vendredi 25 mars 2016

Dossier AlterAsia : Comment l’autocensure ronge les médias cambodgiens

L’enquête « Défi pour des médias indépendants 2015 » menée l’année dernière par le Centre cambodgien pour des médias Indépendants (CCIM), a été remise le 16 mars dernier. Elle souligne que la peur de l’ingérence du gouvernement, des violences, des répercussions judiciaires et autres menaces des fonctionnaires demeure un obstacle à une presse libre et indépendante. Selon l’enquête du CCIM « Défi pour des médias indépendants 2015 » auprès de 102 journalistes professionnels, 58% des journalistes (contre 47,3% en 2014) autocensurent leurs articles parce qu’ils ne se sentent pas libres d’aborder les sujets concernant la politique, la corruption et les concessions de terres, considérées comme les questions les plus sensibles.

Cambodge_Presse
Comment l’autocensure ronge les médias cambodgiens. Photo : Michael Coghlan / Flickr
Selon Moeun Chhean Nariddh, directeur de l’Institut cambodgien pour l’étude des médias : « Le gouvernement a toujours prétendu être indépendant, en réalité la liberté se perçoit différemment selon les institutions. Au Cambodge, les journalistes qui publient des sujets sensibles épurent leurs articles pour éviter des représailles ». Selon les résultats de l’étude 25% des journalistes ont subi des atteintes physiques ou ont été attaqués pour leur travail, 29,4% racontent avoir reçu des menaces alors qu’ils enquêtaient sur la corruption au sein d’exploitations forestières ou des conflits fonciers.

Un journaliste raconte qu’on lui a « tiré dessus au cours d’un reportage sur une exploitation forestière illicite » et un autre « qu’une grenade a été lancée sur sa maison après une enquête criminelle ». M. Pisey, directeur des programmes de Transparency International Cambodia (TIC) – organisation mondiale de lutte contre la corruption – explique que le gouvernement dispose d’un solide pouvoir de contrôle, de surveillance et d’influence sur les médias de la presse écrite, de la télévison et de la radio : « Les médias cambodgiens (en totalité) doivent face à de nombreux contrôles du pouvoir. Et parce qu’ils sont confrontés aux intimidations, au harcèlement ou aux poursuites judiciaires, les journalistes hésitent à dénoncer le pouvoir. Pour venir à bout de ce problème,  les médias devraient éviter de s’aligner politiquement et travailler ensemble en étroite collaboration ».

Le rapport du CCIM note que les médias étrangers tels que The Cambodia Daily ou The Phnom Penh Post, ou parrainés comme Voice of Democracy (dirigé par le CCIM), sont les seuls journaux véritablement indépendants du pays. 44% des sondés trouvent que leurs collègues journalistes manquent de professionnalisme, sont mal payés, ont une formation insuffisante et sont corrompus. Même si le rapport du CCIM repose sur un faible échantillon, les organisations internationales reconnaissent les contraintes auxquelles sont confrontées les médias indépendants du pays.

Le Cambodge se situe à la 139è place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, qui considèrent le pays comme l’endroit le plus dangereux au monde pour des journalistes écologistes. Avec l’influence grandissante des médias en ligne, mais à condition d’une indépendance des institutions, on peut s’attendre à une embellie de la liberté de la presse au niveau individuel. Mais l’indépendance médiatique ne se fera pas tout de suite. Elle requiert une grande volonté politique pour accroître la sensibilisation et instruire les fonctionnaires des droits des médias.
Avec l'aimable autorisation d'AlterAsia
Traduction : Michelle Boileau
Source : Tej Parikh / The Cambodia Daily Fear Hinders Independant Journalism in Cambodia, Survey Finds
Photo : Michael Coghlan / Flickr


Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire