vendredi 9 janvier 2015

Attentat contre Charlie Hebdo : les réactions en Asie

Charlie Hebdo, réactions en Asie


Les réactions se multiplient en Asie au lendemain de l’attentat islamiste contre le journal Charlie Hebdo à Paris. Si les condamnations sont unanimes, elles reflètent parfois des préoccupations locales. 


Au Cambodge, Samdech Hun Sèn condamne la fusillade à Charlie Hebdo
Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sèn, Premier ministre du Royaume du Cambodge, a condamné l’attentat meurtrier survenu mercredi dans les locaux du journal français Charlie Hebdo à Paris. “Je suis horrifié et indigné par l’attentat meurtrier survenu ce mercredi 7 janvier à Paris dans les locaux du journal français Charlie Hebdo qui a fait de nombreuses morts et blessés et causé un énorme traumatisme au people français”, a dit Samdech Techo Hun Sèn dans sa lettre du 8 janvier adressée à Manuel Valls, Premier ministre de la République française. “Le Cambodge condamne avec la plus grande fermeté cet acte odieux et lâche. Cet acte barbare d’une extreme gravité est aussi une attaque contre la démocratie et la liberté de presse”, a-t-il souligné. Le chef du gouvernement royal a aussi présenté ses profondes condoléances aux victimes et à leur famille dans la terrible épreuve qui les touche. Par C. Nika. AKP

En Inde, tous les quotidiens sans exception font leur Une sur le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo.La télévision indienne passe en boucle les images de l’attaque, ainsi que des hommages rendus dans toute la France à des caricaturistes et journalistes jusque là totalement inconnus du public indien. « Il est temps d’affirmer tous ensemble que la liberté d’expression est un droit de l’homme fondamental, écrit l’éditorialiste du Times of India de ce 8 janvier. Et cela inclut le droit de critiquer toute religion quelle qu’elle soit. » Dans un billet publié ce matin, Mohd Asim, musulman, éditorialiste de la chaîne de télévision nationale NDTV, réagit avec force. « Les caricaturistes sont morts mais c’est le Prophète de l’islam qui a été caricaturé, humilié et diminué (...). Ma peine est démultipliée par le fait que les auteurs de cette barbarie prétendent avoir agi au nom de la foi qui est la mienne (...). Les assaillants ont hurlé « Nous avons vengé le Prophète » en criblant de balles la rédaction du magazine. Chacune de ces balles a en réalité tué le Prophète cent fois. Ces caricaturistes et journalistes qui resteront toujours en vie dans nos mémoires sont des martyrs de la liberté d’expression, alors que les taches de sang qui ont sali l’image du Prophète, seront difficiles à nettoyer. » Dans l’Hindustan Times de ce jour, les dessinateurs de presse rendent hommage à leurs « collègues » français par des caricatures publiées sous les mots : « Now, all we can do is say #JeSuisCharlie ». Les caricatures des dessinateurs de presse, comme celles de Neelabh Banerjee du Times of India ou encore de Satish Acharya, publiées sur son compteTwitter quelques heures après l’attentat (voir photo ci-dessus), ont été rediffusées des milliers de fois sur les réseaux sociaux indiens. Le gouvernement indien a quant à lui réagi immédiatement, faisant part de « sa condamnation d’un acte terroriste injustifiable ». Le ministre des Affaires étrangères Sushma Swaraj a écrit à son homologue Laurent Fabius pour l’assurer que « l’Inde était aux côtés de la France dans sa lutte contre le terrorisme ». Le Premier ministre indien Narendra Modi a twitté un message de soutien moins d’une heure après les faits : « Attaque condamnable et inqualifiable à Paris. Notre solidarité au peuple de France. Mes pensées vont aux familles de ceux qui ont perdu la vie. »

Mais sans doute plus révélateurs sont les commentaires qui, depuis 24 heures agitent la Toile et par milliers, affluent sur les sites des journaux comme celui du Times of India. Certains internautes désignent l’attentat terroriste en France comme une preuve supplémentaire de « la barbarie des musulmans », tandis que d’autres n’hésitent pas à se prononcer ouvertement en faveur de l’attentat. S’opposant en effet aux nombreux internautes musulmans qui condamnent « un acte qui n’a rien à voir avec l’islam », ces derniers revendiquent « le devoir de tout musulman de convertir ou tuer les infidèles (kafir) ». L’un d’entre eux, un certain Haji Mohd Haneef, se réjouit de ce que « désormais, plus personne ne se moquera ni du Prophète ni des sentiments des musulmans ».

En Malaisie, pays à majorité musulmane où les minorités religieuses et ethniques peinent à faire entendre leur voix, le personnel politique est unanime pour condamner « les assassinats horribles » commis à Paris. C’est ce qu’a exprimé le leader de l’opposition Anwar Ibrahim dans un message de condoléances aux familles des victimes. Anwar Ibrahim a aussi appelé les oulémas et les leaders musulmans de Malaisie et du monde entier à dénoncer « dans les termes les plus vigoureux » les actes de terrorisme commis au nom de l’islam. Le Premier ministre Najib Razak, via son compte Twitter, s’est quant à lui déclaré « uni avec le peuple français ».Cherchant depuis plusieurs années à promouvoir sur la scène internationale l’image d’une Malaisie où une majorité musulmane cohabiterait sans difficulté avec ses minorités religieuses, il a ajouté : « C’est par la promotion de la modération que nous combattrons l’extrémisme. » La seule voix discordante au sein du personnel politique est venue de l’ancien Premier ministre Mohamad Mahathir, figure majeure de la Malaisie contemporaine, qui a estimé que, si des musulmans en venaient à tuer, c’est parce qu’ils se sentaient insultés. « Ce sont les – mauvaises – provocations de Charlie Hebdo qui amènent à tuer », a-t-il affirmé ce 8 janvier.

En Indonésie, pays qui a eu à connaître de graves attentats terroristes, notamment les attentats de Bali du 12 octobre 2002 (202 morts et 209 blessés), la police a reçu instruction du gouvernement de renforcer la sécurité et les patrouilles devant les bureaux des principaux médias à Djakarta. Un porte-parole de la police a précisé que les médias concernés étaient ceux qui couvraient plus particulièrement l’actualité liée aux affaires de terrorisme et à celle de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, que ces médias publient ou non des caricatures dans leurs colonnes.

A Hongkong, le South China Morning Post publie en Une avec une photo des deux terroristes achevant à terre un policier, sous le titre ‘Douze morts lors d’une attaque terroriste ciblant un magazine’. Le journal anglophone reproduit les dessins de presse parus un peu partout dans le monde par des caricaturistes de presse.
Avec l'aimable autorisation d'Eglises d'Asie
Pays/territoire : Asia
Enregistrer un commentaire