mardi 10 novembre 2015

Aung San Suu Kyi, biographie ''officielle''

NDLR : Biographie sommaire de l'iconique leader de l'opposition birmane dont le parti vient de remporter haut la main les élections de Dimanche. Pourtant, il y a trois ans, la presse internationale tirait à boulets rouges sur l'opposante birmane en raison de sa position pro-junte dans l'affaire des épurations ethniques et le scandale des mines de cuivre. On titrait alors : « La chute de l'icône birmane » ou « L'auréole ternie d'Aung San Suu Kyi »...Si la victoire de dimanche est probablement un désir de changement légitime de la population, reste à savoir quelles sont les réelles bases des compromis forcément consentis à l'égard de la junte étrangement fair play à l'annonce des résultats. ''J'aime beaucoup l'armée'' déclarait Aung San Suu Kyi à la BBC en janvier 2013...Quel genre d'amour ?

Biographie
Aung San Suu Kyi est la fille du général Aung San qui a négocié l’indépendance de la Birmanie et de son épouse Khin Kyi (en). Son nom est composé de celui de son père (Aung San), de sa grand-mère maternelle (Suu) et une partie de celui de sa mère (Kyi). Le 19 juillet 1947, presque six mois avant l'indépendance, son père est assassiné, avec les membres de son cabinet, par un rival politique U Saw. Après la disparition de Aung San, son épouse et ses trois enfants vivent à Rangoun, à l'époque capitale du pays. Aung San Lin, l’un des deux frères de Suu Kyi, meurt accidentellement alors qu’elle avait huit ans.

Aung San Suu Kyi en 1951
Sa mère commence à s'engager dans les milieux sociaux et publics, gagne peu à peu une certaine importance dans le paysage politique du gouvernement des années 1950 et 1960 puis est nommée ambassadrice de la Birmanie en 1960 à Delhi, en Inde. Suu Kyi étudie à l’École anglaise catholique de Birmanie puis rejoint sa mère en Inde afin de terminer ses études secondaires au Lady Shri Ram College for Women à New Delhi en 19641. Suu Kyi part ensuite pour la Grande-Bretagne, où elle suit un cursus de philosophie, politique et économie au St Hugh's College d'Oxford de 1964 à 1967 ; elle termine ses études par un doctorat à l'École des études orientales et africaines de Londres.

Âgée de 22 ans, la jeune étudiante part pour New York en 1967, entame un second cycle d'études supérieures et devient secrétaire-assistante du Comité des questions administratives et budgétaires des Nations unies. En 1972, elle se marie à Michael Aris, un jeune homme rencontré à Oxford alors qu’il étudiait les civilisations tibétaines. En 1973, Suu Kyi donne naissance à son premier enfant, Alexander, à Londres. En 1977, elle a un second enfant, Kim, né à Oxford. Suu Kyi vit alors entre le Royaume-Uni et le Bhoutan, pays où habite son mari, car il fait à cette époque une étude sur l’Himalaya et le Tibet.

Débuts en politique
En 1988, Aung San Suu Kyi retourne vivre en Birmanie afin de s’occuper de sa mère vieillissante. Cette année-là, le général Ne Win, chef du parti socialiste au pouvoir, perd peu à peu le contrôle du pays. Des manifestations pro-démocratiques éclatent dans tout le pays. Elles sont violemment réprimées par l’armée. Une nouvelle junte militaire, le Conseil d'État pour la restauration de la Loi et de l'Ordre, prend le pouvoir le 18 septembre 1988. Fortement influencée par la philosophie non violente du Mahatma Gandhi, Suu Kyi entre peu à peu en politique afin de travailler pour la démocratisation du pays. Son discours du 26 août 1988 à la pagode Shwedagon est sa première intervention publique. Le 24 septembre 1988, avec les anciens généraux Aung Gyi et Tin Oo, elle annonce la création d'un nouveau parti. Le 27 septembre 1988, la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) est fondée. Les co-fondateurs s'attribuent les postes de président, vice-président, et secrétaire général (pour Aung San Suu Kyi), et encouragent la grève générale qui dure depuis un mois. Le 20 juillet 1989, elle est arrêtée par le gouvernement militaire qui lui propose la liberté à condition qu’elle quitte le pays, ce qu’elle refuse. Elle est mise plus tard en liberté surveillée.

