jeudi 14 janvier 2016

Indochine - Opium : Propos d'un intoxiqué par Jules Boissière

Jules Boissière est un écrivain et journaliste français né le 12 avril 1863 à Clermont-l'Hérault en France, mort le 12 août 1897 à Hanoï au Vietnam. Après des études à Montpellier, il commence à publier à l’âge de 20 ans des recueils de poésie influencés par l’œuvre de Stéphane Mallarmé. Il s’installe à Paris et devient journaliste pour le quotidien radical-socialiste de Georges Clemenceau, La Justice. En 1886, il devient secrétaire de Paul Vial et s’embarque pour l'Indochine où il sert comme commis de Résidence auprès de Paul Bert, gouverneur civil de l'Annam et du Tonkin. Il effectue son service militaire en Indochine, combat avec le 11e bataillon de chasseurs, puis devient fonctionnaire dans le corps des administrateurs. Il exerce ses fonctions à Hué et Saïgon où il apprend l'annamite et le chinois et fait l’expérience de l'opium qu'il considère comme un fondement de la compréhension des cultures et des civilisations d’Extrême-Orient. En 1891, il rentre en France après avoir passé cinq ans en Indochine, se marie et revient en 1892 avec sa femme au Tonkin. Il prend alors la direction de la Revue indochinoise lancée en 1893 où paraissent des articles et des nouvelles d'auteurs tel qu'Eugène Pujarniscle. Lors de son congé suivant, en 1895, il rapporte en France le manuscrit de Fumeurs d'opium qui est publié la même année par Flammarion. Il rentre au Tonkin où il est promu au rang de vice-résident de 1ère classe. Il meurt brutalement en 1897, à l'âge de 34 ans.

Jules Boissière
Propos d'un intoxiqué - Extrait - Télécharger la version intégrale gratuitement ici
je vivais de légères heures, à jouir par tous les sens de la clarté bleue et jaune, des précieux bibelots et des originaux aphorismes. Parfois, nous faisions silence ; un lettré psalmodiait de monotones mélodies que j'écoutais en brûlant par intervalles une prise d'opium, d'une seule et très longue aspiration, et en expirant avec lenteur la fumée spiralifonne. Plus d'une fois, après avoir fumé avec excès, le sommeil me fuyait jusqu'à l'aube, jusqu'au réveil clamé par les clairons dans la citadelle voisine. Je restais couché dans une agréable somnolence, sans changer de position jusqu'au matin, sans visions, ces visions nées du haschisch, à qui les romanciers donnent aussi l'opium pour père - absolument heureux et suivant à la piste de vagues idées agréables, reliées par le fil de très ténues transitions. Au matin, l'estomac se rebellait, la migraine serrait mon front et piquait mes tempes ; le soir, l'odieux mal oublié, je recommençais tout de même. Puis, l'habitude me vint de lire en fumant ; l'opium décuplait l'intérêt des choses lues, comme des choses ouïes et vues ; je fis cette découverte au moment où je commençais, après plusieurs mois, à me lasser de quotidiennes conversations
qui déjà n'apportaient plus d'idées nouvelles.
Pays/territoire : Vietnam
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