lundi 29 février 2016

Cambodge : un nouveau scandale de sang contaminé ?

Une nouvelle « épidémie » de VIH a touché les habitants d’un village cambodgien. Cette-fois-ci, ce n’est pas un médecin clandestin mais l’hôpital de référence du village de Peam (province de Kandal) qui est mis en cause. Le responsable de l’hôpital conteste les accusations de contamination portées par les habitants infectés.

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Cambodge : un nouveau scandale de sang contaminé ?
Le Dr Kouy Bunthoeun, responsable santé de la province de Kandal, a confirmé ce 22 février l’existence de dix nouveaux cas dans ce village d’environ 1000 habitants, ainsi que deux cas dans les villages voisins de Kroal Ko et de Prek Loeung. « Une organisation m’a informé hier que 14 personnes avaient été testées positives, mais je n’en suis pas encore certain parce que nous sommes en train de collecter les données et d’analyser les échantillons de sang des villageois […]. Nous savons que trente-deux autres habitants du village de Peam sont déjà infectés par le virus. »

Interrogés la veille, cinq villageois récemment infectés disent avoir contracté le virus pendant leur traitement au cabinet privé d’un même médecin, chef de l’hôpital de référence du district de Ponhea Leu. Ils ont également confirmé la visite de professionnels de la santé dans le village au début du mois de février afin de dépister les cas de VIH. Et après que plusieurs habitants ont été testés positifs, d’autres villageois inquiets sont allés se faire dépister à Phnom Penh.

Une femme de 65 témoigne sous le nom de Lon :
« Il y a deux semaines, l’hôpital de Phnom Penh a effectué des tests sanguins dans le village et j’ai appris que j’avais le sida. J’ignorais que j’étais séropositive. S’ils ne m’avaient pas contrôlée, je ne l’aurais jamais su. »

Après avoir discuté avec d’autres personnes testées positives, Mme Lon est arrivée à la conclusion que ce médecin était probablement responsable :
« Je reçois régulièrement des injections de ce docteur et je pense que le virus a été transmis à partir de sa clinique privée. […] Plus d’une dizaine de personnes ayant récemment appris leur séropositivité sont passées par cette clinique. Je suppose que plus d’une vingtaine de personnes sont atteintes, mais gardent le silence. »

Quelques maisons plus loin, le long d’un chemin terreux parallèle au Mékong, Chear Sophat, 45 ans, bouleversé par la situation, soupçonne également ce médecin de lui avoir transmis le virus :
« Je n’ai jamais eu de relation sexuelle avec une autre femme que la mienne, donc j’ai dû être infecté par une injection dans cette clinique. Je suis très malheureux, parce que je suis séropositif et que la société hait les séropositifs. Ils feront bonne figure devant nous, mais parleront dans notre dos. »

Le médecin mis en cause dans la province de Kandal a insisté sur le fait qu’il n’était pas responsable de la contagion, menaçant même de poursuivre les villageois qui avaient proféré de telles accusations : « Je m’élève contre cette accusation qui salit mon nom et mon hôpital. Je suis médecin et formateur, j’assure la formation sur les modes de transmission des maladies. J’en sais  donc suffisamment sur le sujet, en particulier sur la transmission du sida. […] Donnez-moi les noms des diffamateurs interviewés, je les communiquerai à mon avocat. »

Le Dr Bunthoeun, le responsable Santé de la province, a également défendu l’expérience et les compétences du docteur mis en cause, notamment par son travail de formation sur le traitement des patients séropositifs auprès d’autres médecins.

« Il dirige l’hôpital central du district de Ponhea Leu, il est aussi responsable de la formation dans le cadre du programme VIH/SIDA, donc je ne le crois pas coupable d’avoir transmis le virus. »

Aucun des villageois interrogés n’a décidé de porter plainte. Malgré tout, Phalla Chivorn, 29 ans, dont la sœur a été récemment contaminée, appelle les autorités à ouvrir une enquête.

« Nous n’osons pas porter plainte contre la clinique parce que son propriétaire a menacé de se retourner contre nous. Nous ne sommes pas absolument certains qu’il soit répréhensible mais nous exigeons des mesures énergiques contre cet hôpital s’ils enquêtent et en fournissent les preuves. » Interrogé sur cette affaire, le chef de la police s’est refusé à tout commentaire.

L’enquête relative à l’épidémie précédente de Roka (province de Battambang), en décembre 2014 – environ 270 habitants avaient été testés positifs – a révélé que Yem Chrim, un médecin local exerçant sans diplôme, était à l’origine de la contamination. Il avait avoué utiliser des seringues sur plusieurs patients d’affilée. Il a été condamné en décembre 2015 par le tribunal provincial à 25 ans de prison.

Traduction : Michelle Boileau. AlterAsia. Source
Source (Aun Pheap et George Wright / Cambodia Daily) : Doctor denies spreading HIV in latest outbreak
Photo : Flickr
Pays/territoire : Kandal, Cambodia
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