samedi 4 juillet 2015

Contes et légendes : le village de Sdei-Bet-Méas

Le village de Sdei-Bet-Méas

Dans la commune de Trâpéang Russei qui fait partie du canton de Kompong Svay dans la province de Kompong Thom, le long de la rivière se trouve un village, le village de Sdei-Bet-Méas (Sdei, nom scientifique : altingia, c'est un arbre de forêt dense poussant au bort des ruisseaux. Sdei Bet Méas, littéralement : "Altingia recouvert d'or"). Il porte ce nom car une légende nous raconte ceci :
Voici fort longtemps déjà, la famille d'un « chef-de-barrage-de-pêche » composée d'un homme, de sa femme et de leur fille nubile d'une resplendissante beauté, vivait au bord d'un étang en pêchant près de la hutte d'un « génie du sol », néak-ta, de l'arbre sdei. La pêche de ce chef-de-barrage était prospère chaque année. Il devint un homme très fortuné grâce à son métier.

Dans la commune de Trâpéang Russei qui fait partie du canton de Kompong Svay dans la province de Kompong Thom, le long de la rivière se trouve un village, le village de Sdei-Bet-Méas (Sdei, nom scientifique : altingia, c'est un arbre de forêt dense poussant au bort des ruisseaux. Sdei Bet Méas, littéralement : "Altingia recouvert d'or"). Il porte ce nom car une légende nous raconte ceci : Voici fort longtemps déjà, la famille d'un « chef-de-barrage-de-pêche » composée d'un homme, de sa femme et de leur fille nubile d'une resplendissante beauté, vivait au bord d'un étang en pêchant près de la hutte d'un « génie du sol », néak-ta, de l'arbre sdei. La pêche de ce chef-de-barrage était prospère chaque année. Il devint un homme très fortuné grâce à son métier.

Cette région était infestée d'une foule de moustiques. Un jour, au crépuscule, le chef-de-barrage rassembla sa famille et ses domestiques. Et il s'adressa en plaisantant à ces derniers :
— Y-a-t-il, parmi vous quelqu'un qui oserait rester couché et exposé aux moustiques une nuit durant ?
A ce moment-là, un jeune domestique célibataire, beau et intelligent répliqua qu'il acceptait :
— J'ose. Si je peux rester couché et exposé aux moustiques pendant toute une nuit, que me donnerez-vous en récompense, maître ?
Vexé, le « chef-de-barrage » répondit :
— Vaurien ! Tu ne sais que te vanter. Personne ne t'a demandé de t'occuper de cela.
Le domestique riposta et dit :
— Si vous dites que je me vante, je vous prie, maître, de faire un pari avec moi. J'oserai gager tout ce que vous voudrez.
Le maître se mit de plus en plus en colère et lui dit
— Je parierai tous mes biens. Je partirai sans rien à condition que tu oses accepter que je te ligote en te laissant exposé aux moustiques toute une nuit. Mais si tu te dérobes ou si tu ne peux pas résister, consens-tu à être mon esclave et à me servir ?
Le domestique répliqua :
— J'accepte à condition que vous, maître, vous me donniez en outre votre fille, si je gagne.
Le patron répondit qu'il acceptait sans hésitation
— Eh ! Vous, valets ! Arrêtez-le et ficelez-le bien contre l'arbre sdei derrière la hutte de ce « génie du sol ». Je suis d'accord pour tenter le pari contre ce bonhomme ; et vous, aidez-moi en me servant de témoins.
Le domestique se laissa ligoter et attacher à l'arbre sdei. Quand les autres furent rentrés à leur logis, ce jeune domestique pria le génie de cet endroit de venir à son secours
— Sauvez-moi, seigneur génie, je me suis trop engagé dans le pari avec le maître-pêcheur. Faites qu'aucun moustique ne me pique, que je reste en vie et que j'obtienne la main de la fille du chef-de-barrage, faites que j'entre en possession de ses biens. Si comme je le désire, j'obtiens tout cela, je vous fais la promesse d'acheter de l'or pour en recouvrir cet arbre sdei du pied jusqu'à la cime et de construire en outre une cabane en bois couverte de tuiles pour vous en faire l'offrande, seigneur génie.
Quant au maître, lui, il pensait :
— Ce stupide domestique qui s'est laissé ligoter est maintenant exposé aux moustiques. Ils le tueront en lui suçant le sang. Mais, s'il ne peut pas résister, et appelle pour qu'on vienne le délier à minuit, il sera mon esclave jusqu'à la fin de ses jours.
Pendant cette nuit, le génie de l'arbre sdei, qui avait perdu au jeu avec d'autres génies, leur avait apporté tous les moustiques de la région pour rembourser ses dettes. D'habitude, il y avait là tant de moustiques qu'il semblait qu'on lançât à la volée des écorces de riz. Mais ce soir-là c'était désert, il n'y avait pas le moindre moustique. Et pas un ne vint piquer le jeune domestique ; grâce à sa bonne étoile, il aurait pour épouse prédestinée la fille du « chef-de-barrage » et il deviendrait riche.
Lorsque le jour se leva, le « maître-pêcheur » et ses domestiques se concertèrent :
— Le domestique attaché à l'arbre sdei a certainement rendu l'âme.
Ils se rassemblèrent pour aller voir. Mais le maître et les autres domestiques l'aperçurent tout souriant. Alors ceux qui le virent admirèrent avec respect la puissance magique de ce jeune domestique. Désespéré, le maître dit aux domestiques :
— D'après l'engagement d'hier soir, ce jeune domestique a gagné ; je dois lui céder toute ma fortune et lui donner ma fille en mariage.
Le jour même, le « chef-de-barrage » ordonna qu'on tuât des porcs, des poulets et des canards pour en préparer le repas de noces de son jeune domestique avec sa fille. En-suite il le dota de tous ses biens et leur céda son métier afin qu'ils lui succédassent. Le maître emmena sa femme et alla vivre dans son ancienne maison.
Le nouveau « maître-pêcheur » dit à son épouse :
— Il faut que nous ordonnions à quelqu'un d'acheter des feuilles d'or pour en recouvrir l'arbre sdei et que nous fassions construire une hutte pour le génie à qui j'ai fait une promesse et que j'ai invoqué. Quand tout cela fut construit, ce génie devint très puissant et efficace. Ce n'était pas seulement le « maître-pêcheur » qui lui rendait hommage ; tous les habitants de la région et les voyageurs le long de la rivière demandaient aussi protection à ce génie vénéré. C'est ainsi qu'à partir de ce temps-là il porta le nom de « génie-de-l'arbre-sdei-recouvert-d'or ».
Mais de nos jours l'arbre sdei est mort. Et la cabane que le maître-pêcheur a construite est tombée en ruine et a été détruite. II ne reste plus que l'endroit où se trouvait l'arbre sdei et une hutte de génie couverte de chaume. D'après cette légende, le village situé au bord de la rivière à côté de la hutte du génie porte toujours le nom de Phoum-Sdei-Bet-Méas, c'est-à-dire «village-de-l'arbre-altingia-recouvert-d'or».
Pays/territoire : Kampong Thom, Cambodia
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