dimanche 6 septembre 2015

Contes et légendes du pays khmer : Le crocodile et le charretier

Il était une fois un crocodile qui vivait dans un grand étang. Quand la saison sèche arriva et que le lac fut asséché, ce crocodile ne put plus y rester. Il grimpa sur la rive à la recherche d'un endroit où il y aurait de l'eau. 
Un jour, un vieillard conduisant une charrette, le rencontra en train de ramper au milieu de la route.
Le crocodile pria le vieillard de le prendre dans sa charrette et alors ce dernier lui demanda :
- Mon petit-fils, où veux-tu aller ?
Le crocodile répondit :
- Je n'ai plus d'abri, car l'étang où je vivais est maintenant asséché ; je ne peux plus y rester ; alors je pars à la recherche d'un lac, d'une rivière ou d'un fleuve qui ait de l'eau pour vivre. Si vous avez pitié de moi, grand-père, emmenez-moi dans un endroit où il y a de l'eau et déposez-moi là-bas.
Ayant accepté, le vieillard détela alors les bœufs, souleva l'animal et l'allongea sur la charrette. Comme le crocodile avait peur de tomber, il demanda au charretier de l'attacher solidement sous la charrette. Le vieillard fit selon les paroles de l'animal. Enfin, il attela les bœufs et partit. Lorsqu'ils arrivèrent à un étang où il y avait de l'eau, le vieillard arrêta la charrette, détela les bœufs, puis délia le crocodile. Il dit :
- Il y a assez d'eau dans cet étang, rampe et va vivre là.
Mais le crocodile était un animal très ingrat. En plus, comme il était affamé et qu'il était privé de nourriture depuis des jours, il dit au vieillard :
- Grand-père, tu m'as ligoté sous la charrette. J'en ai beaucoup souffert. Il faut que tu me donnes à manger un de tes boeufs pour t'acquitter. Mais si tu ne me le donnes pas, je vais te dévorer à l'instant même.


Ayant entendu cela, le vieillard eut très peur, alors il dit en le suppliant :
- Eh crocodile ! Tu me dois de la reconnaissance, c'est moi qui t'ai conduit ici, et dire que maintenant tu veux me dévorer ! Je n'ai commis aucune faute. Tu ne devrais pas me tuer. S'il en est ainsi, je ne suis pas d'accord. Attends que j'aille chercher un juge pour décider de l'affaire et j'obéirai à sa sentence.
Le crocodile consentit à cela et dit :
- Oui grand-père, va chercher n'importe quel juge. Vas-y vite, je t'attends ici.
Le vieillard, des bananes à la main, alla chercher un juge. Il rencontra un lièvre sur un tertre. Le lièvre, voyant le vieillard porter les bananes et traverser la forêt dans sa direction, lui demanda :
- Grand-père, pourquoi avez-vous les yeux pleins de larmes ? Quel malheur avez-vous rencontré ? Venez ici.
Alors le vieillard lui raconta toute son histoire avec le crocodile. Le lièvre, ayant entendu cela, dit à ce dernier :
- Oui, le crocodile est un animal qui n'a pas de gratitude envers vous ; j'accepte de devenir juge. Grand-père, n'ayez pas peur. Donnez-moi ces bananes à manger et puis, nous irons ensemble.
Le vieillard tendit alors les bananes au lièvre. Une fois que ce dernier eut fini de manger tous ces fruits, ils s'en allèrent ensemble vers l'endroit où le charretier et le crocodile s'étaient arrêtés. Etant arrivé, le lièvre dit au crocodile :
- Eh bien crocodile, tu étais égaré dans la forêt, tu ne savais pas où aller, c'est pourquoi le grand-père a eu pitié de toi et a accepté de te prendre dans sa charrette. Maintenant que tu es arrivé à un endroit convenable pour vivre, pourquoi te montres-tu si ingrat envers lui et veux-tu même le dévorer ? Quel mal a-t-il donc fait ?
Le crocodile répliqua :
- Oui, il est vrai, Monsieur le juge, que ce grand-père a accepté de me prendre dans sa charrette, mais il m'a beaucoup maltraité. II m'a ligoté tellement fort que je n'arrivais presque plus à respirer. Il m'a fait souffrir ainsi, c'est pourquoi je me suis mis en colère. Il faut qu'il me donne un de ses bœufs à manger et s'il s'y refuse, je dois le dévorer.
Le lièvre arrangea sa réponse suivant la situation :
- Eh bien grand-père, vous l'avez attaché trop fort, c'est pour cette raison qu'il s'est fâché ; mais pourquoi l'avez-vous serré si fort qu'il ne pouvait plus remuer ?
Le vieillard lui répondit :
- Oh non, je ne l'ai pas serré très fort, je l'ai attaché tout juste pour qu'il ne tombe pas.
Le lièvre reprit :
- Hé ! Le plaignant prétend qu'on l'a serré trop fort et l'accusé déclare que c'est juste assez pour ne pas tomber ; tous les deux, vous n'avez personne comme témoin, ainsi crocodile tu dois remonter sur la charrette pour que le grand-père t'attache de nouveau. Je vais voir si c'est trop serré ou non. De cette manière, je peux rendre la justice en toute équité.
Le crocodile qui était un animal sot grimpa sur la charrette et le vieillard prit les liens et le lia comme avant. Alors le lièvre demanda au crocodile ;
- Eh bien crocodile, grand-père a-t-il attaché fort de cette façon ?
L'animal rétorqua :
- Oh non, avant il m'a attaché plus fort que cela, s'il m'avait attaché comme en ce moment, je ne me serais pas mis en colère contre lui.
Le lièvre continua encore :
- Grand-père, serrez-le doublement plus fort que cela, pour qu'il soit d'accord.
Le vieillard serra encore plus fort les liens. Le lièvre demanda :
- Eh crocodile, cette fois, est-ce que c'est aussi serré que la dernière fois ?
Le crocodile répondit :
- Non, ce n'est pas aussi fort qu'avant.
Le lièvre commanda au vieillard :
- Grand-père, allez couper du bois pour faire des traverses afin de pouvoir le resserrer solidement.
Ayant suivi ses conseils, le vieillard resserra de tous les cotés le crocodile très fort au point que celui-ci ne pût plus respirer. Il répondit :
- Auparavant, il m'a serré très fort de cette façon. Seigneur ! Personne ne peut le supporter. Soyez témoin. Qui dit le mensonge et qui dit la vérité ?
Le lièvre, voyant que le crocodile ne pouvait plus bouger, commanda au vieillard :
- Qu'attendez-vous donc ? La grande hache sur la charrette, pourquoi ne la prenez-vous pas pour l'abattre ?
A quoi bon laisser vivre un tel ingrat qui oublie le bien qu'on lui a fait ?
Le vieillard, trouvant que l'occasion lui avait été favorable puisque le lièvre parlait ainsi, s'empressa d'arracher sa grande hache et fendit la tête de l'animal et le coupa en plusieurs morceaux, grands et petits. Le crocodile trouva aussitôt la mort.
Le lièvre conseilla au charretier :
- Sa queue, grand-père, vous pouvez la faire fumer afin de la conserver pour en mettre dans des soupes et des salades.
Le vieillard fit tout ce que le lièvre lui conseillait et offrit à ce dernier des bananes et des concombres pour lui avoir évité la mort.
Ensuite, il attela les bœufs, prit congé du juge lièvre et regagna son domicile.
"Contes et légendes du pays khmer" de KHING Hoc Dy
Pays/territoire : Cambodia
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