dimanche 3 mai 2015

Du nouveau dans la presse francophone

Le Khmer Times et...

Cela a été annoncé à plusieurs reprises via les réseaux sociaux, et cela s'est confirmé. Un nouveau magazine papier, avec une version en ligne,  en français, verra le jour à Phnom Penh partir du 22 mai 2015. D'après ses créateurs, Emmanuel Scheffer et Pierre Gillette, ce sera un document de quatre pages qui sera publié chaque vendredi et encarté au Khmer Times, journal anglophone qui opère dans le royaume depuis un an. Les raisons de cette démarche qui réunit un ancien de Cambodge Soir (P.Gillette) et du Petit Journal du Cambodge ? E.Scheffer explique:

Emmanuel Scheffer
''...L’Hebdo est un supplément en français du Khmer Times appelé à sortir chaque vendredi. L’édition du vendredi est un choix stratégique qui prendra toute sa signification lors du passage du Khmer Times en quotidien à partir du premier juillet 2015. L’Hebdo n’est pas un projet nostalgique de Cambodge Soir, comme pourrait le faire penser la présence de Pierre Gillette, c'est un nouveau concept à part entière. L’Hebdo s’adressera à la communauté française et francophone sans exclusive. L’Hebdo n’aura pas non plus vocation à couvrir les ''hard news'' et s’intéressera aux domaines économiques, culturels et aux sujets de société. Cependant, il n'est pas exclu de traiter l’actualité si on estime pouvoir apporter un angle ou une information supplémentaires.  Pour revenir à Pierre Gillette, j'ai une anecdote : en 2006, j’étais en voyage au Cambodge. J’étais à l’époque rédacteur en chef d’un magazine régional. J’avais pris quelques numéros avec moi et frappé à la porte de Cambodge Soir en disant « voilà ce que je sais faire, c’est mon CV, si vous cherchez un journaliste, je suis disponible ». Cela ne s’est pas fait.  Mais je suis sorti de la rédaction avec la sensation que je travaillerai un jour au Cambodge avec Pierre.  A l’automne 2012, je vivais à Istanbul et tournais un peu en rond. Je relance Pierre, persuadé qu’il serait intéressé par un projet média au Cambodge. Bingo, il planchait lui-même sur un projet. Je prends un billet d'avion et me retrouve six ans après avec Pierre à partager nos passions. J'ai eu le temps de prendre mes marques avec Le Petit Journal du Cambodge pendant deux ans – avec une fin précipitée – un temps où Pierre m’a bien aidé pour comprendre le pays, la vie politique, et à la meilleure façon de créer un nouveau média français.  Nous avons rapidement songé à collaborer avec un média existant. L'idée a été soumise à Jim Brooke, rédacteur en chef de Khmer Times, par ailleurs francophone, qui s'est montré emballé. Tim Mohan, le propriétaire du journal, a aussi validé le projet. Il est d'ailleurs assez cocasse de constater qu’un homme d’affaires malais et un rédacteur en chef américain croient à la pertinence d’un journal en français au Cambodge. C’est peut-être, quelque part aussi à l’image du Cambodge d'aujourd’hui.  La nouvelle de la publication prochaine de L’Hebdo est plutôt bien accueillie dans la communauté française et francophone. Il y a une véritable attente et nous allons tenter d’y répondre. Et, pour conclure sur sur le plan personnel, travailler avec Pierre, un ami et une référence dans le milieu du journalisme francophone au Cambodge, est un immense plaisir. Sans lui, le projet n’aurait pas vu le jour et l’engouement ne serait peut-être pas le même...''

Pierre Gillette, Jim Brooke et Emmanuel Scheffer rencontrent le ministre de l'information, SE Khieu Kanharith
Et après?
La publication d'un nouveau média en français au Cambodge devrait être une bonne nouvelle pour un paysage médiatique qui, depuis la disparition de Cambodge Soir, souffrait d'une certaine disparité et d'initiatives parfois déconcertantes. Seuls quelques-uns sont parvenus, depuis leur première publication, à perdurer et fidéliser leurs lecteurs. Le Petit Journal que dirigeait autrefois Emmanuel Scheffer est toujours et quasi désespérément à la recherche d'un repreneur suite au départ de ce dernier. Les raisons de la rupture sont toutes simples, les contraintes quelques peu iniques de la franchise du Petit Journal ne permettaient pas un flux d'actualité et la production de contenu magazine de bonne qualité. Parmi les autres journaux électroniques, citons Cambodge Post, dont le site est actuellement en refonte, et qui a su préserver son lectorat avec une certaine pertinence et un contenu qui reflète tout-à-fait l'esprit indépendant de sa rédactrice en chef, Krystel Maurice, journaliste professionnelle qui n’hésite pas à se rendre sur le terrain. A mentionner également l'Echo du Cambodge, animé par Marcel Zarca et qui publie, en version papier uniquement, depuis plus d'une dizaine d'années. Ses atouts résident principalement dans son coté pratique, guide des restaurants, carte de Phnom Penh et programmes TV. Enfin, signalons aussi le Cambodge Nouveau d'Alain Gascuel, qui parait en ligne très irrégulièrement mais propose des dossiers abondants sur différents domaines. L'Hebdo vient donc se placer dans une niche partiellement couverte. Ce sera, depuis la fermeture de Cambodge Soir, le seul journal francophone à publier sur papier et en ligne au Cambodge. Quant au tandem Scheffer-Gillette, pourquoi ne fonctionnerait-il pas? Gillette a une expérience plutôt flatteuse dans le royaume, son précédent management dans la presse écrite a permis de former des journalistes khmers qui occupent aujourd'hui des postes clé dans les médias nationaux, presse et télévision. L'annonce de son ''retour'' a suscité bien des commentaires favorables. Quant à Emmanuel Scheffer, l’expérience du Petit Journal lui a permis de se bâtir un réseau non négligeable et, même si nous l'avons parfois malmené sur des questions de forme, sa motivation, sa pugnacité et son énergie forcent le respect. C'est aussi quelqu'un qui n'a pas peur du terrain. 

