mardi 12 janvier 2016

Poésie : Les Jardins de l'Orient de Stéphane Moreau (1904)

Fille d'Asie

Roulant légèrement sur ses hanches étroites,
Elle marche, indolente et lente, et balançant,
Comme dans un souci d’équilibre agaçant,
En gestes affinés ses longues mains adroites.


Maniant lassement son léger éventail,
Rien ne fait palpiter sa face indifférente;
Souple d’une souplesse animale et troublante,
Elle suit son chemin, grave, comme un bétail.

Ses yeux, que n’a jamais éclairés le sourire,
Sont l’abîme insondable où notre esprit se perd.
Quel mystère se cache, adorable ou pervers,
A l’ombre du secret qu’elle ne veut pas dire ?

Nous ne le saurons pas. Jamais. Dans ces yeux noirs,
Où tremble le reflet de l’âme poursuivie,
Nous ne verrons jamais la flamme de la Vie
Se dresser, haute et claire, à l’aube des espoirs.

Nous ne connaîtrons pas la femme en vain conquise ;
O fille de l’Asie ! Et dans tes bras ouverts,
Nous ne saurons jamais, charme exquis et pervers,
Le mystère ingénu de ta grâce indécise.

Pays/territoire : Cambodia
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