vendredi 29 mai 2015

Dossier Alterasia : Les Philippines vont-elles devenir la poubelle du Canada?


En dépit des protestations et des accusations de violations du traité international, des tonnes de déchets ménagers expédiés du Canada vers les Philippines seront enterrés ou brûlés en Asie du Sud Est. Deux ans après la découverte de déchets illicites par les autorités du port de Manille, et malgré les protestations publiques, le gouvernement philippin autorise le dépôt sur son territoire de tonnes de déchets ménagers et plastiques.

Vendredi dernier – au cours de sa visite officielle au Canada – Benigno Aquino III le président des Philippines a répondu à des journalistes philippins que la question des déchets avait été abordée par les agences exécutives du gouvernement, lorsqu’il était interrogé sur le fait de savoir si le problème ne devait pas être évoqué avec les autorités canadiennes. Il a répondu que les mesures appropriées – soit l’incinération soit l’enfouissement – seraient prises dès le feu vert du tribunal. La déclaration d’Aquino s’est attirée les foudres des associations de défense de l’environnement et de santé publique aux Philippines, qui font depuis plus d’un an pression sur le Canada pour récupérer leurs déchets. Lundi dernier, Aileen Lucero coordinatrice de la coalition à but non lucratif EcoWaste (qui favorise les solutions écologiques pour les déchets, ndt), a fait état de la déception du peuple philippin déclarant qu’Aquino n’avait pas défendu la souveraineté du pays. “C’est une position étrange de la part d’un pays qui doit faire face à un gigantesque problème de déchets et nous le déplorons” a-t-elle ajouté.
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 Les Philippines,  poubelle du Canada? Photo : Basel Action Network (BAN)
La coalition de Lucero et les autres groupes de protection de l’environnement dont BAN Toxics, Greenpeace Philippines et Global Alliance for Incinerator Alternatives, ont exhorté le président, avant son départ pour le Canada à ne pas “cacher le problème des déchets du Canada sous le tapis et de l’aborder avec Stephen Harper, le Premier ministre canadien. Les ONG craignent que la décision annoncée en mars dernier par le ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles (DENR) de disperser les déchets dans les pays, n’ait été influencée par la visite officielle du président, et la question éludée par le gouvernement afin de ne pas nuire aux relations diplomatiques entre les deux pays. Ramon Page, le ministre du DENR a confirmé que c’est ce qui s’est passé. Le mois dernier dans une interview au Philippine Daily Inquirer, il a déclaré que le problème des déchets serait étudié dans un souci de bonnes relations diplomatiques avec le Canada. “On s’en est occupé. Le ministère des Affaires étrangères (DFA) a vivement recommandé un règlement diplomatique”. “Nous continuons de penser que la meilleure solution serait le retour des déchets vers le Canada mais quelles en seraient les conséquences diplomatiques ?”, a-t-il ajouté.

Préalablement à la visite d’Etat d’Aquino, dans un communiqué en date du 4 mars, les organisations philippines ont redouté que cette autorisation d’éliminer localement ces ordures ne crée un précédent qui conduirait à recevoir encore plus de déchets en provenance des pays plus riches comme le Canada – qu’ils accusent d’exercer une “pression indirecte” sur le gouvernement des Philippines en accordant au compte goutte des mesures économiques pour qu’il ferme les yeux sur les violations du traité international d’élimination des déchets. Abigail Aguilar, militante anti-déchets toxiques de l’organisation Greenpeace Philippines, a déclaré que la question des déchets devait être traitée par le gouvernement avec autant d’importance que le travail, l’infrastructure et l’aide au développement. “Il n’y a rien de diplomatique à déverser ses ordures chez une autre nation et à s’attendre en plus à être bien accueillis”, a-t-elle souligné. Les présumés déchets illégaux contenus dans 50 conteneurs d’environ 12 mètres chacun ont été importés en 2013 par la société commerciale philippine Chronic Plastics, en provenance d’un exportateur canadien Chronic Inc. (une société privée de l’Ontario, ndt). Lors de l’inspection, les douaniers ont découvert qu’un grand nombre de conteneurs étaient remplis d’ordures (de déchets mixtes) au lieu des matières plastiques recyclables déclarées par l’importateur.

En février 2014, l’agence gouvernementale a déposé un recours devant le tribunal de première instance contre l’importateur pour tromperie sur la marchandise, violation des codes tarifaires et douaniers et du Control Act de 1990 sur les substances toxiques, les déchets dangereux et les déchets nucléaires, ou loi de la République 6969. “Soit le Canada ment, soit il n’a pas respecté ses engagements vis -à-vis de la convention de Bâle. Dans les deux, c’est un grave manquement.” Jim Puckett, directeur général de Basel Action Network. Au mois de janvier 2015, le DENR a procédé à une évaluation au hasard dans quelques conteneurs et a conclut que les déchets ne présentaient pas de danger particulier et qu’ils pouvaient donc être traités dans le pays aux frais de l’importateur. Selon ses déclarations du 10 mars, le Canada qui tenait à traiter l’élimination de ses déchets aux Philippines, a accueilli favorablement cette offre et expliqué que la question étant d’ordre commercial privé, le gouvernement n’avait aucune capacité légale pour contraindre l’expéditeur à les reprendre. “Aucune législation nationale canadienne ne peut contraindre l’expéditeur à retourner les conteneurs au Canada”

Violations du traité international
Cependant l’ONG Basel Action Network (BAN) accuse le Canada, devant son refus de reprendre ses déchets, de violation de la Convention de Bâle sur le Contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et autres déchets. La Convention de Bâle est un traité international qui protège les pays contre les décharges illégales. Elle a été ratifiée par le Canada et les Philippines. Le 25 février, le BAN avait adressé une lettre au ministère des Affaires étrangères, lui rappelant les clauses de la Convention de Bâle assurément violées par le Canada. L’organisation souligne que les déchets ménagers tombent dans la catégorie “autres déchets” mentionnée dans la loi, et que ces derniers n’ayant pas reçu le consentement ni la notification du gouvernement philippin, ces déchets sont considérés comme “trafic illégal”. Le BAN affirme plus loin que le renvoi des déchets n’a rien d’impossible, aucune obligation ne devait être imposée aux Philippines pour les éliminer, et donne l’exemple d’un cas similaire entre le Royaume-Uni et le Brésil en 2009 dans lequel le Royaume-Uni a pris ses responsabilités et récupéré ses déchets. Dans un communiqué du 31 mars, Jim Puckett directeur général de BAN a condamné le Canada pour avoir enfreint ses obligations légales en tant que signataire du traité. L’affirmation du Canada sur son incapacité juridique à punir l’expéditeur remet les obligations conventionnelles du traité en question. “Soit le Canada ment, soit il n’a pas respecté ses engagements et serait en infraction vis-à-.vis de la convention de Bâle, ce qui serait un manquement.grave “mentionne Puckett.

Une pétition en ligne lancée par les organisations environnementales sur change.org invite le public à soutenir la campagne visant à forcer le Canada à récupérer sa poubelle Selon les militants plus de 25000 signatures dont beaucoup parviennent du Canada ont déjà été récoltées.
Publié dans Cambodge Mag avec l'aimable autorisation d'AlterAsia
Traduction : Michelle Boileau
Source (Medilyn Manibo / Eco-Business) : Philippines lets Canada dump waste 
Pays/territoire : Philippines