mardi 30 décembre 2014

Somaly Mam, phœnix au goût amer

Somaly Mam, le phœnix 

Depuis l’annonce de la création du Somaly Mam Fund, qui n’est pas une surprise, le projet est en gestation depuis quelques mois et avait déjà été annoncé, chacun y va de son petit couplet, pro Somaly, anti-Somaly, parfois donneur de leçons. Soudain, elle redevient d’actualité.

Somaly Mam, photo J.Prieto
Si la résurrection programmée de l’ex diva de l’humanitaire n’est qu’une demi-surprise, elle montre à quel point la dame n’a pas froid aux yeux et entend bien retrouver, au moins en partie, la place qui était à la sienne avant les révélations de Newsweek. En cela, il ne faut pas lui enlever un certain cran et une ténacité surprenante. Il n’est pas certain que Somaly Mam ait totalement calculé seule son retour. A ses cotés agit la consultante Rigmor Schneider, une américaine au CV très américain justement. Sa spécialité consiste à optimiser les ressources humaines, mettre en valeur vos qualités...bla bla. Oui, Rigmor fait du coaching, cette pseudo nouvelle science qui n’en n’est pas une, dont les américains raffolent : le principe consiste à étaler vos ennuis, à les mixer dans un tas de formulaires d’évaluation, à tirer des statistiques, à jeter tout cela dans un Mac à tout faire en attendant les résultats. Pour Somaly Mam, qui représente encore un potentiel de vente, entendez attirer de nouvelles subventions, Rigmor a écouté ou lu le rapport de son petit Hal Odyssée n’importe quoi qui lui a pondu la marche à suivre : Après la tempête le calme...Laissons la marmite exploser, laissons diaboliser et allons à la reconquête. La technique est simple, éprouvée, et cela marche. De nombreux hommes politiques impliqués dans des scandales programment déjà leur retour parfois avant même la révélation du scandale, Et cela marche. Dans le cas Somaly, un coacher débutant s’en serait sorti. Ébranlée dans son image par les révélations de Newsweek, finalement assez peu relayées par la suite, Somaly la communicante n’a rien dit pendant quatre mois à l’exception de quelques photos et déclarations cliché sur les réseaux sociaux. Puis est arrivée la pseudo journaliste de Marie Claire qui est allée se promener dans le village natal de Somaly Mam et a réussi à obtenir aveux et rétractations des proches de Somaly. Bravo, en moins de 48 heures… et les fantassin(e)s étaient prêtes via le web et les féministes pures et dures ont embrayé sur cette nouvelle donne, assez peu professionnelle, voire pitoyable, pour s’insurger haut et fort de la cabale contre Somaly et aller même jusqu’à accuser les journalistes de Newsweek de n’être que des conspirateurs pédophiles…ben voyons. 
l'article d'Abigail Pesta....
La reconquête est lancée, relayée ensuite par le magazine local Globe Se et pléthore de conférences de presse aux Etats Unis. Les quelques protestations qui s’élèvent ne sont même pas prises en compte, le leitmotiv ne doit pas avoir de faille, et tient en quelques mots : Somaly est une victime et doit retrouver sa place. La consultante Rigmor joue aussi la dilution, alors que le monde balance chaque jour tant de nouvelles alarmantes ou rendues alarmantes pour faire du lectorat, le cas Somaly passionne moins, le terrain est allégé de quelques mines. Le gouvernement Cambodgien  qui avait signifié son refus de voir Somaly travailler au Cambodge, n’a toujours pas réagi, et, devrait-il ? Le tandem Gilmor / Mam prévoit une structure de fonctionnement au sein de laquelle la nouvelle ONG ne ferait que financer des abris pour les victimes du trafic sexuel. Comprenez en clair que les deux acolytes vont faire du fundraising aux Etats-Unis et envoyer quelques miettes aux programmes locaux, probablement. Cette semaine, le ‘’journal Le Monde’’, autrefois connu pour être réactif et relativement neutre dans ses traitements type reportage, refait la saga Somaly en impliquant son ex-mari Pierre Legros. Le cas Legros est intéressant car il déjoue les pronostics. Là où l’on pouvait s’attendre à un esprit revanchard, il n’en n’est rien ou presque rien. Malgré de longues années difficiles après la rupture avec la belle qui lui a probablement fait baver des ronds de chapeaux, Pierre Legros a gardé sa tête sur les épaules et ne jette pas le flot de haine et de rancœur que les écrivaillions inspirés Voici ou Closer attendaient. L’homme fait preuve d’un sang froid qui peut forcer l’admiration, nous l’avons suffisamment interviewé et consulté pour comprendre que Pierre Legros n’est pas que ‘’L’ex  mari’’. Vrai aussi que les médias ont largement occulté sa part de travail, gigantesque, dans le traitement des dossiers et le fonctionnement de l’Afesip du temps de sa splendeur. Et, du temps des outrages, Pierre Legros n’a jamais omis de mentionner qu’il avait contribué à l’essor médiatique de Somaly. Et la perte de contrôle ? Qui pouvait gérer cela ? Le monde politique nous donne des exemples quasi quotidiens de perte de contrôle et de mauvaise conduite. Si la recette existait pour éviter les dérapages, il suffirait de l’appliquer, et le contexte narcisse-exotique infligé par Somaly n’a certainement pas contribué à une rupture tendre. 
Pierre Legros, la revanche n'est pas sa tasse de thé, mais il dira peut-être ce qui doit être dit
Alors, au lieu de se répandre sur un homme, qui n’est qu’un homme, qui n’a peut-être pas dit son dernier mot, les journalistes devraient lancer les vrais débats et poser les bonnes questions: Somaly doit-elle être punie pour les abus au sein de l’Afesip ? Doit-on pardonner au regard du travail accompli ? Doit-on lancer un débat sur les ONG et leur fonctionnement? Quid de l’audit financier qui devait être publié en Novembre dernier? Autant de vraies questions soigneusement occultées par Rigmor qui déclare ‘’l’incident clos’’. Cela au moins a le mérite d’être clair mais donne un peu froid dans le dos. Somaly Mam devrait s’expliquer sérieusement, elle y gagnerait et en sortirait peut-être grandie, curieux que la magicienne Rigmor n’y ait pas pensé…CG
Pays/territoire : Cambodia
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