vendredi 17 juillet 2015

Contes et légendes : La pagode de Panhnha-Chi

La pagode de Panhnha-Chi

Dans la commune de Tbaung Krâpoeu, canton de Kompong Svay, province de Kompong Thom, se trouve un village appelé Panhnha-Chi. On l'appelle ainsi car ce nom vient d'un novice, chi (terme de respect pour s"adresser à un novice qui a quitté le froc), d'une grande intelligence, panhnha, qui habitait cette pagode au sujet de laquelle court la légende suivante :


A l'époque où les monnaies en argent pur étaient rares, nous, les Khmers, nous utilisions encore des sapèques en cuivre ou en plomb. A ce moment-là, un groupe de Chams (ancien peuple du royaume Champa), marchands de boeufs, passaient par la province de Kompong Thom pour acheter et emmener des boeufs et des buffles afin de les vendre en Cochinchine. Quand ils arrivèrent à cette pagode récemment construite et à laquelle on n'avait pas encore donné de nom, ces Chams y entrèrent pour de-mander l'hospitalité. Au crépuscule, un élève du chef de la pagode emmena une paire de boeufs plus beaux de forme et de couleur que les autres et les attacha sous une cellule près de la sala (Dans une pagode, le sala est soit une maison où les bonzes doivent prendre les repas, soit une salle de repos reservé aux voyageurs) où les Chams se reposaient. Alors les Chams, qui étaient en train de cuire du riz, virent ces boeufs du chef de la pagode qui leur plurent et le chef des marchands pensa :
— Si j'achète les boeufs de ce chef de pagode, je ga­gnerai une barre d'argent. Ayant réfléchi, le chef des marchands alla vers la cellule du chef de la pagode pour parler d'achat. En arrivant, il s'assit les jambes pliées, salua le bonze les mains jointes selon la coutume cambodgienne et se mit à louer la religion khmère :
— Les bonzes de toutes les pagodes ont beaucoup de compassion envers les voyageurs quelle que soit leur religion.
Je suis né dans la religion islamique, c'est trop tard. Si j'étais né Cambodgien, je serais, peut-être, bonze jusqu'à la fin de ma vie comme vous maître. Le chef de la pagode ne se rendait pas compte que les paroles de ce marchand étaient flatteuses et il lui répondit : — C'est vrai, ainsi est la religion khmère. Son visage s'épanouit comme s'il était très content dans son coeur en entendant les louanges de ce marchand. De temps en temps il lui répondait :
— Oui, nous sommes bien ainsi, nous les Khmers.
Ce marchand trouva que le maître appréciait ses paroles et lui dit :
— Plus tard, quand je viendrai à nouveau acheter des boeufs et des buffles, je vous achèterai comme offrande de la teinture pour vos robes.
Le maître lui dit :
—  Je suis très content, car à la campagne il n'existe pas beaucoup de colorants.
Le Cham continua encore à lui dire :
—  Excusez-moi, maître ! Veuillez me céder vos bœufs attachés sous la cellule. Pourquoi les gardez-vous ? Maître !
Vous en trouverez certainement encore grâce à vos élèves,
vendez-les-nous et vous aurez de l'argent pour construire la pagode. Je vous confie dix bat (Unité monétaire siamoise).
Le maître pensa :
Les boeufs peuvent encore se trouver. En plus ces boeufs sont donnés gratuitement par mes élèves. Maintenant
le marchand me propose un prix jusqu'à dix bat. Il convient tout à fait que je les vende, car personne n'oserait donner un prix plus élevé que celui-ci.
— Oui, naturellement, je pourrai les garder pour vous, patron, dit le chef de la pagode.
Le Cham fut saisi d'une grande joie, sortit deux piastres pour verser une provision. Quant au maître, il eut aussi le coeur plein de joie et pensa :
— J'aurai cet argent pour construire la pagode.
Le Cham dit au chef de la pagode :
— Je m'engage à être de retour dans sept jours, je re­viendrai pour prendre les boeufs et je vous verserai toute la somme d'argent. car je devrai continuer mon voyage.
Le lendemain du départ du groupe des Chams étant un jour saint, les fidèles laïcs de la pagode vinrent se réunir dans l'enceinte de ce monastère. Le maître leur dit :
