jeudi 28 janvier 2016

Contes et Légendes khmères : Histoires d’adultère

Il y avait une belle jeune femme qui était l’épouse de quelqu’un. Un quidam avait jeté son dévolu sur elle. Jour après jour, il la guettait au bord de l’eau. La dame se rendit compte qu’un homme la guettait et l’empêchait de se baigner. Excédée, elle lui dit :
- Cher Monsieur ! Pourquoi venez-vous ici chaque jour m’empêcher de me baigner ?
- Parce que je vous aime, je vous attends ici.
- Cher Monsieur, je suis déjà mariée. Ne venez plus pour me guetter. Je veux me baigner.
Au quidam de répondre :
- Je vous aime follement. Je suis incapable de m’en aller, à moins que vous consentiez à m’accorder vos derniers dons. Sinon, je ne bougerai pas avant d’être entendu.

Contes et Légendes khmères : Histoires d’adultère
La jeune femme ne sachant plus que faire pensa qu’il valait mieux se laisser faire. Elle se donna au quidam. Puis, elle dit :
- Cher Monsieur, il vaudrait mieux rentrer chez vous.
- Mais non, ma chère ! Avant votre consentement, je refusais de m’en aller. Maintenant que c’est chose faite, pourquoi voulez-vous que je me retire ? Jamais je ne m’en irai.
La gourgandine :
- Avant d’être mon amant, vous étiez incapable de vous retirer. Maintenant que vous le fûtes qu’attendez-vous de plus ?
Le quidam :
- Je vous épouserai sans faute. Ne soyez pas surprise, ma chère.
La dame :
- Je suis déjà mariée. Je crains beaucoup mon mari.
Le sieur :
- Ma chère, inutile de craindre votre mari. Je m’arrangerai pour que votre mari n’en sache rien. Ne le craignez donc plus ! Là dessus le sieur partit. Il découvrit le cadavre d’une femme, abandonné dans la
forêt. À la nuit tombante, il prit le cadavre et le déposa à côté de la demeure de la jeune femme. Quand le mari légitime dormit profondément, il coucha le cadavre dans le lit du mari à la place de la gourgandine, qu’il emmena loin de sa demeure après y avoir mis le feu. Réveillé par l’incendie, le mari secoua le cadavre qu’il prenait pour son épouse :
- Hé! Debout ! Il y a le feu ! Pourquoi restes-tu indifférente et t’obstines-tu à dormir poings fermés ?
Le mari saisit le cadavre étendu sur la natte, déjà tout raide. La maison était transformée en fournaise, de peur d’être asphyxié, il sauta hors de la maison. Debout, il pleura à chaudes larmes et s’écria :
- Oh ma chère épouse ! Le feu t’a complètement consumée, tu es bien morte, chers
voisins ! Au secours ! Au secours !
Cet homme était fortement convaincu que son épouse avait péri dans les flammes. D’où un immense chagrin. Le lendemain matin il alla quérir des gens pour la levée du corps. Il leur emprunta de l’argent pour organiser les funérailles. Après les obsèques, il chargea des charrettes à boeufs et à buffles et partit pour se livrer à son négoce. Il lui fallut aussi restituer une partie des sommes empruntées à autrui. Au cours de sa tournée, il se trouva dans un village nez à nez avec son épouse véritable. Elle était accompagnée de son amant. Le bonhomme s’écria :
- Cette femme est mon épouse. Pourquoi l’as-tu emmenée avec toi ?
Le séducteur répondit :
- Comment peux-tu m’accuser d’avoir enlevé ton épouse ? N’a-t-elle pas péri dans un incendie ?
Tout en se disputant la même femme, les trois allèrent trouver le juge. Incapable de résoudre le litige, le juge soumit l’affaire au roi. Le séducteur dit au roi :
- Majesté ! Ce sieur prétend que cette femme est son épouse bien que celle-là ait péri dans un incendie.
Le véritable mari :
Majesté ! La femme morte au cours de l’incendie n’était pas mon épouse. Au contraire, celle-ci est ma véritable épouse. Que l’Auguste Majesté daigne me faire justice !
Réflexion faite, le roi dit :
- Dans cette affaire, la vérité n’est pas évidente. Procédons avec finesse et intelligence afin d’arbitrer cette querelle. Le roi enjoignit à un fonctionnaire de se cacher à l’intérieur d’un tambour et de noter les paroles des deux hommes et de la femme. Puis il invita le véritable époux et la femme infidèle à emporter le tambour. Au cours du transport du tambour la garce ne dit rien. Ensuite, le roi fit transporter le tambour par le séducteur et la garce. Pendant le trajet elle dit :
- Si j’étais restée fidèle à mon mari, je n’aurais pas encouru pareille peine.
Le séducteur :
- Tais-toi ! On pourrait nous entendre.
La garce :
- Pourquoi me taire ? que pourrais-je craindre ? J’ai si mal à l’épaule ! Tu t’en moques, bien sûr ! Tu ne le transportes que pour la première fois, alors que moi je le trimbale pour la seconde fois. J’en suis morte, ou presque. Le fonctionnaire, dissimulé à l’intérieur de la grosse caisse, notait tout ce qu’il entendait. Dès le retour auprès du roi, ils déposèrent le tambour d’où l’on fit sortir le fonctionnaire. Celui-ci donna lecture de ce qu’il avait entendu et noté. Alors le souverain donna gain de cause au véritable époux et infligea la peine capitale à la garce et à son amant. Grâce à ses adresses et sagesse divine, le roi avait su démêler cette affaire.
Pays/territoire : Cambodia
Enregistrer un commentaire