mercredi 26 novembre 2014

Le joueur survivant

Sarun, rescapé, tennisman et artiste
Sarun, un des trois joueurs qui a survécu aux khmers rouges
Cet homme de 71 ans qui a le corps d’un athlète de 40 est un survivant. Sarun faisait partie des 40 joueurs professionnels et semi professionnels dans les années soixante, période durant laquelle le tennis cambodgien a connu son apogée. A l’arrivée des khmers rouges, Sarun a vu toute sa famille se faire massacrer et il n’a du la vie sauve qu’à sa présence d’esprit. Il s’est caché, a détruit toutes ses pièces d’identité et joué l’ignorant. ‘’J’étais aussi soldat dans l’armée, si les khmers rouges avaient su cela, ils m’auraient exécuté sur le champ. Joueur de tennis et officier…je n’y aurais pas échappé. J’ai eu tout de même très peur, un khmer rouge n’était pas convaincu et m’a demandé pourquoi j’avais un corps d’athlète. Je lui ai répondu que c’était naturel, je n’étais pas un sportif, je n’étais personne. Il m’a alors dit que si je voulais, je pourrais aller enseigner le sport dans les campagnes. Je me suis méfié, j’ai répété: Non ne suis rien''. Aujourd’hui, alors qu'il ne reste que trois survivants de l’age d'or du tennis cambodgien, Sarun vit de l’enseignement du tennis entre leçons particulières et entrainement des jeunes. Le ‘’coach’’ a une santé étonnante et continue de disputer parfois quelques matchs pour le plaisir. A 71 ans, Sarun pourrait encore facilement évoluer en début de troisième série. Son jeu n’a pas de punch mais ses trajectoires sont à 2 cm des lignes et pas plus au dessus du filet. Sarun a un toucher de balle et un sens de l’anticipation qui rappellent qu’il a évolué dans le groupe B de la Coupe Davis. Tels un Panatta ou un Mecir, Sarun semble caresser la balle et la diriger comme bon lui semble et, pour ceux qui, fatigués de longs rallies, tenterait d’abréger avec une amortie, Sarun anticipera et la punition sera imminente. Un grand artiste, un grand joueur, respect.
Pays/territoire : Cambodge
Enregistrer un commentaire