lundi, juillet 17, 2017

Cambodge : Lina, vendue à 14 ans, témoignage

A l'occasion des récents séminaires tenus à Phnom Penh et Hanoï, tentant de trouver des solutions quant aux risques de développement du tourisme sexuel, nous remettons à la une l'histoire de Lina, non pas victime d'un touriste, mais du trafic de jeunes filles vierges, un autre fléau aux conséquences tout aussi désastreuses. Lina avait accepté de témoigner à visage découvert.

La jeune Lina fait partie de cette génération de jeunes cambodgiennes, nées dans un pays qui se relève peut-être de son passé et connait une croissance économique impressionnante. Elle naît dans un village de Prey Veng au sein d’une famille modeste, elle a deux frères aînés. Lina suivra l’école jusqu’à l’âge de 12 ans alors que ces deux frères moins disciplinés commencent à faire l’école buissonnière, consommer et revendre de la drogue. Ils vendent du Yaba, ce résidu d’amphétamines destructeur, mélangé parfois avec de la poudre d’anti-moustiques et vendu 10 000 riels la dose. A plusieurs reprises les frères feront quelques séjours en prison. Après chaque retour, ils deviennent brutaux, réclament de l’argent que la famille ne peut pas donner. La mère, effrayée et sans le sou va décider de faire appel à un intermédiaire connu dans le village, et vendre la virginité de sa fille.

Lina, vendue à 14 ans
Lina a 14 ans. Elle sera vendue une semaine à un riche chinois pour 1400 dollars US, 700 dollars iront à la famille, 700 iront à l’intermédiaire. Cette rentrée d’argent ne résoudra rien, au contraire. Poussée par ses deux frères, elle doit ramener plus d’argent. Lina s’en ira pour Phnom Penh et partira trop rapidement dans le cycle de l’argent apparemment facile, mais vite dépensé avec les tentations de la capitale. Lina découvre l’éphémère, le Smartphone, les malls. Lina a du caractère, elle apprend très vite l’anglais, le Chinois, mais ne parvient pas à trouver un emploi qui la fera sortir de cette activité qu’elle n’aime pas. Elle subit en se disant que ça ira mieux un jour. Lina réussira même à trouver un petit ami cambodgien qui a une vingtaine d’années. Il l’aime bien mais n’arrive pas à la respecter et ne cherchera pas non plus à la sortir de son activité. L’histoire finira bêtement, il partira conter fleurette avec une de ses copines de bar.

Lina, vendue à 14 ans
En 2010, avec un peu d’économies, Lina retourne dans son village et travaille dans les rizières pour les récoltes. Cela ne durera que six mois, le salaire est trop faible, ses frères lui maintiennent la pression et lui prennent tout son maigre salaire, elle retourne à Phnom Penh pour traîner à nouveau dans les bars. ''...Je gagne dans un bar, en une soirée,  l'équivalent d'une semaine dans les rizières...'', confiait-elle.

L’histoire de Lina est celle de nombreuses provinciales qui tentent l’aventure d’une meilleure vie à Phnom Penh ou tombent entre les filets des rabatteurs de jeunes filles vierges pour riches asiatiques qui pensent qu'un rapport avec une vierge les rend fort et les protège du sida...Qu]est-elle devenue aujourd’hui ? peut-être est-elle partie avec un étranger, peut-être continue-telle de se prostituer ? Cette histoire illustre bien tristement le sort de ces jeunes filles qui peuvent être victimes de ce marché infâme de consommateurs d’enfants. Le sentiment en est plus amer lorsqu’il touche une jeune fille, intelligente et pleine d’énergie qui avait probablement toutes les qualités pour réussir. Pendant tout l’entretien, Lina a gardé la tête froide, les larmes n’ont coulé qu'une seule fois, à l'évocation de ses 14 ans, qu’elle n’a eu qu’une fois, ou jamais...


Pays/territoire : Cambodge
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