vendredi 30 octobre 2015

Cambodge : l’énergie solaire suscite de nouveaux espoirs

(dossier AlterAsia) : Le Cambodge serait-il en train de rattraper son retard de développement en matière d’énergie solaire? Devant le potentiel du pays, de nouvelles initiatives commencent à convaincre les foyers urbains et ruraux des bienfaits, notamment économiques, de cette solution. 

Phnom Penh (Fondation Thomson Reuters) : À proximité du Marché russe, l’un des lieux les plus touristiques de Phnom Pen, Win Soeun sert du café dans un Tuk-tuk bleu azur sous l’écrasante chaleur de midi. Le triporteur, transformé en chariot à café, est géré par Aziza’s Place, une ONG qui fournit du travail aux femmes comme Win Soeun, qui était obligée de fouiller dans les décharges de la capitale cambodgienne pour se nourrir, elle et ses cinq enfants. Alimenté par des panneaux solaires sur le toit, le tuk-tuk fait non seulement partie d’un projet redonnant de l’espoir aux femmes défavorisées, mais il illustre aussi le potentiel du Cambodge à devenir un acteur de l’énergie solaire. Le tuk-tuk peut atteindre une vitesse de 67km/h. La société australienne Star8, sa conceptrice, a récemment ouvert une usine à Phnom Penh : au sein du premier bâtiment à énergie solaire de la ville.

CBtuktuk

Dans un récent rapport, la Banque asiatique de développement explique qu’avec un ensoleillement moyen de 5,5 heures par jour toute l’année et des niveaux élevés de rayonnement solaire même par temps couvert, le pays est parfaitement adapté à l’énergie solaire. “Le potentiel du Cambodge à devenir une puissance solaire est immense grâce au rayonnement solaire obtenu ici toute l’année”, confirme Phil Stone le directeur général de Star 8. “Mais les défis aussi sont immenses”.

Le coût de la technologie solaire, qui a chuté à 0,13 – 0,15 dollars par kilowatt/heure dans certains pays, désormais inférieur au coût d’une installation électrique dans beaucoup de régions du Cambodge, ajoute à l’attractivité. Mais Phil Stone explique qu’au Cambodge, l’un des pays les plus pauvres d’Asie du Sud-est, la sensibilisation à l’énergie solaire et le savoir-faire technique restent très faibles. Le Cambodge a encore un long chemin à parcourir avant d’arriver au niveau de la Thaïlande voisine, seule capable dans la région à augmenter sa capacité d’exploitation de l’énergie du soleil.

Avec l’aide internationale, le gouvernement cambodgien a pu installer quelque 12000 systèmes solaires domestiques – un nombre encore modeste dans un pays où seulement 35% des personnes ont accès au réseau électrique. Selon Dennis Barbian, le conseiller en développement du marché de l’énergie renouvelable à l’Organisation de développement des Pays-Bas (Netherlands Development Organisation, SNV), “le gouvernement s’est enthousiasmé il n’y a que peu de temps à l’idée d’un prix de l’énergie solaire plus compétitif”.

Environ 1,6 millions de foyers, principalement dans les zones rurales, dépendent du kérosène (émetteur de gaz à effet de serre) pour s’éclairer et de groupes électrogènes au diesel pour recharger des batteries, à un coût qui peut être d’un dollar par kilowatt/heure, soit trois à quatre fois supérieur au réseau électrique. Une ponction énorme sur leur revenu.

Un nouveau label : « Good Solar Initiative »
Le prix des panneaux solaires – entre 500 et 600 dollars pour un grand panneau de 150 watts avec une durée de vie de 25 ans est plus rentable à long terme selon les experts. La batterie qui stocke l’énergie solaire doit être remplacée tous les trois ans pour un coût avoisinant les 150 dollars.

Alors que la technologie solaire rattrape lentement son retard à Phnom Penh, le coût d’installation et les taux d’intérêts relativement élevés restent un problème pour les paysans même si l’énergie solaire leur permettra à long terme de faire fonctionner leurs équipements. “C’est un gros investissement au départ, mais au Cambodge l’obstacle principal n’est pas financier mais le manque de confiance en l’énergie solaire” déclare Dennis Barbian.

Un manque de confiance que Dennis Barbian explique par le fait que quelques compagnies avaient produit des panneaux de piètre qualité par le passé, au point de décevoir les villageois et de porter atteinte aux opportunités de ce marché. Une question que SNV tente de régler avec un système de certification des fabricants de panneaux solaires intitulée “Bonne initiative solaire” (« Good Solar Initiative »). Les entreprises certifiées répondent aux normes internationales de qualité du produit et de satisfaction client. Le label « Good Solar » permet ainsi aux paysans d’identifier un produit de qualité provenant d’une société dotée d’un service client fiable. Depuis le lancement de cette initiative en avril dernier, quatre sociétés locales ont obtenu leur agrément.

SNV a également mis en place un programme de microcrédit pour financer l’achat du système solaire et des kits d’éclairage de 25000 foyers ruraux qui n’avaient accès à aucun réseau.

D’ici à quelques mois va démarrer une vaste campagne de promotion et d’éducation sur les avantages des produits solaires certifiés. Dennis Barbian espère que les Cambodgiens adopteront dès le départ de petits systèmes domestiques plutôt que de choisir la simple lampe solaire, à l’instar de beaucoup de pays africains: “Les lampes solaires c’est super, mais ici la réelle opportunité est d’aller plus loin en installant des équipements à domicile suffisants pour faire fonctionner des télévisions, un ventilateur et d’autres équipements”. Le gros avantage de cette industrie n’en resterait pas moins un tarif qui « s’auto-alimente » (feed-in-tarif) comme en Thaïlande, où le gouvernement soutiendrait le secteur en rachetant aux propriétaires l’électricité excédentaire redistribuée dans le réseau.

Traduction : Michelle Boileau
Source (Astrid Zweynert/Fondation Thomson Reuters): Cambodia eyes bright solar future with tuk-tuks and microfinance
Photo : Astrid Zweynert/Fondation Thomson Reuters
Pays/territoire : Cambodia
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