mardi 4 août 2015

Mendiants à Phnom Penh : donner ou pas ?

Sam Loï...

''Argent s'il vous-plait...'' Quelque soit le nombre d'années passées au Cambodge, chacun se trouve forcément interpellé au moins une fois par les mendiants des rues de Phnom Penh. Et, la question récurrente est de savoir s'il faut faire un geste, tourner la tête ou sermonner le quémandeur. Si les ONG spécialisées dans l'aide aux enfants des rues préconisent l'abstention, sous prétexte qu'un don est une forme d'assistanat, la question peut parfois être un peu plus complexe, un peu plus douloureuse. Il existe bien sur des réseaux de mendiants professionnels, bien organisés, et qui opèrent en général près des zones touristiques. Le marché central, Phsaar Thmey, abrite un groupe qui travaille dans cette zone depuis une bonne dizaine d'années, provoquant parfois l'irritation de quelques commerçants. Une vendeuse de sacs déclare : ''Il y a en a parmi eux qui sont en bonne santé et qui pourraient travailler, ils préfèrent traîner et quémander car cela leur rapporte beaucoup plus. Certains font plus de chiffre que ma boutique...''. 

Christophe Gargiulo, photographe, réalisateur
Jeune mendiante du Phsaar Thney
Vrai que les touristes se laissent facilement prendre et donnent volontiers quelques dollars, en particulier lorsqu'une gamine porte un bébé en haillons à bout de bras.  Là aussi, il y a une astuce, les jeunes mamans, conscientes de la compassion générée par leurs enfants auprès des étrangers, se louent parfois les gosses entre elles. Parfois, à l'approche d'un touriste, la fausse maman va pincer discrètement le gamin pour qu'il pleure et forcément attendrir le barang qui passe. Interrogées, les mamans nient avec un sourire en coin. Elles avouent tout de même que les temps sont devenus difficiles, la police est moins tolérante, ils ont besoin de petites ruses pour gagner un peu plus. Sur ce type de méthodes, les ONG  ont probablement raison, nourrir un réseau organisé ne résoudra pas le problème et pourrait peut-être même susciter des vocations. D'ailleurs, que deviendront ces enfants du Phsaar Thmey dans quelques années alors qu'ils n'ont appris que les méthodes de la rue et dont les mamans sont plutôt réticentes à les faire changer de voie ? Là, le problème devient plus vaste et malheureusement, il n'existe pas de statistiques précises recensant les mendiants de la capitale et permettant d'évaluer les différents types de groupe, les ''pros'' et les réels laissés pour compte.

Christophe Gargiulo, photographe, réalisateur
Enfant mendiant aux alentours du Phsaar Thmey
Pour revenir à la question posée : doit-on donner ou pas ? la réponse serait non dans la majorité des cas. Peut-être faudrait-il y apporter une petite nuance, il ne faut effectivement pas donner d'argent, les mamans jouent aussi aux cartes, mais dépenser quelques dollars pour des boissons ou même quelques vêtements pourrait peut-être légèrement éclairer leur journée. Aussi, comment rester insensible devant ces gamins qui ne connaissent que la manche et dont certains sont handicapés ou en mauvaise santé ? La réponse reste en chacun de nous.

Christophe Gargiulo, photographe, réalisateur
Mendiante du Phsaar Thmey avec son bébé
Pays/territoire : Phnom Penh, Cambodia
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