vendredi 24 juin 2016

George Groslier, La Route du Plus Fort, 1925

Ce roman, paru en 1925, avait été précédé par un autre roman "Le retour à l'argile" (édition originale Emile Paul, 1920), couronné par le Grand Prix de la Littérature Coloniale. Le sujet majeur de la littérature de cette époque reste l'amour qui pousse un européen vers une asiatique, et les questions que pose cette attirance. Dans "La route du plus fort", Groslier montre comment la petite épouse du résident lui permettait de connaître et de comprendre intimement le pays et ses habitants (au Cambodge, dans le cas présent). Cette approche esthétique, qui rappelle le rôle de Groslier, fondateur du musée de Phnom Penh en faveur de l'art Khmer, est aussi un véritable plaidoyer en faveur de l'encongayement, ou de l'indigénisation.


Extraits 

La demande en mariage ..."Vétônéa, belle fille à l’écharpe couleur « graisse de crabe », je te prends à partir d’aujourd’hui pour épouse. Je te donnerai 45 piastres par mois. Voici, ici, deux chambres et là, une autre, pour se laver. Tu vois, là bas à l’Ouest, l’escalier. Il conduit à une porte par laquelle tu entreras et sortiras à ton gré. Voilà ton domaine. Tu pourras y dormir, fumer, coudre, tresser des fleurs, prendre ta douche 10 fois par jour et recommencer. Bien entendu, tu ne cracheras pas par terre et tu ne chiqueras pas de bétel. Tu pourras chiquer le bétel dehors, à condition que je ne m’en aperçoive pas et que tes dents restent blanches. Tu comprends ? Bien ! Ca n’est pas difficile à comprendre. Maintenant, il est absolument défendu d’aller ailleurs qu’ou je t’ai dit. Même lorsque la maison sera vide, interdiction de passer par les grands escaliers, de traverser les autres pièces, de te montrer dans les salons, de paraître aux fenêtres de la façade. Si tu désobéis, la premières fois, je te rappellerai ces prescriptions, la deuxième je te punirai, et la troisième, nous divorcerons. Tu comprends aussi cela ? Çà n’est pas plus compliqué que le reste. 




Ta mère est une honorable femme et je l’aime beaucoup. Voilà deux cents piastres que tu vas lui donner en la priant de quitter Sangkè et d’aller, par exemple, à Kralanh. J‘enverrai au Gouverneur des instructions afin qu’il lui donne un petit terrain et lui construise, à mes frais, une paillote. Vétônéa joignit mes mains, les éleva à hauteur de son front. Ternier continua : - ne me remercie pas. Celui qui honore ses parents, s’honore lui-même. Ta mère va donc aller à Kralanh. Elle y sera bien et surtout vivra à 80 kilomètres d’ici, car notre mariage comporte une nouvelle et dernière condition : je ne veux pas que défile à la résidence toute la province, de vieilles bonnes femmes chaque jour renouvelé et qui seront toujours tes tantes et des gamins de toutes tailles, invariablement tes petits frères. Cela, c’est pour ton bien, d’ailleurs, et t’évitera beaucoup de soucis.

- Voilà. Ton intérêt est de te tenir tranquille et tu seras heureuse. Regarde, c’est beau ici, grand. Fumer une cigarette sur ce lit vaux mieux que d’aller pêcher des anguilles dans la vase, au soleil. Si tu es gentille, je t’achèterai des sampots, une ombrelle en dentelle, des parfums et un sac à main, tout ce que tu voudras. Véténoa, fille chérie, je te trouve belle. Je t’aime déjà beaucoup. Veux tu, maintenant que je t’ai parlé et que tu connais tout, rester avec moi ?"


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