mercredi 6 avril 2016

Cambodge : deux peintres témoignent des tribus perdues

Au Cambodge, deux artistes ont décidé de peindre le monde perdu des tribus montagnardes du Ratanakiri. En 2015, les artistes Poy Chhunly et Koeurm Kolab décident de visiter la province du Ratanakiri, située à l’extrême nord-ouest du Cambodge, afin de peindre les tribus montagnardes qui vivaient dans les forêts avant que le développement et les plantations d’hévéas revendiquent les terres sauvages et les expulsent. En arrivant près de Banlung, la capitale provinciale, ils découvrent qu’ils arrivent trop tard. Poy Chhunly décrit : « L’endroit était rempli de maisons en béton, de voitures et motos, de routes pavées et de distributeurs de billets. » Alors plutôt que de peindre les habitants des forêts dans une nature luxuriante comme ils avaient d’abord envisagé de le faire, leur série « Terre d’Or » — exposée dans une galerie de Battambang jusqu’au 27 mai 2016 — se transforme en une série de tableaux représentant une personne ou un objet sur un fond dépouillé afin de refléter le paysage disparu.

« J’ai vu une femme indigène marcher dans la vallée avec un grand panier sur le dos . Elle avait l’air complètement perdue, elle ne pouvait trouver aucun produit de la forêt, même pas des feuilles, puisque la forêt avait disparu, remplacée par les plantations de caoutchouc. » Chhunly a peint la femme le visage tourné à l’opposé de celui du spectateur, habillée d’un haut sans manche, fumant une courte pipe, dans des tons bruns et beiges sur un fond doré.

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Photo CD - Aa
Koeurm Kolab a été frappée par l’apparence triste et malade des tribus montagnardes qu’ils ont rencontrées. La plupart d’entre elles ont perdu la terre qu’elles avaient, spoliées ou abusées par des créanciers qu’elles ne peuvent pas rembourser. Le travail qu’elles avaient l’habitude de faire a disparu. L’un des tableaux de Koeurm Kolab représente des abeilles volant au-dessus d’un monticule de miel doré sur un arrière-plan jaune-gris. Le Ratanakiri est connu pour le miel que produisaient les tribus montagnardes. La province ne fournit plus la protection et la sécurité qu’elle fournissait auparavant. Au cours de leur voyage, les deux artistes se sont retrouvés à 10 kilomètres de Banlung, où un groupe de montagnards vendait des légumes et fleurs de bananier à même le sol.

« C’était un choc de voir cela parce que ce n’était pas loin de Banlung, ville pleine de motos, de magasins et bureaux de change, et les peuples indigènes à qui la province appartenait passent maintenant pour les nouveaux arrivants. » Poy Chhunly et Koeurm Kolab, tous deux originaires de la province de Battambang, âgés respectivement de 32 et 28 ans, ont fait leurs études à l’école d’art visuel de Battambang. Chhunly y a crée un studio d’animation au début des années 2000, baptisé « 1000 mains ». En 2011, ils ont poursuivi leurs études en France, en se spécialisant dans l’animation 2D et 3D. Ils sont revenus au Cambodge afin d’enseigner l’animation à l’école de Battambang.

Avec l'aimable autorisation d'AlterAsia
Traduction : Amandine Le Goff
Source (Kuch Naren & Michelle Naron / Cambodia Daily) : Artists illustrate the lost world of Ratanakkiri’s hill tribes
Photo : Tableau de Koeurm Kolab
Pays/territoire : Ratanakiri, Cambodia
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