— J'ai vendu les boeufs au groupe des Chams au prix de dix bat. Ils m'ont versé une avance de deux bat, il manque encore huit bat. Dans sept jours ils reviendront prendre les boeufs et me donneront de l'argent pour compléter la somme. Je les vends très cher, car j'ai besoin d'argent pour construire la pagode.
Les fidèles laïcs firent des reproches au maître et dirent :
— Maître, seigneur, vous avez mal réfléchi, ces bœufs sont très beaux, il ne convient pas de les vendre à ce prix. Si vous les vendez de cette façon, comment vous, maître, en retrouverez encore ?
— J'ai vraiment commis une erreur.
Et il se dit avec dépit :
— J'ai l'habitude de faire des reproches aux autres, maintenant on critique, en retour, ma réflexion.
Quand les fidèles laïcs retournèrent à leur demeure, le maître, chef de pagode, entra dans sa chambre, la ferma à clé et n'en sortit plus. Tous les bonzes de la pagode s’inquiétèrent. A ce moment-là, un bonzillon d'une grande intelligence, élève favori du grand maître, dit aux autres bonzes :
— J'ai trouvé une ruse dont je peux faire part au maître pour qu'il ne soit plus fâché.
Les autres bonzes acceptèrent que ce bonzillon emploie son stratagème afin que le maître ne soit plus en colère. Alors, le bonzillon alla frappa à la porte et dit au maître :
— Je vous demande de venir manger. Si vous avez peur que les Chams reviennent pour prendre les boeufs, moi. votre miséricorde, je connais une ruse pour qu'ils ne puissent pas les prendre. Mais je vous demande de partir pour un endroit lointain en emmenant les bœufs avec vous. Laissez-nous, les Chams et moi, nous affronter, votre miséricorde.
Ayant entendu cela, le maître dit :
— Cette idée est juste.
Il ouvrit la porte de sa cellule, sortit pour se rendre dans une autre pagode et emmena les boeufs afin de les mettre à l'abri ailleurs. Dès le septième jour, le groupe des Chams arriva et vint chercher le maître. Le bonzillon leur parla :
—    Le maître est pris par une affaire et il est parti pour une autre pagode. Patron, que désirez-vous ?
Ce Cham lui répondit :
—    Moi, votre miséricorde, je viens prendre les boeufs que le maître m'a vendus récemment.
Le novice lui parla en ces termes :
— Prenez-les ! Mais je vous demande de me remettre de l'argent afin de compléter la totalité de la somme.
L'homme compta huit piastres et les lui donna. Le bonzillon répliqua :
—    Non ! Quand le maître m'avait parlé de dix bat cela voulait dire que vous rempliriez de pièces d'argent dix de ces timbales, bat, où les bonzes mettent leur nourriture. Ce n'est pas dix bat équivalents à l'argent de dix piastres. Quand vous, patron, vous remplirez d'argent dix de ces timbales de bonze pour les donner au maître, il acceptera.
Le Cham protesta :
— Ce n'est pas vrai ! Moi, votre miséricorde, j'ai convenu avec le maître que dix bat, c'était dix piastres, j'ai versé une provision de deux piastres et il manque encore huit piastres.
Le bonzillon lui répondit :
— Il faut prendre des pièces d'argent et les mesurer dans une timbale à aumône. Un bat ne vaut pas une piastre. Pour-rait-on construire une pagode avec seulement dix piastres ?
Si vous, patron, vous n'acceptez pas de mesurer l'argent dans une timbale de bonze, je ne vous accorde pas les boeufs non plus. Les deux piastres que vous avez versées comme avance, j'accepte de vous les rembourser à la place du maître. Eh ! Prenez les deux piastres. Le groupe des Chams était à court d'idées et ne pouvait plus discuter. Ils descendirent de la cellule et partirent en voyage. Lorsque les Chams furent sortis de la pagode, ce bonzil­lon alla inviter le maître à y retourner et l'informa de cette affaire. Alors le maître revint à la pagode et félicita vivement ce novice de son intelligence, cessa de l'appeler bonzillon et le nomma Chi-Méan-Panhnha « Chi-ayant-de-l'intelligence ». Les habitants proches et lointains l'appelèrent par déformation Panhnha-Chi. Par la suite on donna à cette pagode le nom de « pagode de Panhnha-Chi » en usage jusqu'à nos jours.
Pays/territoire : Cambodia
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