lundi 7 décembre 2015

Contes et Légendes du Cambodge : Le vieux conte de Ta Prohm

Un couple de cultivateurs vivant dans le village de Tuol Sbauv, (“Tertre à herbes à paillote”, qui est le nom ancien de Kampong Cham), partit pour s’occuper de la terre. Il emmena son bébé âgé de deux mois, l’installa sous un arbre pnou et se mit à travailler d’arrache-pied. C’est alors que survinrent des oiseaux friands des fruits de pnou. Avec leurs becs ils entaillèrent bruyamment les fruits et, en même temps, salirent de fiente le nouveau-né. De plus, un des fruits, tombé sur la tête de l’enfant, lui fit une blessure profonde qui saignait abondamment. 


Quand les parents s’en aperçurent, ils portèrent le bébé, pour le nettoyer, au bord du fleuve à un endroit dénommé Chrouy Thma (“langue de terre recouverte de pierres”). Comme les parents s’y étaient pris maladroitement, le petit leur échappa des mains. Aussitôt un gros poisson l’avala et disparut. En proie au chagrin, les parents pleurèrent à chaudes larmes, mais ne sachant que faire, ils s’en furent chez eux. Quant au poisson, il descendit le Grand Fleuve (le Mékong), et atteignit, par la Mer de Chine, l’Empire du Milieu. Un pêcheur chinois qui avait tendu son épervier attrapa ce gros poisson. En le vidant, il vit soudain un bébé encore vivant. Il l’offrit à l’empereur qui l’aima comme son propre fils jusqu’à son adolescence et lui fit faire des études très poussées. Une fois adulte, le jeune homme sollicita de l’empereur la faveur de se rendre à son pays natal, de s’enquérir de ses parents et de revenir ensuite. L’empereur eut la bonté de faire armer une jonque et de mettre à la disposition de l’adolescent une escorte de cinq cents serviteurs. Lorsque la jonque eut atteint Kompong Cham, le jeune homme débarqua dans le dessein de se rendre chez les habitants du lieu et renvoya le bateau. Il se fit appeler Chau Prohm (“le jeune Prohm”) et alla loger chez une veuve.


Comme ils vivaient ensemble depuis longtemps, ils s’éprirent l’un de l’autre et finirent par se marier. Un jour, Chau Prohm se reposait à côté de son épouse : celle-ci passa ses doigts dans la chevelure de son mari et y sentit une cicatrice complètement dégarnie. Comme elle désirait en connaître la cause, Chau Prohm se déclara l’homme le plus malchanceux au monde, ou peu s’en faut, et lui répéta l’histoire entière que lui avaient racontée ses parents adoptifs au cours de sa prime jeunesse. Mise au courant de l’histoire entière, l’épouse de Chau Prohm baissa la tête et pleura en silence. Fort surpris, Chau Prohm questionna sa femme afin de savoir pourquoi elle pleurait. Secouée de sanglots, elle dit à son mari avoir emmené, jadis, son petit au fleuve pour le baigner. Là, son garçonnet lui échappa des mains, tomba à l’eau et fut happé par un énorme poisson. Sur ces entrefaites, son premier mari contracta une maladie et en mourut. Alors Chau Prohm comprit que l’enfant en cause était lui-même. Comme il avait ignoré cet accident, il n’avait cessé de commettre un péché en aimant sa mère comme une épouse. Il se prosterna devant elle et implora son pardon. De plus, il supplia sa mère de lui infliger n’importe quel châtiment capable de le délivrer d’un karma aussi funeste. En conséquence, sa mère ordonna de faire construire une statue représentant son fils assis, rendant hommage, les mains jointes, à sa mère, jusqu’à l’an 5000 de l’ère bouddhique.
Pays/territoire : Cambodia
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