jeudi 23 juin 2016

Lina, vendue à 14 ans, témoignage

La jeune Lina fait partie de cette génération de jeunes cambodgiennes nées dans un pays qui se relève peut-être de son passé et connait une croissance économique pérenne. Lina naît dans un village de Prey Veng au sein d’une famille modeste, elle a deux frères aînés. Lina suivra l’école jusqu’à l’âge de 12 ans jusqu’à ce que ces deux frères moins disciplinés commencent à faire l’école buissonnière, consommer et revendre de la drogue. Ils vendent du Yaba, ce résidu d’amphétamines destructeur, mélangé parfois avec de la poudre d’anti moustiques et vendu 10 000 riels la dose. A plusieurs reprises les frères feront quelques séjours en prison. Après chaque retour, ils deviennent brutaux, réclament de l’argent que la famille ne peut pas donner. La mère, effrayée et sans le sou va décider de faire appel à un intermédiaire connu dans le village, et vendre la virginité de sa fille.

Lina, vendue à 14 ans
Lina a 14 ans. Elle sera vendue une semaine à un riche chinois pour 1400 dollars US, 700 dollars iront à la famille, 700 iront à l’intermédiaire. Cette rentrée d’argent ne résoudra rien à terme, au contraire. Poussée par ses deux frères, elle doit ramener plus d’argent. Lina s’en ira pour Phnom Penh et partira trop rapidement dans le cycle de l’argent presque facile, vite dépensé avec les tentations, Lina découvre l’éphémère, le Smartphone, les malls. Lina a du caractère, elle apprend très vite l’anglais, le Chinois, mais ne parvient pas à trouver un emploi qui la fera sortir de cette activité qu’elle n’aime pas mais subit en se disant que ça ira mieux un jour. Elle réussit même à trouver un boyfriend Khmer qui a une vingtaine d’années. Il l’aime bien mais n’arrive pas à la respecter et ne cherchera pas non plus à l’aider. L’histoire finira bêtement, il partira avec une de ses copines de bar.

Lina, vendue à 14 ans
En 2010, avec un peu d’économies, Lina retournera dans son village et travaille dans les rizières pendant la mousson. Cela ne durera que six mois, le salaire est trop faible, ses frères lui maintiennent la pression, elle retourne à Phnom Penh pour traîner dans les bars. L’histoire de Lina est celle de nombreuses provinciales qui tentent l’aventure d’une meilleure vie à Phnom Penh. On ne sait pas ce qu’elle est devenue aujourd’hui, peut-être est-elle partie avec un étranger, peut-être continue –telle de se prostituer ? Cette histoire appelle forcement à réfléchir sur le sort des laissées pour compte du développement et sur ce marché infâme de consommateurs d’enfants. Le sentiment en est plus amer lorsqu’il touche une jeune fille, intelligente et pleine d’énergie qui avait probablement toutes les qualités pour réussir. Pendant tout l’entretien, Lina a gardé la tête froide, les larmes n’ont coulé qu’au souvenir de ces 14 ans, qu’elle n’a eu qu’une fois, ou jamais...


Pays/territoire : Cambodge
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