, j’ai commencé à donner des cours particuliers de piano à plusieurs familles et, j'ai aussi travaillé dans une école de musique. C’est là  que je me suis rendue compte que les méthodes utilisées étaient complément différentes de celles que j’avais l’habitude d’utiliser. J’ai pas mal de jeunes élèves qui n’accrochent pas au système anglo-saxon. J’ai donc voulu proposer une approche musicale et éducative un peu plus différente, proche de celle du conservatoire, plus française....

Claire Hoi
Toutes les semaines, chez Ocarina, les enfants ont un cours particulier instrumental et participent à un atelier collectif que j’ai appelé cours musical . Les enfants y apprennent le solfège de façon ludique et cela fonctionne bien. J’aborde aussi les différents compositeurs, les différents instruments de musique. Les enfants sont alors plus motivées car plus engagés et comprennent mieux la musique. Ils arrivent même à composer un peu .L’idée d'Ocarina, c’est aussi d’avoir un lieu ou ils peuvent se réunir, comme au conservatoire, et je trouve que c’est important de créer ce type d'atmosphère. Mais, Il y a aussi l’aspect un peu négatif du conservatoire, c’est assez formel, compétitif et il y a des évaluations. Tous les enfants ne se retrouvent pas forcément  dans ce système. Chez Ocarina, tous les professeurs, tous les parents et tous les élèves se connaissent. Nous avons une relation très privilégiée. C’est ce que j’aime avec cette école. Pour moi, la musique est plus que savoir jouer d'un instrument, c'est aussi un outil de vie...

Claire Hoi avec une jeune élève d'Ocarina
Qu'aimez-vous le plus dans votre activité ?
Ce que je préfère le plus dans ce que je fais, ce sont les moments que je passe avec les enfants. J’aime leur préparer les cours, essayer de de mieux les connaitre et trouver des activités qui peuvent les intéresser.

Ce que vous préférez le moins ?
Ce que j’aime le moins, c’est le côté commercial. Je n’ai pas du tout l’instinct commercial. C’est un exercice pour lequel je ne suis pas à l’aise, ce n’est pas inné  j’essaye donc d’apprendre petit à petit.

Avez-vous de la concurrence ?
Il y a trois écoles qui offrent des cours de musique mais, ceux qui s’adressent à nous cherchent quelque chose de diffèrent de ce qui est proposé. Nous n'avons pas la même approche, dans tous les domaines.

Proposez-vous d'autres activités ?
Nous avons des cours de musique et d'arts plastiques qui sont des activités régulières. Nous avons aussi des activités plus ponctuelles tels les ateliers des vacances (culturel et artistique). Cela se déroule sur cinq journées complètes et nous faisons découvrir la musique aux enfants à travers des pays, de l’art, de la cuisine, des jeux, de la photo et des films. Cette année, nous proposons du ''stop motion'', c’est-à-dire construire des films d’animation. C’est une activité originale qui sort du tronc commun. Et l’année prochaine nous essayerons de mettre en place des ateliers de sérigraphie, de poterie, et des ''french play group'' pour pratiquer la langue française. Nous parlons uniquement en français, sans forcer les enfants. C’est un processus qui leur permet d’apprendre plus naturellement. 

Pour quelles raisons avez-vous choisi d'enseigner uniquement en français ?
Au départ, les cours de musique étaient uniquement en français et je n’avais pas envie d’avoir de concurrence. Et, il faut posséder une parfaite maîtrise de langue  pour pouvoir enseigner correctement la musique. 

Une jeune élève d'Ocarina
Quelles sont vos activités en dehors de votre travail ?
J’aime beaucoup tous ce qui est manuel. J’essaye d’apprendre la couture... J’aime beaucoup l’escalade. Comme je ne suis pas très sportive, je peux le faire à mon rythme et me lancer des petits défis, mais toujours à mon rythme. C’est un sport qui me convient, on peut le pratiquer seul ou en groupe.

Comment passe-t-on de la France au Cambodge ?
Ce qui me faisait peur, et qui me fait toujours un peu peur, était le le fait de laisser mes parents et toute ma famille en France. Et, quand on est très occupée et passionnée par son travail...le temps passe trop vite et on rate de bons moments avec la famille.

Comment vit-on ses premières années au Cambodge ?
Quand on est expatrié, on a tendance à vivre  dans une bulle, un peu déconnecté de la vie locale. On est facilement ''emporté'' par cette bulle. Ce n’est donc pas très évident de s’adapter.  Parallèlement le Cambodge est un pays fascinant à découvrir. Ici la relation humaine est plus simple, plus sincère, il ne suffit pas seulement de dire bonjour ou au revoir, il faut aller au-delà avec une démarche bien différente.
Propos recueillis par Ning Mam

Pays/territoire : Phnom Penh 12000, Cambodia
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