vendredi 5 septembre 2014

Musique: Le miracle Krom

La passion Krom

L’adaptation de musiques traditionnelles ou de folklore khmer est un exercice périlleux et, rares sont ceux qui, en dehors peut-être de Dengue Fever et Cambodian Space Project  parviennent à faire mouche et toucher une audience internationale. Krom fait partie des exceptions, avec un style de compositions orientées blues et des vocalistes cambodgiennes remarquables. Le groupe de Christopher Minko créée une atmosphère mélancolique, éthérée, diablement belle, quasi envoûtante.

Christopher Minko
Rencontre avec Minko
Le gaillard a la soixantaine bourrue, les yeux pleins d’impatience de partager sa passion pour la musique. Nous le rencontrons dans ce café restaurant rue 9 à Phnom Penh. Sa grande carcasse est assise devant un café noir, il fume cigarette sur cigarette en tripotant deux CD. Même si notre interview ne porte pas en priorité sur la musique, on le sent prêt à en parler à la moindre occasion. Christopher n’est pas n’importe qui, il travaille dans le milieu ONG depuis de longues années, c’est lui qui peste en permanence contre un système qu’il trouve perverti et qui acceptera de donner son avis dans l’enquête de Marianne sur l’humanitaire au Cambodge. Malgré sa grande gueule qui lui a valu une mise à l’écart de la majorité des  donateurs au Cambodge, il est toujours parvenu à faire fonctionner son association de Handisports et faire vivre son projet musical, Krom en l’occurrence. Lorsque l’entretien initial se termine, Minko embraye rapidement sur Krom, un projet qui lui tient à cœur parce que ‘’…j’ai la chance de travailler avec de jeunes Khmers pleines de talent, humbles et attentifs. Les deux sœurs vocalistes ont une texture de voix exceptionnelle et des talents d’écriture complémentaires. Il n’y a ni jalousie, ni rivalité sérieuse, il arrive même que Sophea écrive une chanson pour elle et qu’elle en fasse cadeau à sa sœur car elle sent que l’interprétation sera plus en phase avec une autre voix que la sienne…’’. 


L’écriture de Krom est des plus classiques, pas d’effets spéciaux, pas d’électronique, pas de genre revendiqué, simplement deux guitares acoustiques qui portent les voix de Sopheak et Sophea, un saxophone parfois, un accordéon de temps en temps. Les textes sont en majorité écrits par Minko qui rappelle les tourments du Cambodge. Night Mood, She’s 7 years old, the wire….Minko privilégie l’engagement sans oublier qu’il compose d’abord de la musique : ‘’…mes textes sont engagés, c’est évident, c’est une démarche que j’assume mais mon plus grand plaisir, c’est de m’asseoir avec ma guitare et d’accompagner les deux vocalistes…’’. Lui aussi pose fréquemment sa voix aux cotés des interprétations de  Sopheak et Sophea, une voix rauque à la tessiture proche d’un Leonard Cohen avec une pointe d’Armstrong. Et, la fusion insolite fonctionne, créant un équilibre entre une mélancolie très blues et le contrepoint des voix magiques des deux sœurs. Le succès de Krom est en train de dépasser les frontières du Cambodge et, même si leur style ne peut pas convenir à tous les publics, c’est une suite logique à beaucoup de travail, beaucoup de passion et beaucoup de talent surtout.

Ecouter Krom (Egalement: liens vers le site et possibilités d'achat des albums):



Pays/territoire : Asia
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