mardi 5 janvier 2016

Le 07 janvier : la Fin des Khmers Rouges, ou presque

C'est ce jeudi qu'auront lieu au siège du CPP  à Phnom Penh les commémorations du 07 Janvier. Le 07 Janvier (1797) est un anniversaire marquant l'entrée de l'armée vietnamienne dans Phnom Penh et donc leur victoire militaire sur le régime dictatorial de Polt Pot. Date symbole parfois fustigée par l'opposition qui parle plus souvent d'invasion de que de libération, le 07 Janvier est une date aussi largement mise en avant par le gouvernement qui rappelle que, quelques soient les critiques sur la nature et la forme de l'intervention vietnamienne, cette dernière a permis de libérer les Cambodgiens d'un régime meurtrier qui avait aussi mis le pays à genoux, affamé et décimé un tiers de sa population. La suite des événements après ce fameux 07 Janvier montrera malheureusement que e pays n'était pas totalement sorti d'affaires.

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07 Janvier 1979. Archive AKP
Rappel historique
A partir de 1978, les Khmers rouges ponctuent leur régime dictatorial de purges internes régulières. La zone Est du Kampuchéa démocratique, où la politique suivie est nettement moins brutale, est prise d'assaut par les troupes de Ke Pauk et Son Sen à partir d'avril 1978. Beaucoup de cadres Khmers rouges de cette région ne doivent leur salut que dans la fuite vers le pays voisin. Dans le même temps, les relations avec le Viêt Nam, ancien protecteur des communistes cambodgiens, se sont dégradées et sont passées de la rupture politique à l'hostilité ouverte, avec des incursions militaires en territoire vietnamien. En 1978, le Viêt Nam est finalement décidé à en finir avec les Khmers rouges, et se prépare à engager le combat, tout en préparant une alternative politique pour le Cambodge. Les Vietnamiens disposent déjà d'alliés khmers en la personne d'une partie des anciens cadres Khmers Issarak (Khmers Việt Minh ) dont beaucoup vivent au Viêt Nam. La dissidence d'une partie des cadres khmers rouges leur fournit un autre vivier d'alliés. Le 02 décembre 1978, soixante-dix cadres et officiers khmers rouges dissidents proclament depuis le Viêt Nam le Front uni de salut national du Kampuchéa (FUNSK), dont Heng Samrin prend la direction.

Le 25 décembre 1978, l'Armée populaire vietnamienne envahit le territoire cambodgien : l'armée des Khmers rouges, moins bien armée, affaiblie par des désertions massives, est vaincue en deux semaines. Pol Pot, Ta Mok, Nuon Chea et le reste du gouvernement du Kampuchéa démocratique prennent la fuite tandis que le prince Norodom Sihanouk est sorti de sa résidence surveillée pour être évacué par avion vers la Chine. Le 07 janvier 1979, les Vietnamiens investissent Phnom Penh et trouvent une ville vide, abandonnée par ses défenseurs. Le 11 janvier, la République populaire du Kampuchéa est proclamée. Un gouvernement provisoire est formé, sous la forme du Conseil révolutionnaire populaire, avec Heng Samrin comme président, l'ancien Khmer Việt Minh Pen Sovan comme vice-président, Hun Sen, alors âgé de 26 ans, chargé des affaires étrangères, et Chea Sim chargé de l'intérieur. Dès le 18 février, un traité d'amitié est signé avec le Viêt Nam, qui place sous sa protection le nouveau gouvernement cambodgien.

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07 Janvier 1979. Archive AKP
L'accès de Phnom Penh, vidée en avril 1975 par les Khmers rouges, demeure interdit durant plus de six mois aux anciens habitants encore en vie qui doivent camper à la périphérie tandis que des techniciens vietnamiens remettent en état les infrastructures de la ville, rétablissant notamment l'eau et l'électricité. Dans le même temps, les nouvelles autorités recherchent activement parmi les rescapés des fonctionnaires et ouvriers qualifiés pour relancer l'administration et les usines. Ce n'est qu'en 1980 que la législation est assouplie et que l'entrée de la capitale redevient à peu près libre.

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07 Janvier 1979. Archive AKP
Le chaos n'a pas cessé au Cambodge avec la chute du Kampuchéa démocratique, le pays étant parcouru de milliers de Cambodgiens, anciens déportés, à la recherche d'un toit ou de leurs proches disparus. Désormais libres de leurs déplacements, les villageois déportés sont autorisés à regagner leurs villages natals. Ces déplacements de populations, et l'absence de semences, empêchent de reprendre la culture des rizières. L'aide humanitaire est gravement entravée par le manque de reconnaissance internationale du nouveau régime, et la réticence du gouvernement cambodgien à ouvrir ses frontières. Afin de financer une partie de l’effort de guerre, une collectivisation de l’économie est tentée, mais elle se heurte rapidement aux réticences de la population à qui elle rappelle par trop le dirigisme de la période précédente et le projet devra rapidement être renvoyé aux calendes grecques. Les agriculteurs, dont le secteur d’activité restait prédominant, et qui avaient de tout temps eu à composer avec les réquisitions, n’eurent aucun mal à contourner les nouvelles mesures, préférant conserver leurs récoltes ou les vendre aux commerçants qui se réinstallaient plutôt qu’aux magasins d’État.

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07 Janvier 1979. Archive AKP
Si Pol Pot et Ieng Sary sont condamnés à mort par contumace quelques mois plus tard, et  le nouveau régime bâtit l'essentiel de sa propagande sur la dénonciation des crimes commis sous le Kampuchéa démocratique. Les Khmers rouges, soutenus par le Front national de libération du peuple khmer, le FUNCINPEC de Sihanouk et la Thaïlande, continuent de mener des actions de guérilla  les années suivantes. En 1982 est créé, après la conclusion d'une nouvelle alliance avec Sihanouk, le Gouvernement de coalition du Kampuchéa démocratique, gouvernement en exil se posant en rival du régime pro-vietnamien. Le Kampuchéa démocratique continue par ailleurs de détenir un siège à l'ONU, en tant que seul gouvernement reconnu internationalement pour le Cambodge. Le nom de Kampuchéa démocratique est également utilisé par les troupes des Khmers rouges, l'Armée nationale du Kampuchéa démocratique, et par leur vitrine politique, le Parti du Kampuchéa démocratique. Ce n'est qu'en 1991 que les accords de Paris règlent, sur le plan international, la question du statut du Cambodge, les Khmers rouges acceptant provisoirement de rentrer dans le jeu politique et de reconnaître le gouvernement en place.
Source : Wiki Commons (Extraits et traductions)
Pays/territoire : Cambodia
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