Manifestation au siège de l'ONU à New York, le 9 mai 2003.
Détention
En 1990, la junte militaire, sous la pression populaire, met en place des élections générales, le 27 mai, qui sont gagnées très largement par le parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie. Cette dernière remporte 58,7 % des voix et 392 des 492 sièges de l'assemblée, contre 21 % des voix et 100 sièges pour le parti soutenant le pouvoir militaire. Les députés élus ne sont pas autorisés à siéger. Le 28 juillet 1990, la junte militaire annonce que la formation d'un gouvernement ne pourra se faire qu'après un long processus d'élaboration d'une constitution, laquelle devra recevoir l'agrément des militaires, puis un aval référendaire. Le 30 juillet, le congrès de la LND, en l'absence des dirigeants Suu Kyi et Tin Oo placés en résidences surveillées, refuse ce programme. La répression qui s'ensuit provoque l'indignation de la communauté internationale. Suu Kyi reçoit cette année-là le prix Sakharov et le prix Rafto, puis le prix Nobel de la paix l’année suivante. Elle reçoit la somme de 1,3 million de dollars qu’elle utilise pour établir un système de santé et d’éducation pour le peuple de Birmanie.

Elle est libérée de sa détention surveillée en juillet 1995. Cependant, si elle venait à quitter le pays afin de rendre visite à sa famille au Royaume-Uni, elle se verrait refuser le droit de revenir en Birmanie. En 1996, en arrêtant un proche qui meurt en prison (affaire Nichols), la junte cherche à intimider Aung San Suu Kyi mais provoque un processus de sanctions internationales. En 1997, son mari Michael Aris est atteint du cancer de la prostate, cependant le gouvernement birman lui refuse le droit d’entrer pour rendre visite à sa femme. Aung San Suu Kyi, ne pouvant sortir du pays pour le voir sous peine de ne plus pouvoir y revenir, ne revoit jamais son mari avant sa mort en 1999. De plus elle reste séparée de ses enfants, qui vivent toujours au Royaume-Uni.

Elle se voit refuser le droit de rencontrer les membres de son parti plusieurs fois. En septembre 2000, elle est mise une fois de plus en maison d’arrêt. Le 6 mai 2002, après une négociation secrète entre les Nations unies et la junte militaire, elle est libérée. Suu Kyi a alors déclaré : « C’est une nouvelle ère pour le pays ».


Manifestation au siège de l'ONU à New York, le 9 mai 2003.
Cependant le 30 mai 2003, son convoi est attaqué dans le village de Depayin par un groupe paramilitaire payé par la junte au pouvoir. Beaucoup de ses supporters sont tués ou blessés durant cette embuscade. Suu Kyi réussit à s’échapper grâce à son chauffeur Ko Kyaw Soe Lin, mais est arrêtée un peu plus tard. Elle est alors à nouveau emprisonnée à la prison d'Insein à Rangoon. Elle est ensuite transférée en maison d’arrêt en septembre 2003 à cause de ses problèmes de santé et d’une hystérectomie.

En mars 2004, Razali Ismail, un envoyé spécial des Nations unies, rencontre Aung San Suu Kyi. Ismail a démissionné de son poste l’année suivante, en partie parce qu’il s’est vu refuser l’entrée en Birmanie par la suite.

Le 28 novembre 2005, la junte militaire birmane prolonge de six mois l’assignation à résidence de la chef de l’opposition. Une prolongation prise en vertu de la loi de 1975 de la protection de l’État (Article 10b) visant à « protéger l’État d’éléments destructeurs » qui permet à l’État d’emprisonner quelqu’un pendant cinq ans sans jugement5. Le 20 mai 2006, Ibrahim Gambari, un autre envoyé spécial des Nations unies a pu rencontrer Suu Kyi, la première visite étrangère depuis 20046.

