lundi 10 août 2015

Revoir des tigres au Cambodge : un pari risqué...

Plus de tigres au Cambodge

Alors que le World Wildlife Fund pousse le gouvernement à accepter un plan de réintroduction des tigres au Cambodge, principalement dans la région des Cardamomes, il est important de souligner à quel point l'entreprise est périlleuse et peut-être même utopique...

Le Cambodge ne serait certainement pas pionnier en la matière. Pourtant, si l'Inde peut se targuer d'avoir réussi à sauver et même accroître ses populations de tigres, les expériences conduites en Indonésie pour le tigre de Sumatra, sont bien moins concluantes, tout comme la plupart des programmes de réintroduction de prédateurs en Asie mais aussi en Europe . Vrai que le projet cambodgien n'est pas impossible techniquement, à la condition d'avoir suffisamment de financements, beaucoup de financements, une gestion rigoureuse des espaces et une vigilance toute particulière à l'encontre des contrebandiers. Ayant posé une fois la question de savoir s'il restait des tigres au Cambodge et s'ils pouvaient être réintroduits le cas échéant, Nick Marx, un spécialiste notoire du félin et de la conservation au Cambodge, avait poussé un grand soupir en disant: ''...ils les ont tous tués en moins de dix ans...quelle garantie pourrait avoir une nouvelle population de tigres ?''. 

Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Pourtant, l'initiative plait... réintroduire un prédateur tout en haut de la chaine alimentaire est un signe de qualité d'un écosystème et representatif d'une politique de conservation efficace. Et, il y a aussi le charisme, le public aime les big cats, le tigre est beau, majestueux, et attire facilement les subventions. Mais l'entreprise est à haut risque. Les tigres ont besoin d'espaces, de beaucoup d'espaces, certains individus couvrent des distances allant jusqu'à deux cent kilomètres par semaine. Se pose aussi le problème des proies. Si le tigre n'a pas suffisamment de quoi chasser, il s'approchera des villages, attaquera le bétail et rencontrera probablement son principal ennemi : l'homme. 

Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
A savoir également quelles seraient les techniques de réintroduction. Il semble peu probable que larguer des tigres élevés en captivité puissent survivre même dans une zone abondante en gibier. Ils ont été habitués à être nourris, à la présence de l'homme, et ne pourraient pas s'adapter à une vie sauvage. En sus de cela, les tigres en liberté restent la proie potentielle des braconniers ou des fermiers qui pourraient craindre pour la sécurité de leur troupeau. Quels seraient les moyens mis en oeuvre pour décourager la chasse illégale alors que cette pratique, liée au gout immodéré des chinois pour les organes de tigre, a conduit à la disparition du félin dans le royaume et qu'aucune mesure, aucun programme n'ont pu empêcher le braconnage du tigre ? En 2007, les Chinois payaient jusqu'à huit mille dollars pour un tigre abattu. Cela représentait plus d'une dizaine d'années de salaire pour un petit agriculteur. Quels arguments pour contrer cette tentation, illégitime mais plutôt compréhensible?

Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Alors même que l'idée semble bien ancrée d'importer des tigres depuis l'Inde pour les réintroduire au Cambodge, on se doute bien que l'Inde risque d'être exigeante quant à la qualité du programme et la sécurité des animaux. A cela se greffent aussi les problèmes de déforestation qui, s'ils n’altèrent pas directement le territoire du tigre, menacent gravement la survie des espèces dont se nourrit le tigre. Si les cerfs et cochons sauvages disparaissent, le tigre ne peut pas survivre, c'est une évidence.

Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Tigre d'Indochine. Photo C.Gargiulo
Le rapport argumentant de la nécessité de réintroduire les tigres dans le royaume mentionne la présence d'une trentaine d'individus....Le chiffre, misérable, semble pourtant ambitieux alors qu'il n'existe aucune trace de tigre vivant depuis 2007. A l'époque, une caméra trappe avait pu surprendre un individu près de la frontière vietnamienne. Alors, tigre ou pas tigre au Cambodge ? Si le projet parvient à être financé, il faudrait pouvoir s'assurer de sa maintenance, de la préservation des forêts et de la faune...autant d'éléments qui ne plaident pas vraiment en faveur du royaume tant l'empiétement sur les zones protégées et l'inefficacité des programmes de conservation ont altéré l'image d'un pays pourtant autrefois richissime en matière de biodiversité et d'abondance de vie sauvage. 
Pays/territoire : Cambodia
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