vendredi 11 décembre 2015

RSF : En Asie, neuf journalistes environnementaux ont été assassinés depuis 2010

Pressions, menaces, violences, venues d'entreprises, de mafias voire de gouvernement. Dans un rapport publié à l'occasion de la Conférence de Paris sur le climat, Reporters sans frontière alerte sur la situation des reporters enquêtant sur cette thématique.

En 2015, deux journalistes indiens, Jagendra Singh et Sandeep Kothari, ont été tués puis brûlés pour avoir enquêté sur des exploitations minières illégales.
Photo Nacho Doche REUTERS
D'après un rapport publié à l'occasion de la COP21 par Reporters sans frontières (RSF), enquêter sur cette thématique devient de plus en plus périlleux. Dans ce document, intitulé Climat hostile contre les journalistes environnementaux, RSF dévoile qu'au cours des cinq dernières années, dix journalistes ont été tués en exerçant leur profession. Neuf de ces homicides se concentrent en Asie, où les questions environnementales sont taboues voire complétement passées sous silence.

«Avant 2015, jamais un tel niveau de violence à l'encontre de ces femmes et ces hommes qui enquêtent souvent seuls sur des terrains reculés n'avait été atteint, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. À l'heure de la COP21, il est urgent de rappeler que l'environnement est un sujet hautement sensible qui vaut trop souvent de sérieux ennuis à ceux qui lèvent le voile sur les pollutions et autres dégradations en tout genre dans le monde.»

En 2015, deux journalistes indiens, Jagendra Singh et Sandeep Kothari, ont été tués puis brûlés pour avoir enquêté sur des exploitations minières illégales. Pour le premier, un homme politique et cinq policiers ont été accusés d'assassinat. Pour le second, trois hommes d'une mafia locale ont été inculpés. «Travailler sur de tels sujets en Inde, ou dans les pays voisins, comporte forcément des risques», affirme Joydeep Gupta, journaliste indien spécialisé en environnement. Dans ce pays les enjeux environnementaux sont souvent sacrifiés aux dépens de la croissance. Ainsi, en 2014 le gouvernement de Narendra Modi, premier ministre indien, a assoupli les règles de protection de l'environnement pour pouvoir développer de gros investissements.

Le Cambodge aussi est une terre hostile aux journalistes spécialistes dans l'environnement. Entre 2012 et 2014, quatre y ont été assassinés. Deux d'entre eux ont été tués alors qu'ils enquêtaient sur des activités de déforestation illégale. Un autre a été battu à mort par des pêcheurs illégaux après la publication d'un article qui avait «conduit la police à prendre des mesures répressives à l'encontre de ces hommes peu scrupuleux», détaille RSF. Enfin, le dernier a été abattu par des militaires pour avoir refusé de donner la carte mémoire de son appareil photo alors qu'il terminait un reportage dans une forêt protégée. «Ce n'est pas le sujet mais le lieu du reportage qui rend une mission dangereuse ou pas, estime le responsable éditorial de la campagne “Keep it in the ground” (pour désinvestir dans les énergies fossiles) du Guardian, James Randerson. La rédaction doit réfléchir attentivement avant d'envoyer des reporters environnementaux dans des régions du monde instables et peu sûres».

«Nous subissons régulièrement des pressions, à des degrés plus ou moins importants, sur des sujets que nous couvrons ou de la façon dont nous les traitons», ajoute James Randerson faisant référence aux tentatives de manipulation ou de corruption de la part des entreprises. Stephen Leahy, un journaliste canadien, confie à RSF avoir été approché en 2008 par une entreprise accusée de polluer de l'eau en exploitant des mines d'argent au Mexique. «Au cours d'un entretien téléphonique, j'ai interrogé un cadre de l'entreprise sur les accusations dont elle faisait l'objet, raconte-t-il. Il m'a immédiatement répondu quelque chose du genre: ‘combien ça va me coûter si je veux que tu écrives un bon article sur l'entreprise?'»

Dans son rapport, RSF pointe aussi du doigt un double discours sur l'environnement, prenant l'exemple de la Chine. En février 2015, les autorités chinoises ont autorisé la publication du documentaire «Under The Dome», réalisé par Chai Jing, une ancienne présentatrice télé. Cette dernière explique à l'aide d'illustrations, d'entretiens, et de photos les causes ainsi que les conséquences de cette pollution qui règne au-dessus du territoire chinois. Le succès est immédiat, en l'espace de 24 heures, le documentaire est vu près de 155 millions de fois sur le site de partage de vidéos YouTube. Au vu de ce triomphe, le gouvernement chinois a alors choisi de faire machine arrière et d'interdire la vidéo sur les principaux sites du pays. Un volte-face clairement critiqué sur les réseaux sociaux et dans les médias du monde entier.

Pays/territoire : Cambodia
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