jeudi 4 septembre 2014

Trafic sexuel, l'incroyabe documentaire de Stacey Dooley...

Stacey Dooley va au Cambodge

Elle a fait du trafic humain et de la prostitution son fonds de commerce. Productrice d’un show pour la BBC ‘’Stacey Dooley enquête’’, la journaliste britannique de 27 ans aime à parader en compagnie de victimes qu’elle recrute, squattant la caméra avec ses regards de Mary Poppins sous les tropiques prête à rendre un sourire et une vie avec sa baguette magique. Affligeant, pathétique et presque malsain, la ‘’journaliste’’ livre un documentaire truffé d’égo et d’approximations sur la prostitution au Cambodge.

Mis en ligne récemment, le documentaire ‘’ trafic sexuel au Cambodge’’ produit en 2010, a suscité quelques commentaires bien acides vis-à-vis d’une journaliste dont les méthodes peuvent rappeler celles d’une autre chouchou des médias au cœur d’un récent scandale. Le documentaire de 52 minutes joue la carte du misérabilisme absolu, Phnom Penh est décrite comme un gigantesque bordel qui se résume à une visite rapide et de nuit dans la rue 51 dite rue des bars. Accompagnée d’une ‘’amie’’, Stacey ouvre ses grands yeux mièvres quand on lui annonce que le chiffre d’affaire de la prostitution dans ce quartier est de 500 000 dollars par jour. A se demander comment on peut obtenir des statistiques aussi lourdes et aussi précises dans un secteur où tout se règle en cash.  Vrai que la rue 51 de Phnom Penh est une rue ‘’chaude’’, mais de là à ce qu’il y ait ce montant de transactions en une nuit, cela semble sensiblement peu réaliste. Peu importe, Marie Poppins Stacey décide d'informer avant d’enrayer le mal, recrute une victime et, sans aucun doute, traficote son histoire. Elle nous présente Alang, 18 ans aujourd’hui, vendue à 13 ans  puis à 14 ans, puis violée par des centaines d’hommes, parfois à même l’allée piétonne de Riverside…’’ avec des maquereaux qui tiraient des coups de feu en l’air, en pleine ville,  si elle ne se soumettait pas…’’ authentique, c’est dans le film...Une histoire débitée, pratiquement récitée par Alang devant une journaliste qui fond en larmes, pas trop vite et en faisant attention à ce que la caméra capte bien  les yeux rouges et la douleur de cette pauvre occidentale naïve qui découvre l’horreur de la prostitution. 

Stacey Dooley enquête...

L’histoire d’Alang livrée à cette nouvelle fée venue d’Angleterre est bien différente de ce qu’on lui a certainement demandé de raconter. Alang s’appelle en réalité Srey Hon, au moment du film, elle a déjà 25 ans, pas 18. Srey Hon aka Alang, se prostitue en free lance. Vrai, Srey Hon n’a pas eu une vie toute rose. Originaire de Oudong, elle grandit au sein d’une famille pauvre, son père décédera à son adolescence et sa mère aura alors deux autres sœurs avec un nouveau compagnon mais ne soutiendra jamais Srey Hon ni ses deux sœurs. Srey Hon se trouvera un petit copain, aura deux enfants, mais pas de revenus, c’est cela qui la poussera à partir se prostituer, occasionnellement,  dans Phnom Penh. Cette courte bio a été livrée par ses deux sœurs et Srey Hon elle-même alors que nous écrivions le script de ‘’La vie de Lina’’, projet documentaire axé sur une jeune fille vendue pour sa virginité, Lina, qui s’avère être une lointaine cousine de Srey Hon aka Alang. Pour donner dans  le sordide et expliquer à quel point son enquête est étoffée, Stacey s’attarde bien à ne filmer que des bidonvilles dans Phnom Penh et illustrer ainsi le choix obligé de bien des jeunes filles du Cambodge. Mais, dans cette parodie documentaire Srey Hon aurait été revendue dans un bordel de Koh Kong. Voyage à Koh Kong, Stacey se fait accompagner d’un travailleur social à l’air embarrassé et décide de confronter Srey Hon avec ses anciens bourreaux et de fermer le bordel…Quel courage. Arrivés à Koh Kong, Srey Hon ne reconnait plus le chemin, elle demande à tourner dans le village pour pouvoir se rappeler. On s’arrête devant une maison fermée, le travailleur social descend et revient 10 secondes plus tard, c’est fermé. Il explique alors que le Premier Ministre a fait fermer ou tente de fermer tous les bordels. La loi sur le trafic humain est passée l’année d'avant, en 2009…bravo les repérages et l’information de Stacy, sept heures de route pour rien…On renvoie Srey Hon à Phnom Penh et la tenace Stacey décide une croisade éclair et toute chrétienne sur Sihanoukville. Même scénario, la station balnéaire est décrite comme un gigantesque bordel à ciel ouvert avec des mineures à tous les coins de rue. Stacey décide de frapper fort, après une interview crochet avec un français ivre qu’elle présente comme un consommateur, la journaliste repère quelques endroits un peu plus sombres et élabore un plan d’attaque pour le lendemain. Quel plan ? Lancer un raid sur un bordel avec la police. Le lendemain ? Stacey avec les policiers, Stacey qui baille, Stacey qui raconte qu’elle en a marre d’attendre, Stacey qui sursaute quand on lui dit que le raid va avoir lieu…plans de caméra saccadée, musique type mission impossible…Une nouvelle fois, il ne se passe rien. Le tenancier du bordel est parti à la gym, on ne peut pas l’arrêter…Retour au commissariat...Stacey demande des chiffres sur les raids policiers dans les bordels, le commandant réponds qu’il n’a pas le rapport donc il ne sait pas. Stacey qui s’insurge…et, rebelote, Stacey qui pleure (en faisant attention à la caméra…) devant l’impuissance de ses compagnons de raid qui n’a pas eu lieu.