Les lecteurs
Au milieu de ses projets qui naissant et meurent, subsiste l’essentiel: le lectorat, qui est-il ? Globalement, on distingue les diasporas khmères, en France et aux Etats-Unis, les français qui connaissent un peu le Cambodge, ceux qui y résident, plus communément appelé ''expats'', et, enfin, les khmers francophones d'aujourd'hui et installés dans le royaume. Cette dernière catégorie se retrouve beaucoup chez les élites et officiels et cela a été un élément déterminant, dixit Jim Brooke, dans la décision de la création d'un supplément en français du Khmer Times. A mentionner également dans la catégorie des francophones ces étudiants qui apprennent le français et seraient certainement ravis d'une presse francophone plus abondante et plus originale. C'est là que réside partie du challenge journalistique dans le lancement d'un nouveau journal pour un lectorat qui a en commun la langue française mais n'a pas forcement les mêmes goûts de lecture. Et, cela pose donc aussi la question du challenge économique. Rappelons que la disparition de Cambodge Soir, qui avait pourtant un fort lectorat, fut partiellement liée à ses difficultés à développer des ressources commerciales pérennes, en clair: pas assez d'annonceurs. Il sera donc intéressant de voir l'orientation éditoriale et le style de l'Hebdo et donc, ses capacités à séduire un lectorat assez disparate et, aussi proposer un produit qui puisse plaire aux annonceurs. Nul doute que les fondateurs de l'Hebdo devraient jouer la synergie avec l'équipe du Khmer Times et peut-être, comme l'a souligné avec quelques sarcasmes le Cambodia Daily, profiter des liens privilégiés de son propriétaire.

Bloggeurs
Avec une présence minimale et irrégulière des médias francophones au Cambodge sont apparus ces dernières années pléthore de blogs sur le Cambodge et autres aux méthodes quelques peu singulières, totalement illégales. Si une bonne majorité de blogs sur le pays sont de bonne qualité tels Tirawa, Tokae et bien d'autres, on ne peut que déplorer l'existence d'auto-proclamés journalistes qui ont inondé et pollué le web d'articles concoctés en copiant collant d'autres documents ensuite re-signés de leur nom, sans vergogne et sans scrupules. Tout cela sans la moindre illustration et très souvent illustré de photos volées. La raison pour évoquer ces pratiques? Les journalistes et photographes ont du mal à vendre leurs œuvres. En reproduisant illégalement du contenu, l'auteur est grugé et son travail spolié, le lecteur est aussi grugé car il pense lire une création originale et, rares sont ceux qui vont chercher à connaitre l'authenticité d'un texte.. Si la situation s’éclaircit au Cambodge avec la disparition du plus gros plagieur, on ne peut que regretter l'apparition d'un nouveau dans la foulée, qui, accessoirement n’hésite pas à incorporer des photos qui portent encore le watermark...on croit rêver. La technique de revue de presse ou de traitement d'un article ou d'une dépêche est soumise à des règles bien précises. On ose croire que l'arrivée d'un nouveau média poussera les fraudeurs à se calmer ou que personne ne les lira. 

Avec l'apparition de l'Hebdo, le retour prochain de Cambodge Post et, pourquoi pas, d'autres projets plus modestes et surtout soucieux de l'éthique, il est à souhaiter que le paysage s'éclaircisse et que le lecteur puisse enfin y trouver son compte. En effet, même si la presse réponds a des contraintes économiques, c'est tout de même le lecteur qui fait vivre un journal, avec sa fidélité, ses commentaires, ses impulsions, ses coups de gueule. C’était la force de Cambodge Soir qui, même s'il jouissait d'un certain monopole, savait animer son journal et suffisamment varier ses sujets, suffisamment frôler la polémique pour titiller le lecteur. Quant à Cambodge Mag, plus axé sur la photo et les sujets magazine tout en gardant un fil d’actualité, s'il serait souhaitable de stabiliser la périodicité de ses parutions, nous continuerons à publier, sauf imprévu. Enfin, le Cambodge mérite un bien meilleur traitement en matière de presse locale qu'il n'a eu ces dernières années et nous souhaitons très sincèrement bonne chance à l'aventure Hebdo.

C.G
Crédit photo: Fabien Mouret (1), AKP (2)
Pays/territoire : Cambodia
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