lundi 19 janvier 2015

La vie sur les plantations Michelin

Indochine, les plantations Michelin

Ouvrage fort intéressant de F. Graveline "Des Hévéas et des Hommes, l'aventure des plantations Michelin ", édition Nicolas Chaudun, paru en 2006. Les textes présentés ici sont extraits de cet ouvrage, ainsi que quelques photos.
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Après des essais infructueux au Brésil et beaucoup d'hésitations, les frères Michelin décident de créer 2 plantations en Indochine. La décision est prise en 1925, soit très tardivement par rapport aux autres plantations. Celles ci ne voient pas d'un très bon Neil l'arrivée de Michelin, aux moyens financiers considérables et aux pratiques bien plus orthodoxes que celles en vigueur à cette époque là en Indochine...
Plantation Michelin ; Laboratoire / Usine d'essai pour traitement des gommes. Salle de manipulation.
Le recrutement
"Pour recruter des coolies, c'est pas compliqué. On les embobine avec rien, les nha qué (paysans). De belles photos de plantations ou on voit les villas des assistants, les automobiles, les jardins. Des coolies bien habillés aussi, photo prise, bien sur, le jour de la distribution de vêtements. Ah, j'oubliais le plus important, une photo de la paye avec une table pleine d'argent. Ca, ça leur fait de l'effet. Ensuite tu enchaînes avec le salaire : 0,40 piastre par jour. Tu parles si c'est le Pérou pour eux qui sont habitués à toucher 15 sous. Bien sur, tu oublies de leur dire que la vie sur la plantation est très chère. Tu oublies aussi qu'avant de saigner les hévéas - un jeu d'enfant - il faudra commencer par abattre la forêt vierge.. Oublier, ce n'est pas mentir. Et là, si tu sens quelque réticence, tu abats ton atout maître. Le coolie perçoit une avance de 10 piastres. Tu leur montre la monnaie et ils signent sans réfléchir, ces bêtes là. Une fois engagé, tu leur préléves deux ou trois piastres pour les frais. Ce n'est pas vrai, bien sur. Ils ne le savent pas et ne vont pas se plaindre. A qui d'abord ? à moi, c'est des coups de canne que je leur rendrais. Comme tu touches déjà normalement deux piastres par coolies, tu vois le bénéf. C'est qu'on a besoin d'un petit matelas pour payer les passe droits, les arrangements entre amis. Quitte à faire du chiffre, moi j'embauche tout le monde, les malades, les toufiané, les vieux comme le reste. La visite médicale est surtout une histoire de feuille tamponné. Après, si le commanditaires se plaignent là bas à Saigon, je leur raconte que c'est le voyage en bateau, que les coolies sont rares ou que mes concurrents viennent de recruter dans ce secteur. Il faut savoir varier les explications. Ils ont besoin de moi de toute façon."
Jour de paye ("Des hévéas et des hommes")
Commentaires de Michelin :
"Nous recevons des coolies venus sous un faux état civil, pour se soustraire à la justice, ou croyant arriver dans un pays ou ils vivront bien en ne travaillant pas beaucoup ; des coolies déçus ou soupçonneux, ayant le sentiment d'avoir été roulé par les recruteurs et l'impression de se retrouver dans un bagne plutôt que dans une plantation ou ils pourront vivre heureux. Ils sont non préparés aux travaux que nous leur demandons. Des coolies affaiblis par une longue sous alimentation, tristes (cela se conçoit, car ayant abandonné leur village, leur familles, les tombeaux de leurs ancêtres). Certains sont mêmes de véritables déchets ayant échappé à la visite médicale et totalement incapable de travailler. Ils sont souvent dépravés (opiomanes, filles publiques, paresseux) n'ayant qu'une idée : déserter pour aller à Cholon. Deux conclusions s'imposent : recruter un recruteur digne de confiance, ce qui prendra du temps au vu des pratiques de la colonie. En attendant, faire au mieux avec les coolies reçus : les plus robustes sont envoyés à Thuan Loi, les autres à Dautieng. La charge de travail des nouveaux est réduite de 40% et graduellement augmentée pendant 4 mois jusqu'à atteindre un niveau normal. Il est primordial de les rassurer, de leur dire qu'ils seront bien traités, bien soignés. Qu'on les ramènera au bout de 3 ans dans leur village avec un petit pécule mais que, sur le millier de Tonkinois déjà arrivés, la plupart veulent rester ici pour toujours. Et qu'ils sont mieux ici qu'ailleurs." 
Pays/territoire : Vietnam
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