jeudi 14 janvier 2016

Revue : Cambodge - L'humanitaire imaginaire...

Cambodge — À l’instant où le tuk-tuk bringuebalant me dépose aux portes de l’orphelinat Home of Hope, après s’être frayé un chemin à travers les rues agitées de Phnom Penh, sept volontaires espagnoles sont, elles, en train de faire leurs adieux. Sourire aux lèvres, elles prennent la pose avec les enfants pour les photos souvenirs. Elles ont consacré l’essentiel de leur séjour de deux semaines à peindre une murale sur la façade de l’orphelinat. Un lion. Un éléphant. Un lapin. Des papillons. Plantée dans la salle commune, j’observe la quinzaine de pensionnaires, pour la plupart gravement handicapés, sans avoir la moindre idée de ce qu’il faut faire. Personne ne me présente les enfants. Personne ne me donne de consignes. Je suis laissée à moi-même, une bénévole parmi d’autres dans la machine à saucisses du « volontourisme » international.

Photo Christophe Gargiulo
Je me suis enrôlée dans cette « mission humanitaire » par l’entremise de Projects Abroad, l’une des plus grandes organisations de volontariat payant de la planète. Chaque année, cette entreprise britannique envoie plus de 10 000 bénévoles dans 27 « pays d’action » à travers le monde. J’ai versé 2215 $ à Projects Abroad pour vivre une « expérience extrêmement gratifiante » de deux semaines au Cambodge. Le logement et la nourriture, très abordables dans ce pays pauvre d’Asie du Sud-Est, sont compris dans le forfait, mais pas le billet d’avion, qui m’a coûté 1600 $ supplémentaires. La Presse s’est livrée à l’exercice afin d’enquêter sur un phénomène en émergence : le volontourisme. C’est donc sans révéler mon identité de journaliste que je me suis enrôlée dans cette mission. Ça n’a pas été difficile. Il m’a suffi de verser un dépôt de 295 $. J’ai pu immédiatement choisir la destination, le type de mission et la date précise de mon départ, en fonction d’une seule et unique chose : mes propres désirs. Lire la suite...
Pays/territoire : Cambodia
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