Le 27 mai 2006, l'assignation à résidence de Aung San Suu Kyi est prolongée d'un an, ce qui provoque l’appel de Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, à Than Shwe le dirigeant de la junte militaire.

Le 9 juin 2006, Aung San Suu Kyi est hospitalisée à la suite de sévères diarrhées, selon un représentant des Nations unies pour un gouvernement de coalition nationale pour l’union de la Birmanie7. La junte militaire dénie ces informations.

Le 19 juin 2006, Suu Kyi passe son soixante et unième anniversaire en maison d'arrêt, sa ligne téléphonique est coupée, son courrier filtré et elle n'a pas accès aux soins médicaux qu'elle désire. Des manifestations sont organisées devant les ambassades birmanes. Le 14 mai 2007, un appel est lancé par une cinquantaine d'anciens dirigeants du monde entier pour la libération d'Aung San Suu Kyi. Le 25 mai 2007, le régime militaire birman a une nouvelle fois prolongé d'un an l'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi.

Manifestations de 2007
Le 22 septembre 2007, l'opposante birmane assignée à résidence depuis 2003, est exceptionnellement sortie brièvement en pleurs de sa maison à Rangoun pour saluer des moines bouddhistes qui manifestent contre la junte militaire, pour la cinquième journée consécutive. Le 24 septembre 2007, Aung San Suu Kyi a été enfermée à la prison d'Insein8. L'assignation à résidence expire le dimanche 27 mai 2007, mais est reconduite sans autre forme de procès pour un an, et l'est de nouveau le 27 mai 2008, totalisant ainsi sept ans d'assignation à résidence forcée.

En septembre 2008, des inquiétudes s'expriment quant à sa santé, elle refuserait la nourriture qui lui est apportée par la junte militaire. En mai 2009, son état de santé est de plus en plus inquiétant (« Elle ne peut pas manger, sa tension est faible, et elle souffre de déshydratation », d'après son assistante médicale). Aung San Suu Kyi est à nouveau placée en détention le 7 mai 2009 par les autorités birmanes. Selon la secrétaire d'État française Rama Yade, l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, accusée d’activité subversive à quelques jours de sa libération, est un « prétexte manifestement recherché pour l’écarter du processus électoral, d’autant plus que la LND, le parti politique d’Aung San Suu Kyi, est totalement laminé ». L’objectif du régime est de « tout mettre en place pour arriver aux élections législatives de 2010 sans gêne, sans entrave ».

Le 10 août 2009, Aung San Suu Kyi est condamnée à dix-huit mois de détention, ce qui la prive de tout moyen de participer à l'élection générale de 2010. L'Union européenne menace la junte birmane de sanctions, et la Malaisie a appelé à une réunion d'urgence de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). L'opposante birmane a décidé de faire appel. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, boycotte les élections législatives de 2010, les premières depuis la victoire de 1990, et 
la participation est faible.

Aung San Suu Kyi le 22 octobre 2013 lors de la remise du Prix Sakharov au Parlement européen de Strasbourg.
Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi par Martin Schultz 

Libération
Le 13 novembre 2010, la police birmane enlève les barrières posées devant la résidence d'Aung San Suu Kyi permettant sa libération, après de longues années dans sa résidence sous surveillance permanente. Le 15 août 2011, elle rencontre le président Thein Sein. Elle soutient l'ouverture engagée par le pouvoir, qui comprend notamment la libération de nombreux prisonniers.

Entrée au parlement
Ayant été autorisée à se présenter aux élections législatives partielles de 2012, elle a enregistré sa candidature le 18 janvier 2012. Le 1er avril 2012, elle remporte très largement le scrutin et obtient ainsi son premier mandat officiel : celui de députée. Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), prétend avoir remporté au moins 43 sièges des 45 sièges en jeu et les résultats officiels portant sur 40 sièges indiquent que tous ceux-ci ont été remportées par la LND. Toutefois, le parti reste très minoritaire dans la chambre basse qui compte 435 sièges, et les prochaines élections générales ne sont prévues que pour 2015.