Stacey et Alang, en réalité Srey Hon

A défaut de ‘’Braveheart’’, la reporter tente l’adaptation de ‘’Stacey Almighty’’. On rentre à Phnom Penh, on se cajole avec Srey Hon et on découvre qu’il y a des ONG qui accueillent les femmes en détresse et qui proposent des formations. Stacey s’y rend sans Srey Hon, mais avec une autre recrue dont ne verra jamais le visage et prétendument âgée de 16 ans. Une fois le livret sur la formation délivré, Stacey retourne voir Srey Hon, lui annonce qu’elle lui a trouvé une formation et que la production va payer (100 dollars US) ses cours de coiffure et d’esthétique. Stacey et Srey Hon rayonnent, marchent devant le palais royal et Srey Hon lâche un oiseau vers le ciel devenu tout rose après la visite miracle de Stacey Dooley. Pour parfumer l’ensemble, Dooley ponctuera le site de quelques anecdotes tendres et mièvres : ‘’Je suis devenue très amie avec Alang, elle jouait tout le temps avec mes grands cheveux roux pour me faire des couettes et me disait de ne pas bouger…’’. Une telle parodie d’enquête semble absolument consternante : approximation, coaching de victimes, mensonges sans vergogne, autosatisfaction permanente…Stacey Dooley reprend des recettes minables et dangereuses, et qui sont de plus en plus dénoncées. Les producteurs de documentaires ont souvent tendance à vouloir intensifier leurs sujets en appuyant certains points du film mais ceux qui ont de l’éthique en usent avec une certaine subtilité et respectent un minimum de vérité. Stacey Dooley n’a apparemment pas cette étique et ne se sent absolument pas gênée, pire elle se victimise au point de minimiser l’importance du témoignage de la jeune femme. Au-delà, il y a des spectateurs et des sponsors pris pour des imbéciles et, surtout, un sujet grave tourné en mascarade. C’est cela le plus triste, il y a des jeunes filles dans des situations dramatiques qui méritent de l’aide et tant qu’à connaitre un peu mieux leur histoire, mieux vaut visionner ‘’Les Filles de Phnom Penh’’, un documentaire remarquablement bien construit et qui raconte l’histoire de ces jeunes filles avec beaucoup plus de pudeur, un mot qui a définitivement disparu du vocabulaire Dooley. Pour information, le budget alloué pour ce type de production documentaire BBC va de 50 000 à 200 000 euros suivant la notoriété du producteur et les possibilités de ventes de droits. A ce budget, peut-être faudra-t-il enlever les 100 $ de formation généreusement offerts à Alang, 18 ans, esclave sexuel, en réalité Srey Hon 26 ans, prostituée free lance…CG

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