vendredi 27 février 2015

Srey Hon, prostituée: Stacey Dooley, la journaliste, m'a grugée

Trafic sexuel, l’incroyable documentaire de Stacey Dooley...suite et fin

Les lecteurs de Cambodge Mag avaient été très nombreux à s'indigner de l'image du Cambodge donnée par la journaliste Stacey Dooley au travers de son documentaire sur le trafic sexuel. Cambodge Mag avait longuement décortiqué les invraisemblances et les aspects caricaturaux développés dans un morceau de journalisme TV plutôt amer (lire l'article). Qu'en est-il de l'histoire aujourd'hui ? Qu'est devenue Srey Hon, la victime ''vedette'' et secourue par Stacey Dooley? RIEN. Srey Hon n'est pas sortie de la rue, Srey Hon n'a jamais eu de nouvelles de sa journaliste ''bienfaitrice'', Srey Hon se vend entre les allées du Sorya et du bar Walkabout. Nous l'avons revue et interrogée sur son aventure cinématographique.

Srey Hon aujourd'hui, quatre ans après son reportage avec la journaliste vedette, 
Stacey Dooley, rien n'a changé malgré les promesses.

En ce mardi de février, la chaleur assomme Phnom Penh et sa rue Pasteur à peine animée de quelques soiffards et filles de joie qui traînent dans les brasseries alentours et sur la vilaine terrasse du bar-repère ''Walkabout''. A quelques centaines de mètres de là, en direction du Phsar Thmey, nous reconnaissons Srey Hon et sa silhouette frêle utilisée et réutilisée  par la documentariste de la BBC, Stacey Dooley, il y a quatre ans. Srey Hon sourit mais pour quelques secondes seulement, la conversation banale et polie tourne vite sur ses problèmes, elle raconte: ''Depuis la naissance de mon troisième enfant, une petite fille, je n'ai jamais travaillé, à l'exception de la rue. Je travaille la journée dans les alentours du Walkabout et la nuit, dans le bar même. Le père des enfants joue et boit et disparaît de ma vie régulièrement, je ne peux pas faire face, ...At min loï...''

Srey Hon aujourd'hui
Evidemment, nous lui demandons ce qu'est devenue la formation d’esthéticienne promise par Stacey Dooley qui avait ponctué son reportage de remarquables crises de larmes à l'énoncé de la vie de Srey Hon. La jeune femme se fige, puis s'agite: ''Je suis en colère, très en colère, Stacey Dooley m'avait d'abord promis de me dédommager pour apparaître dans son film. Puis au fil des jours, elle s'est désistée pour m'expliquer ensuite que la production ne pouvait payer ses intervenants extérieurs. Elle m'avait dit alors, qu'en alternative, j'aurais une formation dans la beauté et qu'elle suivrait de près mon parcours. Je n'étais pas folle de joie mais c'était mieux que rien. Après dix ans de prostitution, je me suis dit que je pourrais sortir de là et vivre à peu près normalement, sans me vendre, sans me droguer.'' 

Srey Hon explique ensuite qu'elle a attendu des nouvelles de Stacey Dooley, un mois, deux mois, un an...la journaliste a disparu du Cambodge une fois son documentaire chèrement vendu à la BBC. Le coordinateur promis pour gérer la réinsertion de Srey Hon n'existe pas, la formation n'existe pas, l'espoir de Srey Hon subit le même sort: ''...tu sais, se vendre n'est pas drôle, mais on se fait une raison. Par contre, quant on te donne de l'espoir d'en sortir et qu'on te laisse tomber, c'est abominable. Lorsque j'ai compris que j'avais servi de sujet pour un film et qu'on m'a laissé tomber comme une traînée après tant de promesses, j’étais assez désespérée. Je suis allée voir la police, peine perdue, que peuvent-ils faire contre une promesse non tenue avec une blanche qui travaille si loin et qui est si connue ? Pire, mes copines de travail ne me croyaient pas quand je leur disais que je n'avais rien touché et elles me demandaient de leur prêter de l'argent quand la période de paiement du loyer arrivait. Elles ne me croyaient pas, se fâchaient et me mettaient à l'index. Dans quelques jours, je dois payer mon loyer, je ne sais pas si je pourrais...il y a quatre ans, on m'a promis que cela n'arriverait plus...''

Srey Hon en compagnie de Stacey...
Les lecteurs de Cambodge Mag sont toujours sensibles à ce type d'histoire qui est le lot de trop de jeunes filles perdues. Chacun fera son analyse quant à l'attitude de Stacey Dooley. Nous ne prétendons pas apporter ni même suggérer de solution ou d'alternative viable quant au destin de Srey Hon qui semble bien sombre, s'il y a des associations sérieuses connues de nos lecteurs et susceptibles de lui venir en aide, ne pas hésiter à faire passer l'information.
Pays/territoire : Phnom Penh, Cambodia
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