Refusant de prêter serment à la date prévue, le 23 avril 2012, Aung San Suu Kyi accepte finalement de prêter serment sur la Constitution le 2 mai 201215. Pour la première fois depuis 28 ans, la nouvelle députée franchit les frontières de son pays le 30 mai 2012, pour un séjour de six jours en Thaïlande où elle a assisté au Forum économique mondial sur l'Asie de l'Est, appelant à une amélioration de la justice en Birmanie, indispensable à des investissements étrangers bénéfiques. Elle a aussi rencontré de nombreux compatriotes dans la région de Bangkok et dans le camp de réfugiés de Mae La, où vivent de nombreux Karens.

En juin 2012 elle effectue un tour d'Europe qui la conduit en Suisse, en Norvège, en Irlande, en Grande-Bretagne et en France. Son objectif est d'inciter l'Occident à soutenir la Birmanie sur la voie des réformes politiques et à favoriser son développement économique. Elle est reçue à Londres et Paris18 avec les honneurs réservés aux chefs d'État ; à Oslo elle reçoit, le 16 juin 2012, plus de vingt ans après son attribution, le Prix Nobel de la paix. Évoquant à la BBC les futures élections, elle se dit prête à diriger son pays, « si je peux le diriger de manière appropriée ». Le 9 juillet 2012, Aung San Suu Kyi siège pour la première fois comme députée à la chambre basse du Parlement.

Aung San Suu Kyi parle à ses supporters à Rangoon le 17 novembre 2011
Critiques et polémiques
La minorité ethnique Kachin a exprimé sa méfiance envers la dirigeante dès l'automne 2012, suite à sa passivité quand l'armée birmane a refusé la négociation et envoyé la troupe et l'artillerie contre les indépendantistes kachin. Les critiques les plus violentes ont commencé à surgir partir de juin 2012. À cette époque se déclenchent des émeutes qui font des centaines de morts en Birmanie et des dizaines de milliers de réfugiés, principalement dans la minorité ethnique musulmane Rohingya. Plusieurs membres influents de l'ethnie majoritaire, y compris des religieux bouddhistes, tinrent des discours haineux à l'encontre de cette minorité et des musulmans en général. Aung San Suu Kyi refusa longtemps de réagir, afin de ne pas « attiser le feu d'un côté ou de l'autre ». Ce silence lui valut des critiques à l'intérieur de son pays.

En avril 2013, Human Rights Watch publia un rapport accusant les autorités birmanes d'avoir amplifié les troubles et organisé, à partir d'octobre 2012, une « campagne de nettoyage ethnique » contre les musulmans. Dans un entretien postérieur à cette annonce, Aung San Suu Kyi « refuse de condamner les violences contre les musulmans et nie fermement qu'un nettoyage ethnique ait eu lieu ». Cette attitude tout au long des violences lui vaut de nombreuses critiques dans la presse internationale qui titre par exemple « Aung San Suu Kyi tombe de son piédestal », « La chute de l'icône birmane » ou « L'auréole ternie d'Aung San Suu Kyi ». D'autres journaux, dont de grands titres de la presse anglo-saxonne, sont plus cinglants et jugent que « son attitude équivoque » envers ces violences « fait froid dans le dos » et « méprise les droits humains au nom de la politique ».

En janvier 2013, Aung San Suu Kyi déclare à la BBC qu'elle « aime beaucoup l'armée ». Le 27 mars, elle assiste à un défilé militaire, aux côtés des généraux qui dirigent la junte birmane. Certains de ses soutiens, y compris dans le parti Ligue nationale pour la démocratie qu'elle dirige depuis 1988, regrettent cette position et reprochent à la députée de soutenir systématiquement le gouvernement militaire. Le 14 mars 2013, Aung San Suu Kyi vint apporter son soutien personnel à un projet de mine de cuivre, dirigé par le groupe chinois Wanbao avec la collaboration d'une entreprise militaire birmane. Les habitants protestaient depuis longtemps contre l'impact de cette mine, notamment la destruction de villages et la pollution des champs, et furent durement réprimés par la police. La députée fut accueillie par une foule hostile de centaines de villageois et s'attira des critiques nationales et internationales.
Source Wiki Commons
Pays/territoire : Myanmar (Burma)
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